ChroniquesUne

L’impossible front républicain contre le RN et LFI

Mustapha Tossa Journaliste éditorialiste

Test grandeur nature
Le second tour des élections municipales va non seulement donner une nouvelle carte politique dans laquelle les multiples radicalités françaises auront imprimé leurs marques. Il va aussi préfigurer la nature du combat présidentiel à venir l’anne prochaine et les forces politiques susceptibles de l’influencer.

A l’occasion de ces élections municipales françaises est apparue une indéniable réalité politique : le temps du front républicain pour faire barrage à l’extrême droite a vécu. Celui qui ambitionnait de s’opposer à la radicalité de l’extrême gauche ne semble avoir plus d’efficacité.
Ce phénomène fait le constat d’une incapacité à s’opposer aux extrêmes et que le clivage de la vie politique française est devenu irrémédiablement tranché. L’épais plafond de verre qui tuait toutes les ambitions de l’extrême droite n’est plus qu’un voile pudique derrière lequel se cachent ceux qui veulent absolument donner à cette extrême droite la possibilité d’exercer le pouvoir local ou national. Quand l’extrême gauche, diabolisée à outrance pour son tropisme «islamisant», vient de démentir tous les pronostics en s’imposant comme une acteur majeur des victoires municipales à venir. Ni les accusations de nourrir un antisémitisme ambiant, ni celles d’investir sur une radicalité islamique qu’on prête à certaines banlieues n’ont suffi à bloquer sa dynamique électorale. Jean-Luc Mélenchon que certains commençaient à comparer à Jean-Marie Le Pen à cause de ses calembours de mauvais goût, peut exhiber sa confiance quant à son rôle décisif pour la gauche de «faiseur de maires».
Le premier tour de ces élections municipales a montré une fragmentation du vote politique français telle qu’aucune force n’est capable de gagner toute seule le second tour de ce scrutin. D’où la nécessité des alliances entre les partis pour parvenir à une victoire majoritaire. Et c’est là où cette semaine entre les deux tours s’annonce cruciale.
L’extrême droite de Jordan Bardella tente de préempter son influence sur la galaxie de droites. Tout en refusant l’union des droites préconisée par certains, Bardella voudrait profiter de la dynamique des vents favorables qui soufflent sur son parti pour inviter l’ensemble de la droite à se ranger derrière lui comme un seul homme. Mission presque impossible au vu des lourdes réticences exprimées aussi bien par le parti Les Républicains que par les autres composantes de la droite.
Cette même difficulté, Jean-Luc Mélenchon patron de la France insoumise, la rencontre à une échelle presque similaire. Si la France insoumise veut consolider ses victoires et espérer gagner de grandes villes, elle n’a pas d’autre choix que de convaincre les autres composantes de la gauche que sont le PS, les verts et le parti communiste de s’allier à sa stratégie. Or les antagonismes entre LFI et ces partis de gauche sont si profonds et leurs relations devenues si révulsives que l’espoir de reconstituer un front de gauche victorieux paraît aujourd’hui être presque une chimère.
Actuellement la société française est fracturée entre deux grandes tendances toutes impuissantes l’une que l’autre. La première est celle qui rêve d’ériger une épaisse muraille qui empêchera l’extrême droite d’accéder au pouvoir comme elle l’avait fait pendant des décennies pour priver la famille Le Pen des délices du pouvoir. La seconde est celle qui ambitionne de former un front républicain et une ceinture de sécurité autour de la France insoumise devenue, pour beaucoup le chantre de l’antisémitisme et de l’islamo -gauchisme. Il est vrai que l’actualité du Proche-Orient, notamment la très meurtrière guerre de Gaza était pour beaucoup dans la construction de cette image. Le second tour des élections municipales va non seulement donner une nouvelle carte politique dans laquelle les multiples radicalités françaises auront imprimé leurs marques. Il va aussi préfigurer la nature du combat présidentiel à venir l’anne prochaine et les forces politiques susceptibles de l’influencer. Une extrême droite bien implantée localement aura plus de chance et de légitimité à prétendre à une ambition nationale. Ce schéma s’applique aussi à la gauche radicale dont les succès municipaux risquent de nourrir toutes les ambitions. Ce ne sont donc pas de simples élections municipales. C’est un vrai test grandeur nature pour la prochaine présidentielle. Les forces politiques se mettent en ordre de bataille pour se préparer à l’élection cardinale de la cinquième République. La majorité silencieuse des Français espère ne pas avoir à choisir entre une extrême droite plus anxiogène que jamais incarnée sans doute par Jordan le jeunot de la politique française Jordan Bardella et une extrême gauche de plus en plus névrotique personnifiée par son papy Jean-Luc Mélenchon.