Chroniques

Label marocanité : Si Omar…

© D.R

Un jour, dans les ruelles de Grenade, en Espagne, j’ai dit à Omar Azziman qu’il était, un peu, notre René Cassin, à nous Marocains. René Cassin, comme chacun le sait, fut le père de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme adoptée par l’O.N.U en 1948.
Je ne doute pas que dans toute comparaison, il y a un peu de déraison. Mon objectif n’était, donc, pas de faire dans la flagornerie béate et stupide. Sachant intuitivement que le bonhomme est rétif à toute cajolerie et encensement, je n’allais surtout pas m’aventurer gauchement dans un tel sentier.
Bien qu’être apprécié à l’aune du Prix Nobel 1968, à de quoi ravir, cela n’a pas empêché Si Omar de rester impassible au compliment. Sa profonde modestie y était probablement pour quelque chose. Elle l’aide à contenir et à dissimuler ses sentiments souterrains, y compris le ravissement.
J’ai toujours subodoré chez Si Omar une inépuisable énergie que sa retenue et sa pondération contenaient à peine. Face au tumulte des choses, il affiche un flegme et une sérénité qu’il serait injurieux de prendre pour de la nonchalance ou de la mollesse. Homme d’éthique et de dialogue, il se démarque par une disponibilité telle que chacun de ses interlocuteurs repart avec cette puérile impression d’être le plus important. Mais l’éthique y trouvera toujours son compte. Si Omar est aidé, en cela, par une formidable aptitude à l’écoute. Oui, l’écoute, cette denrée tellement rare dans notre pays. Et n’en déplaise à tous ceux qui adorent s’écouter parler, discourir et ratiociner; avec Si Omar, on est aux antipodes. L’univers «azzimanien» est imprégné par l’économie des mots et surtout par le surplus auditif. Il se mesure, cet univers, à la finesse des réponses, à l’esprit de synthèse qui le distingue.
Au CCDH, nous avons été, à plusieurs reprises, les témoins d’une certaine virtuosité : dans l’expression, dans le choix des mots, dans la musique du geste, il a toujours eu cette capacité de confectionner de la dentelle avec des postures parfois tellement divergentes qu’elles paraissaient inconciliables.
Si j’étais caricaturiste, il y a deux choses chez Si Omar que je mettrais en exergue : ses mains qu’il pose systématiquement sur ses joues comme un socle destiné à supporter le poids de l’attention qu’il donne aux autres. Au goût des autres. Et puis l’alternance de ses deux paires de lunettes, qui dans un geste anodin et fréquent, se relaient comme pour l’aider à prendre de la distance par rapport aux choses. Cette équation des autres et des choses est servie par une profonde intelligence prompte à décoder la complexité. C’est probablement ce qui explique la confiance investie, en lui, par le Souverain, qui lui confie des dossiers sensibles et stratégiques.
Si Omar s’apprête à prendre de nouvelles responsabilités. En dépit du devenir de celles qu’il assume aujourd’hui, j’entendais, à cette occasion, lui remettre le présent bouquet de fleurs. Rien ne m’obligeait à cet exercice. Et quitte à le gêner, je voulais qu’il sache combien, parmi nos compatriotes, il est de ceux qui vous réconcilient le plus avec la marocanité.

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