La nouvelle est tombée comme une fin de film qui arrive trop tôt ou… trop tard: le Directeur Général du Centre Cinématographique Marocain va quitter ses fonctions.
Dès que l’info a été annoncée, les téléphones ont commencé à sonner et les réseaux sociaux à résonner. On avait l’impression qu’on venait de découvrir le vaccin du Sida ou l’auréole de l’ange Gabriel. Pour tous les incrédules, c’était tout simplement incroyable !
Ils étaient tétanisés. Vous me direz qu’il n’est pas le premier ni le dernier à le faire, et que tous les responsables, aussi hauts soient-ils ou aussi indispensables pensent-ils, finissent un jour ou l’autre par partir, y compris Noureddine Sail.
Oui, mais allez le dire à certains de ses proches – ou qui le lui faisaient croire – qui croyaient tellement que sa mission était éternelle qu’ils en avaient fait presque un gourou. Or, les gourous sont souvent des cancres ou des ratés ou des imbéciles qui ont tout raté, ce qui est loin, très loin d’être le cas pour Noureddine Sail.
Pour beaucoup, dont moi-même, il a toujours été un homme d’une grande intelligence, d’une immense érudition et, ce qui ne gâche rien, d’un gigantesque sens de l’humour. Aujourd’hui, je ne voudrais pas parler de lui au passé, car même s’il n’est plus DG du CCM, il est toujours là et je lui souhaite de tout cœur une très longue vie pleine de tout ce dont il a envie. Par contre, j’aimerais lui dire deux ou trois choses que je lui répéterai volontiers de vive voix si jamais il m’en donne l’occasion un jour. D’abord, pour ceux qui ne connaissent pas assez les rapports que j’ai eus avec Noureddine, nos relations ont toujours été… comment dire… passionnelles.
J’avais, un peu comme tout le monde, énormément d’estime pour le grand intellectuel et grand cinéphile qu’il était, et qu’il restera toujours, mais je pensais qu’il n’était ni un surhomme ni un mec parfait et, à la différence de beaucoup de monde, moi, je le disais et l’écrivais publiquement. Je l’avais fait, il y a bien longtemps, quand il était encore DG de 2M.
Je lui avais adressé – à travers un grand journal subversif où je chroniquais à l’époque – une lettre ouverte dans laquelle je lui avais reproché, d’une manière légère et néanmoins sournoise, certains dysfonctionnements de ses services commerciaux. J’avais appris qu’il n’avait pas du tout apprécié ces remontrances publiques et insolentes, et j’avais su aussi qu’il m’en avait beaucoup voulu. Mais cela ne l’avait pas empêché, quelque temps plus tard, de reprendre contact avec moi, conscient qu’il était, je pense, que je n’étais pas un méchant, mais pas un hypocrite non plus. Et puis, il y a moins de 2 mois, juste après la fin du dernier festival du film de Tanger, j’avais repris la plume, ici même, dans cette tribune, pour dire et écrire ce que je pense du secteur du Cinéma Marocain et ce qu’il est devenu sous son mandat.
Entre ces deux « sorties », je n’ai jamais caché mes opinions sur lui, non pas que je voulais qu’on le change, mais je voulais, tout simplement, que lui change et change sa manière de faire. Oui, Noureddine aimait d’un amour fou le cinéma et a fait beaucoup pour sa promotion et son développement au Maroc, mais il n’avait pas toujours raison, et il n’avait pas toujours fait les bons choix, y compris dans ses amitiés. Son entourage était souvent hétéroclite et souvent versatile. On va voir ce qu’il en restera.
J’aurais tant aimé devenir son ami, mais, comme je ne sais pas me taire, je n’ai pas pu l’être. On m’a toujours dit qu’il n’aime pas la critique et qu’il lui préfère la louange, mais, comme a dit André Gide: «Ne prête à la louange qu’une oreille, ouvre l’œil à la critique». J’espère que son successeur – ou, pourquoi pas, sa successeuse – saura bien méditer cette citation avant de dire: Action !
En attendant, je souhaite à tous les amoureux et à toutes les amoureuses du cinéma, un très bon week-end de détente et de… méditation.
Un dernier mot pour rigoler un peu: maintenant que la liste des prix des médicaments en baisse a été publiée, il faut vraiment être malade pour ne pas en profiter.










