Chroniques

Malgré tout, Macron reste silencieux sur le Maghreb

Mustapha Tossa Journaliste éditorialiste

Tant qu’Emmanuel Macron n’a pas indiqué la nature des choix qu’il compte donner à la relation France-Maghreb, cette relation restera victime d’intenses vapeurs de communication et de belles illusions.

Les signes se multiplient et ne trompent pas. Les relations entre la France et le Maroc sont plus proches d’une embellie printanière que du maintien de cet hiver glacial dans lequel des divergences stratégiques les ont plongées. Le ministre Stéphane Séjourné avait exprimé sa volonté et sa disponibilité à œuvrer pour la réconciliation franco-marocaine sur tous les tons. L’ambassadeur de Paris à Rabat, Christophe Lecourtier, se démène comme un beau diable diplomatique pour magnifier les relations entre les deux pays et tenter de leur donner le lustre qu’elles méritent. Et pourtant quelque chose semble manquer à ce tableau idyllique, c’est la parole présidentielle, celle d’Emmanuel Macron, généreux en paroles et en positions diplomatiques sur toutes les crises internationales mais étrangement silencieux sur le Maghreb.

Sauf à penser qu’Emmanuel Macron considère que la relation avec les pays du Maghreb ne traverse aucune crise qui mérite un commentaire public, force est de constater que cette région ne figure plus depuis longtemps dans le registre de ses prises de positions diplomatiques. Il est vrai que le président est, à juste titre, accaparé par des situations de guerre internationale comme celle de l’Ukraine ou de Gaza, autrement plus meurtrières et menaçant ouvertement la paix et la stabilité dans le monde. Mais l’absence totale du Maghreb dans le verbe politique présidentiel a de quoi, sinon, interpeller, du moins étonner.

Et cette situation est d’autant plus politiquement parlante que depuis son arrivée à l’Élysée, Emmanuel Macron avait fait de la relation avec l’Algérie et des accélérations qu’il ambitionnait de lui imprimer un des grands marqueurs de son mandat. Aujourd’hui, on peut chercher à la loupe la dernière fois où il avait évoqué le mot Algérie dans ses interventions, on remontera à très loin.
Avec l’Algérie, Emmanuel Macron vit une déception et un piège. Une déception car il avait politiquement beaucoup parié sur son enthousiasme à changer les choses en avançant concrètement sur le très emblématique dossier de la réconciliation mémorielle. En face, il n’avait trouvé, comme il l’avait lui même décrit, que des rentiers de la mémoire qui s’accrochent à leurs acquis du présent et dont toute remise en cause, même minime, pourrait remettre en question les fondamentaux de leurs pouvoirs prédateurs.

Un piège parce que l’Algérie d’aujourd’hui est en train de vivre une période de transition d’une très grande délicatesse. L’actuel président Abdelmajid Tebboune voudrait rempiler pour un second mandat. Ambition non partagée par beaucoup dans le sérail militaire algérien comme l’ont montré récemment des déclarations disruptives de deux personnalités reflétant l’humeur de l’armée, Abdelkader Bengrina et Abderazak Makri. Emmanuel Macron est coincé face à cette situation, adouber publiquement Tebboune au risque d’apparaître comme le parrain du statu quo algérien ou prendre ses distances au risque d’encourager une rébellion interne.

À l’égard du Maroc, Emmanuel Macron avait vécu un choc diplomatique d’une rare limpidité. La dernière fois qu’il avait publiquement évoqué la nature des relations qui le liaient au Maroc en affirmant: «ma volonté est d’avancer avec le Maroc, Sa Majesté le Roi le sait, nous avons plusieurs discussions, les relations sont amicales, elles le demeureront», la réponse de Rabat avait claqué comme un fouet «les relations ne sont ni bonnes ni amicales». Depuis cette réponse, Emmanuel Macron s’est muré dans un silence sur les relations avec le Maroc au point de suggérer qu’il en niait jusqu’à l’existence d’une crise ou même d’une tension.

Pour toutes les capitales du Maghreb, une certitude à ne pas oublier. Les choix diplomatiques français se font et se défont à l’Elysée au non du sacro-saint principe du domaine réservé. Les ministres et les ambassadeurs peuvent créer des atmosphères, mais le vrai tournant est attendu de la bouche même du président de la République. Et tant qu’Emmanuel Macron n’a pas indiqué la nature des choix qu’il compte donner à la relation France Maghreb, cette relation restera victime d’intenses vapeurs de communication et de belles illusions.
Dans tous les cas de figure, l’heure des vrais choix approche aussi bien à l’égard du régime algérien qui lorgne un soutien politique français qu’à l’encontre du Maroc qui attend avec patience et détermination que le palais de l’Elysée sorte du clair-obscur dans lequel la diplomatie française continue d’enrober la posture de Paris sur le Sahara marocain.

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