Chroniques

Macron et l’islam de France, une désorganisation permanente

Mustapha Tossa Journaliste éditorialiste

Aujourd’hui, la situation de l’islam de France sous l’ère Macron est dans une zone grise, comme suspendue à des choix contradictoires. D’un côté Macron écarte le CFCM sans parvenir à le faire disparaître réellement du paysage. De l’autre côté il crée le Forif sans lui donner les moyens et les ressources indispensables à sa crédibilité et à son efficacité.

Organiser l’islam de France a toujours été un grand défi pour les présidents de la République successifs de ces dernières décennies. L’objectif cardinal est de procurer aux autorités françaises un interlocuteur et un partenaire pour organiser le culte musulman sur le territoire français. En théorie, les Francais musulmans à travers leurs mosquées devaient choisir leurs représentants et élire les structures qui portent auprès de l’Etat leurs revendications et leurs préoccupations.

Une première expérience a eu lieu à travers l’installation du conseil français du culte musulman qui avait servi de grand interlocuteur de l’Etat et de représentant du culte musulman pendant les mandats de Nicolas Sarkozy et de François Hollande. Ce conseil français du culte musulman avait de nombreux chantiers à travailler dont il a lancé les travaux de certains sans aller jusqu’à la finalisation. Parmi ces chantiers, la construction et l’entretien de mosquées sur le territoire français pour fournir aux musulmans de France des lieux de culte dignes et éviter l’islam des caves et les prières de rue. La formation des imams pour tenter de produire un encadrement religieux compatible avec le terroir français. L’organisation de l’industrie Halal pour trouver des fonds propres à l’islam de français et lui inviter une dangereuse dépendance à l’égard de pays étrangers dont l’agenda politique de certains est en collision directe avec certaines valeurs fondamentales de la République.
En arrivant au pouvoir, Emmanuel Macron a fait le constat que ce conseil français du culte musulman avait échoué dans sa mission. Sans crier gare et sous la pression d’événements internes, il prend la décision stratégique de l’écarter et d’imaginer une autre structure pour le remplacer avec une efficacité supposée plus grande. Plusieurs facteurs ont participé à créer la conviction et la décision française. La France était victime ces derniers temps de nombreux attentats terroristes attribués à l’islam radical. Récemment, le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin a pris la décision de procéder à l’expulsion de tous les imams qui prêchent un discours radical anti républicain comme cela a été le cas de l’imam marocain Hassan Iquioussen ou le Tunisien Mahjoub Mahjoubi.
À force de leur répétition avec les mêmes modes opératoires et les mêmes motivations radicalisées, ces structures de l’islam de France étaient pointées du doigt de n’avoir pas pu ou su empêcher ce discours radical, violent, meurtrier de s’infiltrer dans les cerveaux faibles de certains fidèles et les dissuader de passer à l’acte. L’accusation ne fut pas aussi claire mais elle installe une atmosphère de suspicions. C’est dans ces conditions qu’est apparue une dénonciation presque assumée par l’Etat de «l’islam consulaire». Cet islam qui serait téléguidé par les antennes sécuritaires de certaines ambassades et qui donne lieu à une compétition paralysante de tous les projets et les chantiers du CFCM.
La solution trouvée par Emmanuel Macron est celle de tenter de créer une autre structure qui prend aujourd’hui la dénomination du Forif, le forum de l’islam de France. Cette structure ne brille ni par la visibilité de ses enjeux ni par la composition de ses membres dont le choix est laissé en fin de compte à la cooptation des préfets. Le Forif devrait être un lieu de réflexions et d’analyse des meilleures voies pour donner à l’islam de France une cohérence et une organisation dans sa représentation. Or tout indique que ce nouvel instrument est loin de susciter l’enthousiasme des foules encore moins l’adhésion des structures qui composent cet islam de France et qui doivent le nourrir de leur présence et de leur participation.
Aujourd’hui, la situation de l’islam de France sous l’ère Macron est dans une zone grise, comme suspendue à des choix contradictoires. D’un côté Macron écarte le CFCM sans parvenir à le faire disparaître réellement du paysage. De l’autre côté il crée le Forif sans lui donner les moyens et les ressources indispensables à sa crédibilité et à son efficacité.
Aussi faut-il rappeler que cette volonté d’Emmanuel Macron de procéder à des réformes de structures sur l’islam de France intervient dans un contexte politique français effervescent où des forces politiques de l’extrême droite alimentent le rejet de l’islam et de l’immigration pour se bâtir un avenir politique. Ce qui augmente la sensibilité de toute démarche visant à réformer la représentation de la seconde religion de France.

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