Chroniques

Mieux vaut en rire: Tant qu’on nous envie…

© D.R

Il y a une phrase que j’entends tout le temps et qui me donne à chaque fois l’urticaire, c’est celle-ci : «Notre pays, tout le monde l’envie».

Il y en a même qui vont jusqu’à répéter à souhait que «nous sommes jalousés». Ceux-là ajoutent très souvent, le sourire en coin : «… par qui vous savez». Traduisez : nos voisins de l’Est qui, en plus de nous «détester», seraient jaloux de nous comme des fous.

Moi, je veux bien reconnaître que le Maroc est un très beau pays, que ses habitants sont des gens intelligents, qu’il y fait bon presque à toutes les saisons, qu’il est baigné par un vaste océan, une super belle mer et plein de lacs, de fleuves et de petits ruisseaux, que ses montagnes sont très hautes, ses plateaux très plats, ses plaines très verdoyantes et ses vallées très fertiles… Je veux bien admettre que nos tagines sont délicieux, nos méchouis tendres, nos côtelettes succulentes, notre pastilla craquante, notre couscous aux 7 légumes, même sans viande, exquis, et notre célèbre thé à la menthe, surtout quand il est bu très chaud, inimitable…

Tout ça est vrai et pas surfait. Mais, quand on a dit tout ça, on n’a pas tout dit. D’abord, ce qu’il faudrait dire, c’est que notre pays a beau être très beau, il n’est pas le seul. La mer, les montagnes, les plateaux, les plaines, les arbres, l’eau, les fleurs, les petits oiseaux, les abeilles, les oranges, les groseilles, nous n‘en avons pas le monopole : il y en a partout. Il suffit de bouger, tenez, juste à côté, et même plus loin encore, et vous allez voir de visu, que des beaux pays, il y en a à la pelle.

Vous savez, si la terre est ronde, c’est sûrement pour qu’on puisse en faire facilement le tour. D’ailleurs, si je le pouvais, j’organiserais régulièrement des voyages dans les pays les plus lointains, à commencer par les plus proches, au profit de tous nos concitoyens qui clament à longueur de journée qu’ils sont tellement amoureux de leur pays qu’ils ne le quitteraient jamais pour tout l’or du monde. C’est très attendrissant, mais, justement, je crois que c’est le fait de ne pas connaître les autres pays, ni leurs habitants, qui renforcent cette croyance, bête et méchante que nous sommes le plus beau pays du monde et le meilleur peuple de la planète.

Je m’excuse de le dire, mais il n’y a pas plus nul que de croire qu’on est le meilleur, et pire encore, qu’on est unique. Or, c’est justement ce que je n’arrête pas d’entendre tout le temps. Mais la meilleure qui me fait toujours marrer, c’est que ceux qui nous cassent les oreilles avec «la suprématie exceptionnelle du Maroc», sont souvent les mêmes qui sont les premiers à râler dès lors qu’ils sont face à la plus petite contrainte administrative ou autre.

C’est le seul moment où ils se lâchent et se mettent à comparer le plus beau pays du monde, PBPDM pour les adeptes, à d’autres pays, moins beaux peut-être, plus pluvieux et plus froids même, mais qu’ils finissent par admettre qu’ils sont plus sérieux, plus honnêtes, plus organisés et plus… modernes. Et voilà : le mot est lâché ! Moderne ! Et oui ! On est moderne, ou on ne l’est pas. Je dirais même plus : on est moderne ou ON N’EST PAS. Les antonymes de «moderne» sont très nombreux, mais je vais citer juste quelques- uns: antique, vieillot, anachronique, et le plus parlant de tous : archaïque.

  Tous ces qualificatifs, j’ai l’habitude de les résumer en un seul : sous-développé. Oui, c’est un mot qui fait mal, très mal mais, malgré son aspect excessif, c’est celui qui décrit le mieux certaines de nos attitudes arriérées et certains de nos comportements primitifs. Oui, je dis nous, car j’y inclus tout le monde, à commencer par moi. C’est trop facile de vouloir tout mettre sur le dos du «pouvoir», de «l’État» et des «responsables». Chacun a sa responsabilité, mais nous sommes tous responsables, parce que nous sommes tous, à un degré ou un autre, des archaïques.

En attendant de changer un peu, je souhaite à tous ceux et à toutes celles qui aspirent vraiment à une vraie modernité un très bon week-end. Quant aux autres…
Un dernier mot sous forme de devinette pour rigoler un peu : pourquoi ceux qui parlent souvent beaucoup se taisent parfois d’un coup ?

Articles similaires

Chroniques

Un été libre sans croyances limitantes !!!

Il y a les croyances limitantes en général et il y a...

Chroniques

Le Maroc à l’ère de la techno-durabilité : Faut-il réinventer son offre touristique ?

Les risques de surtourisme nécessitent une gestion intelligente impliquant les communautés locales...

Chroniques

Nos jeunes dans les starting-blocks

Les événements sportifs que se prépare à organiser le Maroc jouent un...

Chroniques

Les Français refusent de confier le pouvoir au RN !

C’est sans aucun doute une des gigantesques surprises de ces élections législatives...

EDITO

Couverture

Nos supplément spéciaux

Articles les plus lus