Chroniques

Le modernisme expliqué à mon fils…

Younes, du haut de tes 15 ans tu te poses beaucoup de questions sur ce qui se passe dans ton pays d’origine, si tu y vivais tu ne comprendrais sûrement pas tout, mais depuis la France c’est encore plus hermétique…

Tu n’as pas compris pourquoi 2 jeunes filles se retrouvaient dans un tribunal pour avoir porté une robe, pas plus que tu n’as saisi que des jeunes de ta génération interdisent à d’autres le port du bikini au prétexte que, eux, jeûnaient !

Surtout quand toi et tous tes compatriotes vous pratiquez ce même ramadan sans que ni les jupes, ni la fumée des cigarettes, ni les cocas de vos amis non-musulmans ne vous gênent le moins du monde… Que dire de ta totale incompréhension devant le lynchage d’un jeune à Fès, parce que soupçonné d’être différent, alors que dans nombre de mariages de tes cousins, lors des vacances tu avais bien vu ces danseurs efféminés qui se déhanchaient sous les youyous, sans que cela ne dérange quiconque ?

Bref tu ne reconnais plus le pays dont je t’ai transmis l’amour, le respect, l’envie…et voilà que maintenant tu me demandes ce que signifie le mot moderniste… Bon, moi qui me veux proche de la jeunesse, je ne peux me dérober à mes responsabilités envers toi, alors allons-y pour t’expliquer le modernisme, mon fils.

Tout d’abord pour contredire ce que les ennemis du modernisme voudraient faire croire, être moderniste ne signifie nullement être anti-religion, ce n’est pas non plus se complaire dans la provocation et les postures, d’ailleurs opposer «modernistes» et «conservateurs» est une facilité de langage, moderniste est à opposer à obscurantiste ! Un moderniste peut être conservateur sur certaines questions et tout conservateur peut être moderniste en bien des domaines… je ne t’aide guère en disant cela ?

Alors essayons d’être plus clair : être moderniste c’est penser, œuvrer, agir pour un avenir meilleur, non pas en excluant certains mais –au contraire- en y incluant toutes les sensibilités, toutes les différences : c’est construire une société où chacun a sa place ! En ce sens être moderniste c’est donc clairement s’opposer à l’obscurantisme qui, lui, vise à niveler par le bas, à rejeter tout ce – et tous ceux – qui ne «rentre(nt) pas dans le moule», un moule aux formes de cercueil… Être moderniste c’est vouloir rallumer les lumières ! Il nous faut répondre à la question de savoir quel Maroc nous voulons : un Maroc où le repli –pseudo identitaire- nous coupera du progrès et du monde ou bien le Maroc pour tous : tant la jeune fille en jupe que la jeune fille voilée, tant le jeune amateur de fusion que le compatriote de confession juive ou les Marocains du monde lors de leur retour estival ; où le progrès et le développement sauront côtoyer nos coutumes culturelles ancestrales débarrassées de leurs tabous sclérosants.

Être moderniste ce n’est pas céder aux sirènes de la modernité- bulldozer qui écrase toute valeur sur son passage, c’est bel et bien le contraire de l’obscurantiste qui veut te priver de vivre la vie que Dieu lui-même t’a offerte… Etre moderniste c’est aussi être pluraliste, humaniste.
C’est ce que je te souhaite mon fils… sois progressiste !

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