Chroniques

Loi sur l’immigration, un enjeu crucial pour Macron !

Mustapha Tossa Journaliste éditorialiste

Derrière ces enjeux se cache une bataille politique très féroce qui risque de déterminer l’identité du futur prétendant à l’Elysée. Et l’homme qui joue en grande partie sa carrière et son ambition est Gérald Darmanin.

Si la guerre du Proche-Orient n’écrasait pas avec force l’actualité française, le débat sur la loi sur l’immigration aurait dominé toutes les préoccupations. Et pour cause, dans ce débat se jouent énormément d’enjeux qui vont configurer à court terme les rapports de force et les équations partisanes de la vie politique française.
La raison principale est que la genèse de ces multiples lois sur l’immigration proposées par la gouvernance du président Macron se voulait une réponse française à la situation qui se dégrade au niveau de la sécurité publique et qui pave le chemin à l’extrême droite de Marine Le Pen pour se positionner en recours face à ce qui était décrit comme un laxisme, voire une impuissance structurelle du gouvernement. Macron sort la carte de la loi sur l’immigration pour donner un gage de préoccupation sécuritaire aux Français et tenter de bloquer l’ascension et la séduction de l’extrême droite.

Cette nouvelle loi, actuellement en cours de discussion, avait une double ambition. Celle d’afficher une posture de fermeté pour décourager les futurs candidats à l’immigration et celle de montrer une forme d’ouverture pour régler la problématique des irréguliers qui travaillent dans les métiers sous tension et dont l’économie française a grand besoin pour continuer à fonctionner. En la composant de la sorte, Emmanuel Macron et son ministre de l’intérieur Gérald Darmanin voulaient ratisser large pour tenter d’obtenir cette majorité parlementaire qui leur fait tant défaut depuis le début du second mandat.

Or, ironie de l’histoire, la gauche refuse cette loi car elle la trouve trop anti-immigrés et la droite et l’extrême droite la récusent car elles ne la trouvent pas assez anti-immigrés. Son passage devant le Sénat était l’occasion pour le gouvernement de tenter d’arrondir les angles et de séduire les indécis à droite. Comme le fait d’envisager la suppression de la couverture médicale universelle ou le recul sur la régulation dans les métiers sous tension. Ces modifications ont donné cette impression que le parti de républicains dirigé par Éric Ciotti qui s’opposait frontalement à cette loi, pouvait la voter.

Ce n’est pas encore partie gagnée pour le gouvernement. Le véritable test sera vécu par cette loi devant l’Assemblée nationale où extrême gauche et extrême droite sont vent debout et à couteaux tirés pour imposer leurs visions de la gestion de l’immigration. Au sein de la majorité présidentielle commence à se faire entendre une petite musique de contestation face aux multiples concessions cédées par Darmanin à la droite en vue d’avoir son vote. Cette majorité, notamment le parti «renaissance» de Macron, est menacée de déflagration interne, son aile gauche ne se reconnaissant plus dans la politique d’un gouvernement dont l’obsession est de plaire à la droite et à l’extrême droite.

Le débat à l’Assemblée promet d’être houleux et clivant. Et il n’est pas certain que le palais Bourbon puisse avoir la même mansuétude que le palais du Luxembourg où les sénateurs ont suscité l’espoir du gouvernement de ne pas recourir au fameux article 49.3 pour l’adopter. Car derrière ces enjeux se cache une bataille politique très féroce qui risque de déterminer l’identité du futur prétendant à l’Elysée. Et l’homme qui joue en grande partie sa carrière et son ambition est Gérald Darmanin. À travers l’élaboration et la vente de cette loi, le locataire de la Place Beauvau aspire à s’imposer comme l’homme qui sait fabriquer et arracher les consensus sur un sujet extrêmement effervescent, l’immigration. Aujourd’hui, faute de majorité à l’assemblée, le gouvernement d’Elisabeth Borne est condamné à gérer les affaires du pays à coup de 49.3 qui prive la représentation nationale de débat et de vote sur des questions majeures.

Or, Gérald Darmanin refuse que la loi sur l’immigration, sa propre œuvre, son précieux ticket vers la prochaine présidentielle à laquelle Macron, de par la Constitution, ne pourra pas prétendre à un troisième mandat, soit aussi adoptée par un 49.3. Car ce choix soulignerait ses limites et son incapacité à arracher une majorité et détruirait ses ambitions nationales. Ceux qui au sein du gouvernement, notamment Elisabeth Borne qui ne partage pas les visées politiques de Darmanin, privilégieraient le recours au 49.3, une manière d’éteindre les ambitions du ministre de l’intérieur.

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