Chroniques

Label marocanité : La pluie, bénédiction ou malédiction

© D.R

Après le séisme, voici qu’il vit le temps du choléra. Nous, on est juste le Maroc. La pluie, nous on l’aime beaucoup. On en redemande. Nous avons une terre gourmande d’eau. Et lorsque celle-ci en vient à nous manquer, on fait même des prières collectives pour qu’elle cesse de se faire capricieusement désirer et qu’elle nous revienne. On aime la pluie et on lui pardonne tout. Elle peut ébranler nos fragiles infrastructures. On le lui pardonne. Elle s’amuse à inonder et à couper nos routes! On le lui pardonne. Elle est, par avance, excusée de fermer nos voies ferrées et de bloquer nos aéroports. Des maisons lépreuses s’écroulent! C’est surtout à cause de la lèpre qui frappe la pierre. La voierie, à peine refaite, s’affaisse ! C’est l’asphalte et le goudron qui nous disent combien ils sont avariés. Notre spécialité, c’est d’accabler le destin. On lui transfère toute les culpabilités. La fatalité à bon dos. C’est notre manière de ne pas se remettre en cause. D’occulter nos incompétences. Le génie de notre impuissance finit par transformer une bénédiction en malédiction. Ils sont formés où ces ingénieurs qui nous construisent des ponts qui se remplissent comme des baignoires dès la première giclée de pluies ? Qui sont ces entreprises qui nous façonnent du macadam incapable de supporter une intempérie et que défonce la moindre trombe ? Où sont formés ces urbanistes qui veillent sur des villes que la moindre inondation paralyse? Merci donc, chère pluie, de mettre à nu nos plus basiques carences. Les affaissements spectaculaires de notre bitume ne peuvent être attribués qu’à ton seul caractère torrentiel et exceptionnel. Ils nous interrogent sur notre manière de travailler. Ils nous questionnent sur notre sérieux. Elles nous accusent d’indigence. Elles peuvent et sont l’occasion pour que soient brandis tous les soupçons : mystification, duperie, tricherie, inaptitude, irresponsabilité.
Et puis, il y a le cas de Casablanca et de Mohammedia. Autant dire qu’il est temps d’interpeller la question de la gestion déléguée de service, surtout en matière d’assainissement. Est-il normal qu’une ville, de la dimension de Casablanca, puisse vivre, deux années de suite, des désagréments innommables parce qu’il y a thrombose dans ses veines souterraines ou parce que ses canalisations sont encore inadaptées?  Casablanca vit sous le régime de la gestion déléguée depuis bientôt 13 ans. Il est inconcevable qu’un prestataire, héritier de l’expérience de l’ancienne Lyonnaise des eaux et filiale de l’actuel Suez Environnement, ne soit encore en capacité de juguler les effets d’une pluie. Torrentielle ou démentielle soit-elle.

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