Chroniques

L’amour coûte si cher aujourd’hui ! Peut-on encore vivre d’amour et d’eau fraîche ?!

© D.R

C’est douloureux comme pression que de devoir célébrer l’amour forcément et avec force à une date précise, programmée, pré-planifiée et arrêtée par je ne sais qui. Une célébration chère à certains et videuse de poches à d’autres.

Cette expression «Vivre d’amour et d’eau frache» est bien connue de plusieurs, surtout de celles et de ceux de ma génération, qui se reconnaîtront.
Cela pourrait laisser croire que la mienne de génération vivait réellement de cet amour et de cette eau fraîche dont parle notre expression commune. Laissons donc croire…
Février oblige, fallait bien traiter l’amour et disserter dessus un peu, beaucoup, à la folie.
Nous échangerons dessus, dans le cadre du vivre-ensemble, de la communication positive et du mieux-vivre, dans l’ambiance propre à cette chronique que nous avons en commun vous chères lectrices et chers lecteurs et moi.
D’apparence cette formulation paraît poétique, romantique et insouciante de tout, sauf de l’amour et de l’eau, source de notre vie. Sauf qu’elle est souvent utilisée pour mettre en garde et pointer du doigt un projet sentimental et amoureux irresponsable et peu viable d’après elle et ceux qui la profèrent ainsi. Un peu comme si l’amour était irresponsable et son prévisionnel irréalisable. L’amour est insuffisant, nous clame-t-on par cet avertissement si joliment formulé. De la communication positive pour prévenir du négatif. Du sarcasme voilà !
On nous insinue franchement que la démarche amoureuse ne pourrait se projeter sans un réel «business plan». Car cette expression n’a de romanesque que la forme. Son fond, lui, n’a rien d’idyllique. Le fond parlerait uniquement de fonds nous laisse-t-on croire. Les fonds disponibles pour s’autoriser à se prendre la main, à se regarder dans les yeux, à regarder l’avenir ensemble, et se dire : Je t’aime.
Echanger des «Je t’aime» n’aurait pas lieu d’être dans un monde de calculs et de précisions.
D’ailleurs, qui l’emploie encore cette tournure de mots ? Personne, car même son emploi serait inapproprié et limite ridicule.
Qui aurait encore besoin qu’on lui dise ça ! Nul, voilà ! Nulle personne en aurait l’utilité ! Nous vivons dans une ère d’initiés à la prévision financière et à la budgétisation nette. L’amour n’y est qu’accessoire ! L’eau fraîche y est cependant nécessaire pour faire passer les mauvais calculs amoureux.
Toute cette description ressemble peu à du mieux communiquer, mieux vivre. J’ai, il me semble, sombré l’espace d’un sombre paragraphe, cynique et immoral dans l’air du temps.
Un temps de compte à rebours et non d’amour !
Comment en suis-je arrivée là, partant d’une si élégante métaphore, une si bien formulée formule, une si fraîche eau, une si amoureuse proposition, une si accueillante invitation, une si prometteuse promesse, et un si rassurant propos, comment ?!
L’eau fraîche serait-elle capable à elle seule de nourrir cet amour, si intense et si grand serait-il ?! Il faudrait avoir un maigre appétit.
Qui parmi nous durant les valeureux et coûteux jours actuels aurait un petit ventre et de gentils petits crocs qui se passeraient de nourriture et se contenteraient d’eau ?
Des irresponsables, des peu ambitieux, des inconscients, des «has been», des non-connectés, des non intelligents, des têtes dans les nuages, des cœurs d’artichauts, ou des fous d’amour…
L’amour ça coûte cher aujourd’hui !
Parlons-en d’ailleurs brièvement de cette Saint-Valentin si tendance ici et bientôt si démodée ailleurs, ça dépend où vous êtes situés. C’est douloureux comme pression que de devoir célébrer l’amour forcément et avec force à une date précise, programmée, pré-planifiée et arrêtée par je ne sais qui. Une célébration chère à certains et videuse de poches à d’autres. Une commémoration qui n’en a que faire de notre vaillante locution : Vivre d’amour et d’eau fraîche. ça serait plutôt un slogan du genre : Offrir plus pour pouvoir aimer un peu…
Je suis vraiment d’humeur peu rêveuse et peu sentimentale aujourd’hui. Etrange, car moi j’y crois un peu, beaucoup, ça dépend des jours, à l’amour et à ses pouvoirs puissants qui peuvent transformer l’eau fraîche en eau miraculeuse source de grandes richesses. La richesse de l’engagement, de la patience, de la responsabilité, du partage, de la créativité, de la complicité, du respect, de la loyauté, de la mutualité, du courage, de l’empathie, de la communication… La richesse du cœur…
Si l’amour coûte cher aujourd’hui, c’est parce que nous l’avons voulu et que nous la valons bien cette hausse de tarif de ce sentiment si vaillant et si généreux. Nous la méritons bien ! Nous la bien méritons, conviendrait mieux !
Sommes-nous à la hauteur de sa vaillance et de sa générosité, à l’amour ?! En avons-nous les vertus et les capacités ?!
L’eau fraîche dont nous parlons aujourd’hui désigne justement ces capacités et ces vertus, des outils indispensables pour faire vivre et perdurer l’amour. Quelle que soit sa nature.
L’amour est certes un très ambitieux projet, pour le mener à bien il faudrait affronter nos propres démons, identifier nos pulsions, les gérer et lutter contre notre ego. Se préparer en travaillant sur nous-même, à embrasser ce noble sentiment qu’est l’amour. Apprendre ainsi à le recevoir et à le donner. Ce travail sur soi sans relâche est un long chemin, qui exige assiduité, recul, entraînement, discipline et surtout don de soi. Ça passe par de l’introspection récurrente et profonde et de l’acquisition constante de connaissances pour davantage de réconciliation avec nous-même et pour plus de sagesse. Nous pourrons avancer vers et dans l’amour, solides et tranquilles, sans zoomer sur ce qui manque, ou focaliser sur un modèle de «bon» ou de «parfait», en acceptant son package amoureux qui ne ressemble à aucun autre, car chaque amour est unique.
Car… Le prix de l’amour ne dépend que de nous… Car l’amour à tout prix n’est plus amour…
Et car l’amour n’a pas de prix.

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