Chroniques

Le grand centre cherche une incarnation

Mustapha Tossa Journaliste éditorialiste

Bataille des egos
Aucune personnalité à droite ne se dégage pour imprimer son action et valoriser son programme. On retrouve le même scénario à gauche où, écrasée par la domination de la France insoumise, elle ne parvient pas à produire un leadership suffisamment crédible pour mener la prochaine bataille présidentielle.

Alors qu’on s’apprête à entrer en France dans une phase très critique de la campagne des présidentielles, apparaît au grand jour une grande incapacité du centre à se trouver une incarnation politique susceptible de lui épargner le grand duel entre les extrêmes, de gauche comme de droite.
Et cette incapacité s’explique par deux phénomènes principaux. Le premier est l’état d’usure politique qui a atteint des formations politiques qui se sont succédé au pouvoir ces dernières décennies. Le second est ce point commun dans leur destin de ne pas pouvoir choisir une personnalité capable d’arracher un consensus. Une guerre intestine des structures. Une bataille sans merci des egos. Aussi bien la droite traditionnelle que la gauche dite de gouvernement se trouvent dans une incapacité structurelle à se choisir un chef. Les deux formations constituent ce grand centre qui veut se distinguer de la radicalité des deux autres extrêmes.
D’un côté la droite républicaine est engluée dans ses bagarres d’ego entre des personnalités comme Bruno Retailleau, Édouard Philippe, Laurent Wauquiez ou même Gabriel Attal s’il est possible de le considérer comme l’héritier légitime d’Emmanuel Macron, le champion historique du ni gauche ni droite. Ils savent que, prise individuellement, aucune formation ne pourra faire le poids devant le Rassemblement National de Marine Le Pen et de Jordane Bardella ou la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Et ils constatent, signe de leurs échecs et de leurs impuissances, leur incapacité à se mettre d’accord, comme le montrent les grandes difficultés à organiser des primaires.
à ce jour, aucune personnalité à droite ne se dégage pour imprimer son action et valoriser son programme. On retrouve le même scénario à gauche où, écrasée par la domination de la France insoumise, elle ne parvient pas à produire un leadership suffisamment crédible pour mener la prochaine bataille présidentielle.
Cette gauche est éparpillée entre des socialistes qui se paralysent entre eux, comme le montre l’impitoyable guerre d’influence que se livrent le groupuscule Place publique mené par Raphaël Glucksmann et des socialistes déjà éclatés en chapelles, des communistes qui jouent les obstructions pour camoufler la fin de la date de leur péremption et des verts qui ont perdu énormément d’influence et d’attractivité politique malgré la primauté des thématiques écologiques dans le débat public.
Signe d’une infertilité politique évidente et à titre d’exemple, le Parti socialiste est dans une telle incapacité à se procurer un chef en harmonie avec les nouveaux enjeux de la société française qu’il en est réduit à penser à la candidature de l’ancien président de la République François Hollande comme possible recours providentiel pour la prochaine bataille.
Le grand problème de cette gauche c’est qu’elle ne peut gagner que si la France insoumise et sa base électorale choisissent ouvertement leur candidat. Or il y a un tel divorce entre Jean-Luc Mélenchon et un homme comme François Hollande que le premier pourrait être prêt à envisager la victoire de l’extrême droite plutôt que de voir les socialistes, jugés minoritaires et incompétents, revenir au pouvoir.
Et ces socialistes ont un tel rejet pour ce que représentent la France insoumise et Jean -Luc Mélenchon, considéré comme l’incarnation du pugilat permanent, qu’ils ne lui apporteraient jamais leur soutien pour l’aider à casser son plafond de verre et à rêver des plus hautes fonctions de l’Etat.
Pour éviter que la France ne puisse tomber dans l’escarcelle de l’extreme, le pays a besoin plus que jamais de la constitution d’un centre capable d’enfanter un leadership, d’élaborer un programme politique et économique qui séduit à la fois en interne et à l’international.
Les mois qui séparent le pays de cette présidentielle seront certes mis à profit pour trouver une incarnation à ce grand centre, la seule capable d’éviter un basculement du pouvoir vers une radicalité inédite, qu’elle soit portée par une extrême droite triomphante ou une extrême gauche opportuniste. Si les dés du casting sont presque jetés, le mot de la fin, c’est-à-dire une victoire de l’extrême, n’est pas encore écrit.
Et d’ici mai 2027, il va falloir vivre avec ce suspense où l’interrogation principale est celle de savoir si les Français vont jeter leur pays dans les précipices de l’extrême ou s’ils possèdent encore les ressorts pour se ressaisir.

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