L’Autre c’est moi

L’Autre c’est moi

«Si tu veux pouvoir
supporter la vie, sois prêt à accepter la mort !» “L’homme énergique et qui réussit, c’est celui qui parvient à transformer en réalités les fantaisies du désir.» «Les grandes choses peuvent se manifester par de petits signes»
Sigmund Freud


L’attente irresponsabilisante. Attendre l’Autre avec un grand A. Attendre de l’Autre sa destinée. Remettre à l’autre son moi tremblant. Donner à l’autre son libre arbitre. Se désengager de soi. Gérer son angoisse existentielle par la transitivité relative la rendant mathématique en y adaptant de force tous les postulats de base contextuels. Sans réflexion aucune. Le mode automatique est de rigueur ou si je peux me permettre de vigueur.
L’automatique est roi. L’économie des tâches, la qualité de vie gagnant en oisiveté rassurante. Bienvenue dans l’ère de l’homme robotisé. Cet homme branché en mode pilote automatique rassuré par la ressemblance et l’uniformité faucheuse.
Cette uniformité qui réduit le champ des possibles annihilant la cognition par le comportement. Plus besoin de penser avant d’agir. L’action effrénée est la principale gestion sublimatoire d’angoisse aujourd’hui. L’homme tire plus vite que son ombre (Pierre Dac) se ruant sur des standards pour gagner en automatismes et en économie de son humanité. Plus l’homme économise son moi régressif, plus la régression cavale. Comportements en miroirs, humanité recomposée en images subversives à l’identique, valeurs à la carte redondantes renouvelées dans un discours scandé à l’unisson où le mot d’ordre est le bien-être, mieux encore le wellness physique et mental. Une longue liste to-do valable pour tous de la naissance à la mort. Bien que la naissance soit déjà une mort. La cognition n’a plus de place, on a pensé pour nous. Ce serait une perte de temps. Mais une perte d’énergie et se recentrer sur soi ne le permet guère. Se recentrer sur soi, méditer, penser bio et manger bio, thérapiser l’homme en alternatif. Un alternatif qui séduit donnant une consonance de pouvoir dans l’absurde, l’humain continuant à lutter contre l’absurdité de son existence (Albert Camus). En vain. La cognition est une fonction supérieure avortée, inutile si ce n’est dans un mode automatique d’apprentissage dirigé ou de mémorisation intéroceptive imposée. Stratégique ?
L’homme se pense et pense l’être pour ne réaliser après un demi-siècle de lumières technologiques l’extinction de ses lumières. Regardez les programmes télé pour enfants et ados. A pleurer. L’imaginaire et la créativité sont dérision et insulte pour des cerveaux d’enfants en capacité démesurée d’éponger le subtil. L’apoptose neuronale à l’adolescence n’a qu’à bien se tenir car il ne restera pas grand-chose à son passage. L’imaginaire tisse dans l’ennui. Or l’ennui est une tare pour la parentalité angoissée de sa progéniture ; celle-ci comble l’ennui pour remplir son propre vide sidéral. L’homme n’existerait pas sans l’imaginaire. L’imaginaire est le postulat de base de la créativité. De l’art. L’art de vivre, de ressentir, de jouir, d’inventer, de créer, de sublimer, de guérir…. L’imagination est plus importante que la connaissance car celle-ci reste limitée “ (Albert Einstein).
Nous ne marchons plus sur cette corde raide entre l’animal et le surhomme. Inutile. La distance ayant été trop longue, l’homme 2.0 a préféré le mode automatique et le sous-homme technologique a permis l’économie humaine (F. Nietzsche).
Le seul mode d’apprentissage cognitif qui fait fureur est actuellement le coping, facile et absurde. Automatique, insidieux et narcissisant à l’extrême. L’homme a tué Dieu. L’Homme est Dieu. Loin d’être miséricordieux par contre. Il est devenu sa propre divinité et se modèle en divinité unique. Les mêmes standards ganeshiques. Un standard rassurant d’image souveraine. Si dans nos sociétés, la course est à l’attribut féminin unique du galbe pulpeux des lèvres et du standard Ferrari fessier, d’autres un tantinet plus en avance régressive tendent vers le standard d’unicité transgenre. Les représentations du «surhomme» du photographe Phillip Toledano encore exposées à Milan sont très parlantes (qu’on peut puisque le genre est aussi une distinction qui s’estompe vers la même tangente d’indifférenciation homme/femme ou homme/homme ou femme/femme. Ce pivot existentialiste qu’est l’image dans la postmodernité est l’agonie même de ce siècle. Pour le bien comme pour le mal, nous subissons plus que jamais l’action de l’image ; elle nous a échappé et a pris les rênes (Gaston Bachelard). Nous avons reproduit inconsciemment mais sciemment le meilleur des mondes. Un monde sur-mesure où l’Autre est moi et où toute quête du graal est inutile car le graal est produit en série et disponible made in China. Une conduite suicidaire lente, désespérante, mais une agonie exquise où toutes entités freudiennes seront démenties dans un total clivage analytique dénié. L’Autre c’est moi.
«Je n’en veux pas, du confort ! Je veux Dieu, je veux de la poésie, je veux du danger véritable, je veux de la liberté, je veux de la bonté. Je veux du péché.
[…] Je réclame le droit d’être malheureux.»(Huxley)

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