Chroniques

Les mensonges de l’Histoire

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«Le plus grand soin d’un bon gouvernement devrait être d’habituer peu à peu les peuples à se passer de lui». C’est exactement ce que le monde vit aujourd’hui, et à plus forte raison, l’Occident, avec tout son arsenal rhétorique sur la démocratie et la voix des peuples.

«C’est là une idée très actuelle. Nous ne sommes pas capables de nous libérer nous-mêmes, la chose ne fait aucun doute : nous appelons cela démocratie, mais la démocratie n’est que l’expression politique d’un état psychique d’indifférence absolue. Nous sommes à l’époque du bulletin de vote. Déjà, chaque année, nous élisons notre idéal sexuel, la reine de beauté, par le moyen du vote. Nous avons fait de la science positive notre idéal : c’est comme si nous glissions de force dans la main des prétendus faits un bulletin de vote, afin qu’ils choisissent à notre place.
L’époque est anti-philosophique et lâche : on n’a pas le courage de décider ce qui est valeur et ce qui n’en est pas. La démocratie, réduite à sa plus simple expression, revient à faire ce qui se produit ! Soit dit en passant, c’est là un des plus infâmes cercles vicieux que l’histoire de notre race ait connus». Voici ce que l’auteur du monumental «L’Homme sans qualités», Robert Musil, écrivait il y a plus d’un siècle. Le vocable « démocratie » est si galvaudé et consommé qu’il est réduit aujourd’hui à une unique notion : celle du bulletin de vote. Celle-ci implique une autre notion qui voudrait que la confiance doit venir d’en bas et le pouvoir d’en haut. Sauf qu’au bout de 100 ans de dite «démocratie», comme on l’entend aujourd’hui en Occident, a consacré tout le contraire et dans la pratique et dans les finalités. La confiance est devenue soumission à une idée abstraite et absolue. Et le pouvoir s’est mué, très vite, depuis les premières heures de la mise en pratique de cette doctrine, une mainmise de l’élite politique et économique sur le reste du peuple : « Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi ; ils n’ont pas de volonté particulière à imposer. S’ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet État représentatif ; ce serait un État démocratique. Le peuple, je le répète, dans un pays qui n’est pas une démocratie (et la France ne saurait l’être), le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants», lit-on dans le Discours du 7 septembre 1789, intitulé précisément : «Dire de l’abbé Sieyes, sur la question du veto royal : à la séance du 7 septembre 1789»). 250 ans plus tard, la situation est plus que jamais contradictoire avec les principes fondateurs de cette idée de la «démocratie» qui devait représenter le peuple et répondre à ses attentes, ses visées et surtout ses besoins les plus impérieux. Le tout sous-tendu par la nécessité primordiale de tout faire fonctionner selon une éthique et une batterie de valeurs dont les premiers articles consacrent le respect des droits humains dans leur grande variété. Dans la pratique, une seule et unique chose est respectée : la délégation par le citoyen de son droit à accepter et à refuser. Du fait même que le citoyen a troqué sa liberté d’être et d’agir contre la représentation par un député, le peuple a cédé tout droit de regard sur la chose politique.
Cela rejoint dans les grandes lignes ce que disait Alexis de Tocqueville dans «De la démocratie en Amérique» : «Cet État se veut si bienveillant envers ses citoyens qu’il entend se substituer à eux dans l’organisation de leur propre vie. Ira-t-il jusqu’à les empêcher de vivre pour mieux les protéger d’eux-mêmes ? Le plus grand soin d’un bon gouvernement devrait être d’habituer peu à peu les peuples à se passer de lui». C’est exactement ce que le monde vit aujourd’hui, et à plus forte raison, l’Occident, avec tout son arsenal rhétorique sur la démocratie et la voix des peuples. L’État est totalitaire et il le montre en édictant des lois et surtout des restrictions, justement en faisant croire aux populations qu’il les protège d’elles-mêmes. Autrement dit, sans cet État dominant et omnipotent, le citoyen est un danger pour lui-même. D’où la puissance de l’État qui contrôle les moindres faits et gestes des populations ne laissant aucun détail au hasard.
Cela nous donne une équation à deux comparses: un numéro de vote et une urne, contrôlée par le haut de la pyramide de l’État. Sauf que la finalité est toujours la même : quel que puisse être le vote, la marche de l’État est toujours identique, peu importe celui qui semble être aux commandes. Cela fait dire à un autre des fameux pères de la «démocratie» américaine, Benjamin Franklin que : «La démocratie, c’est deux loups et un agneau votant ce qu’il y aura au dîner». Le banquet démocratique se résume à cela : un système de gouvernance où l’agneau participe au vote sur son sort, connu d’avance, à savoir que sa voix n’est pas audible, puisqu’elle se perd dans la cacophonie ambiante de la cité gérée comme une usine, avec des prolétaires que sont les citoyens et des dirigeants que sont les membres de l’appareil de l’État, avec un jour de repos, avec un congé payé, quelques vacances, des impôts, des représailles en cas de sortie de route et un ordre établi duquel il ne faut jamais dévier, sous peine de sanctions sévères. C’est cette vision que l’on retrouve chez un théoricien de la gouvernance, déjà dans l’antiquité : «Il n’est point d’État auquel je refuse plus nettement le nom de chose publique qu’à celui qui est placé tout entier dans les mains de la multitude. […] il n’existe point de peuple pour moi s’il n’est contenu dans le lien commun de la loi. Hors de là, cet assemblage d’homme est tyran aussi bien qu’un seul homme et même tyran d’autant plus odieux qu’il n’est rien de plus terrible que cette bête féroce qui prend la forme et le nom de peuple», écrit Cicéron dans «De la République».
D’où cette mainmise du pouvoir sur le peuple qu’il doit maîtriser, contrôler, guider, télécommander, selon des lois et des règles strictes. Sans quoi, le pouvoir en place vacille et s’effondre dans une équation simple : la stabilité du pouvoir provient de la docilité du peuple. Dans le cas contraire, on donne à cette configuration le nom inexact d’anarchie. Celle-ci est très loin de cette idée du pouvoir qui s’écroule au profit d’une population qui s’autogère dans une lecture chaotique de la vie en communauté. En tout état de cause, il faut bien considérer cette affirmation de Raymond Aron quand il dit : «Plus grande est la surface de la société couverte par l’État, moins celui-ci a des chances d’être démocratique». Cela rejoint, dans un sens les paroles d’un autre exemple érigé en démocrate, celui de Winston Churchill qui dit ceci : «La démocratie est le pire des régimes – à l’exception de tous les autres déjà essayés dans le passé. » (Democracy is the worst form of government – except for all those other forms, that have been tried from time to time.).
D’ailleurs, un autre théoricien affirme, presque avec les mêmes mots, à quelque chose près que: «La démocratie est la pire forme de gouvernement totalitaire, à l’exception de tous les autres», assène Frank Van Dun.

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