Mieux vaut en rire: Lettre ouverte au futur Directeur du CCM

Mieux vaut en rire: Lettre ouverte  au futur Directeur du CCM

Monsieur le futur Directeur
 
Je suis désolé de vous importuner alors que vous n’avez même pas encore foulé la moquette de votre futur bureau directorial que vous serez sans doute amené à transformer pour le rendre à votre goût. Après tout, d’autres l’ont fait avant vous, alors pourquoi pas vous ?

Je sais aussi que ce n’est pas très correct d’adresser une lettre, de plus ouverte, à une personne qu’on ne connaît pas. C’est vrai que je ne sais pas encore qui vous êtes, mais j’ai quand même ma petite idée et je ne suis pas le seul d’ailleurs. D’ailleurs, je vous ai appelé d’emblée Monsieur car je sais que vous n’êtes pas une femme, ce que je déplore. Ce n’est pas de votre faute, je le sais, mais ça aurait été sympa que ce soit une dame qui préside aux destinées de notre cinéma.

D’abord ça nous aurait un peu changé des mecs qui sont presque toujours à la tête de nos institutions étatiques. Ensuite, une femme qui s’occupe de cinéma, ça ne serait pas une hérésie car elle y est déjà très active. De plus, elle pourrait plus facilement couper le sifflet à tous ceux qui veulent soi-disant protéger son image des regards malveillants en lui voilant la face et tout le reste.

Maintenant, à moins d’une surprise de dernière minute, c’est vous Monsieur qui serez le futur maître à bord et je vous souhaite déjà la bienvenue. Rassurez-vous, personne ne m’a mandaté, mais comme j’aime bien le cinéma, que je fais parfois le mien pour faire l’intéressant, et que j’ai la chance de disposer d’une tribune, je me suis dis pourquoi ne pas en profiter pour faire œuvre utile. Bon, je commence. Monsieur le futur Directeur du Centre cinématographique marocain, si je n’avais qu’une seule demande à vous faire, ça serait celle-ci : qu’on arrête, je vous en supplie, de nous répéter que le cinéma dans notre pays va super bien parce qu’on produirait plus de 20 longs-métrages et je ne sais plus combien de courts-métrages par an ! Si vous avez l’intention vous aussi de nous raconter la même chose, vous allez devoir nous expliquer en même temps ce que vous comptez entreprendre pour arrêter l’hémorragie des fermetures des salles de cinéma et y faire revenir le public qui les déserte, leur préférant des DVD piratés vendus au vu et au su de tous ceux qui sont censés les interdire.

C’est quand même dramatique que des villes comme Agadir, Oujda, Ouarzazate et bien d’autres ne disposent plus d’une seule salle ! Produire beaucoup de films, c’est bien, mais si c’est juste pour organiser des Premières ou pour les projeter dans des festivals, c’est très dommage. Personne ne nie que le système de subvention du cinéma au Maroc soit un modèle du genre, mais rien ne nous empêche d’y apporter les corrections nécessaires. J’en vois au moins trois qui sont à mes yeux incontournables. La première : l’aide à l’écriture car tout le monde s’accorde à dire qu’on ne peut jamais faire un bon film sans un bon scénario.

Justement, pour pouvoir apprécier un scénario et savoir discerner le bon du mauvais, il faut être outillé pour. Et c’est l’objet de ma 2ème correction : les membres  de la commission de l’avance sur recette qui sont choisis pour étudier les projets de films devraient suivre une formation adéquate avant d’entamer leur mission. Car ce n’est pas parce qu’ils sont écrivains, peintres ou universitaires qu’ils ont forcément les aptitudes pour juger un scénario.

Enfin, 3ème correction souhaitée: comme la commission n’accorde jamais plus que la moitié du budget de production évalué, il faudrait d’abord que l’on s’assure que le producteur bénéficiaire de l’avance a bien ramené le reste du financement, voire qu’on lui apporte une aide nécessaire,  avant de lui accorder la première tranche. C’est là, à mon avis, une des raisons des graves difficultés que rencontrent beaucoup de nos auto-producteurs et de la qualité médiocre de certains de nos films.  

Monsieur le futur Directeur, j’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais comme vous devez sûrement avoir la tête ailleurs et je vous comprends, je vais vous laisser tranquille. Pour l’instant.
En attendant votre nomination très attendue par vous et pas par beaucoup d’entre nous, je souhaite à tous et à toutes les cinéphiles un très bon week-end et à vous… une très bonne nouvelle. Quant aux autres…

Un dernier mot sous forme de devinette pour rigoler un peu : A quoi sert un Directeur des programmes d’une télé quand on a déjà un ministre de la communication ?

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