Méritocratie ou Idiocratie ?

Méritocratie ou Idiocratie ?

On va prendre dit-on des milliers d’étudiants en médecine cette année. Le Maroc a besoin de médecins, donc on descend la barre de sélection à 12/20 et on fonce. La belle affaire! Qui va les former? Quel enseignement auront-ils?

Par Dr Imane Kendili
Psychiatre-addictologue

C’est tombé aujourd’hui. A, la fois comme un couperet et comme une annonce anodine. On va fabriquer des médecins sur-mesure pour répondre à la demande de soins grandissante, amenée par une pandémie covidienne Made in China. Un gouvernement qui s’étonne de perdurer, et qui en bon Panurge moutonné prône la médiocratie pour rester les fesses vissées à des sièges qui leur tiennent trop chaud en nous donnant à nous des sueurs froides. On va prendre dit-on des milliers d’étudiants en médecine cette année. Le Maroc a besoin de médecins, donc on descend la barre de sélection à 12/20 et on fonce. La belle affaire ! Qui va les former ?

Quel enseignement auront-ils ? Peut-être que certains décideurs ont confondu leur nombre de followers sur Instagram avec les chiffres d’admission en université de médecine. Sauf que ce n’est pas du virtuel. Ou peut-être la saison étant chaude, une élation d’humeur non soignée a-t-elle donnée lieu à des idées mégalos irréalisables ? Ou encore on aurait trouvé un mode chinois de formation ? Le plus drôle dans l’histoire c’est l’appétence des 20 dernières années pour les produits chinois et la contrefaçon bridée 2.0 qui permet aux pauvres, comme les riches, de circuler un sac griffé à la main mais aussi de déambuler en djellaba luxure par des LV OU un double G.

Ainsi, si on garde une vue grotesque, tout le monde se ressemble. La maladie Made in China ne déroge pas à la règle. Le virus à la couronne atteint les riches comme les pauvres, il n’a pas de frontières ni de distinction particulière si ce n’est une future date de péremption humaine.
Comment pense-t-on une formation médicale adéquate de milliers d’étudiants d’un coup ? Les universités publiques pensent-elles à un contrat d’emblée d’un médecin à 12 de moyenne l’aliénant à la fonction publique à vie ? Tu rêves d’être médecin. Je te ferai médecin.
Mais tu seras à moi. Vous savez ce qu’il y a de bien avec la médiocrité c’est que l’ambition, l’assurance et la liberté d’exercice ne sont même pas fantasmées. On vous donnera des protocoles et en bons moutons, vous les suivrez à la lettre et on vous prend sous notre aile à vie.

Quelle comédie ! Tragique, certes. Depuis quelques années, la tension monte. Les étudiants en médecine et les médecins internes et résidents montent au créneau et leurs revendications scandées des fois dans des manifestations dispersées à coups de matraque sont la formation, l’absence de supervision dans les CHU avec les vagues de démissions précoces des universitaires, les infrastructures sans appareillage paraclinique nécessaire et les dépressions d’un corps médical qui a fantasmé Grey’s Anatomy pour se retrouver dans Hostel à assumer les élucubrations décisionnelles et cinématographiques d’une secte politisée nous rejouant Inglorius Bestards. Sans talent par contre. Le burlesque dans l’histoire c’est que le chef du gouvernement est médecin.

Plus encore Psychiatre. Mais alors comment peut-il accepter qu’on fasse des mécanos de l’humain quand la médecine était encore un Art il y a si peu de temps ? Je vous demanderai de jeter un coup d’œil à l’Atlas d’anatomie de Netter pour retrouver la dextérité du peintre couplé à la précision du chirurgien. Je me désole, aujourd’hui, de l’absence de mémoire collective. Je me désole de l’absence de capitalisation de l’expérience. Je me désole de l’absence amère des intelligences innovantes en fuite. Je me désole du taux dérisoire de représentation des populations dans les bureaux de vote. Je me désole de la démocratie. Je ne veux pas d’une démocratie offerte à la carte. Je veux un gouvernement digne de ce nom, qui sait ce qu’il fait et surtout où il va. Je veux une représentation altière. Je veux des élus à l’image du Maroc et de son histoire. Et non un Maroc en refaçonnement à l’image de ses élus en rédemption politique.

La demande accrue en soins justifie-t-elle qu’on recrute dans les universités à 12/20 ? Ou alors allons-nous nous mettre à fabriquer, après les chanteurs sans talent et les stylistes caftanesques sans créativité, des ingénieurs sans formation et des médecins pro-fumette ?
Imaginons que pour faire de la médecine privée, on serait amenés à payer ses études dans des universités privées; et qu’en faisant l’université prestigieuse publique, on ferait des soldats de la médecine publique à vie. Où se situeraient les magnifiques parcours de nos génies qui, sortant de Ouarzazate, se retrouvent à Polytechnique Paris, ou issus d’un quartier défavorisé, deviennent les fleurons intellectuels de notre pays ? Va-t-on évoluer par cases ? Serions-nous inconsciemment en train de marcher à reculons? Comme nous en avons l’habitude ? Vous savez, ce n’est pas dit que c’est une fatalité, car le changement est entre nos mains. Il suffit de le vouloir et d’y croire.

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