Chroniques

Nethanyahou, Raïssi, la force des symboles

Mustapha Tossa Journaliste éditorialiste

Entre deux hommes que tout opposait, un destin commun et concomitant. Le président iranien a disparu physiquement des radars, révélant sinon une béante lutte intestine pour le pouvoir du moins une défaillance technique démystificatrice. Le second, le Premier ministre israélien a écopé de l’accusation de criminel de guerre.

Ce sont deux événements majeurs qui se sont télescopés avec une telle force qu’il est impossible de n’y voir qu’une coïncidence naturelle de calendrier. Une mort physique et une mort symbolique de deux importants leaders d’une région historiquement explosive. Le premier, Ibrahim Raïssi, président iranien, a péri dans un accident d’hélicoptère, le second Benjamin Nethanyahou, s’est fait rattraper par la justice internationale.
Pour le président iranien, cette mort dont toutes les apparences indiquent qu’elle est accidentelle, conserve malgré tout de nombreux mystères. Et s’il est encore difficile de l’attribuer à un acte humain interne ou externe à l’Iran, elle n’en suscite pas moins de nombreuses interrogations. Les réseaux sociaux regorgent en ce moment des théories les plus fantaisistes pour donner une cohérence à cette brusque accélération d’événements en Iran. S’agit-il d’un règlement de comptes politiques domestiques à l’Iran comme cela se pratique souvent au sein de tous les pouvoirs ultra-autoritaires? Ou s’agit-il d’une vengeance régionale camouflée en accident de l’air qu’une mauvaise météo, adossée à une géographie difficile, ont provoqué ?
De cette affaire si la théorie de l’accident naturel se confirme, l’Iran, puissance régionale aussi incontournable que crainte, sort affaiblie de cette séquence. Comment se fait-il que le pays qui se targue d’être à deux doigts de l’acquisition d’une très rare technologie nucléaire militaire, un pays qui brille sur la scène internationale pour son savoir-faire incontestable dans l’industrie de la fabrication de drones comme le montre sa collaboration militaire avec le régime de Vladimir Poutine dans sa guerre contre l’Ukraine, puisse à ce point être défaillant dans la protection « technologique » de son président ?
Sauf à penser que l’Iran d’aujourd’hui est une véritable baudruche qu’on gonfle à dessein pour lui faire jouer le rôle d’épouvantail dans la région avec des fonctions bien précises, cet accident présidentiel est peut-être révélateur d’une grande défaillance qui risque à terme d’avoir des répercussions sur ses capacités de dissuasion et les craintes réelles ou supposées qu’il peut inspirer sur le plan régional.
L’autre symbole qui a chuté pendant cette séquence iranienne est le Premier ministre israélien Benjamin Nethanyahou. Il vient, avec son ministre de la défense, d’être l’objet d’un mandat d’arrêt international de la part de la Cour pénale internationale (CPI) pour de nombreuses accusations dont crimes de guerre. Il est vrai que ces mandats d’arrêt sont délivrés aussi à l’encontre de certains chefs du Hamas dont le mystérieux Senouar, mais il n’en demeure pas moins qu’ils ont provoqué un tremblement de terre politique aussi bien en Israël que dans la communauté internationale.
Cette démarche de la CPI envers Nethanyahou est venue clôturer un long cycle, montrant parfois le manque de capacité, parfois le manque de volonté de cette communauté internationale d’imposer un cessez -le-feu entre Israël et le Hamas pour éviter le piège génocidaire dans lequel cette guerre est en train de plonger la région.
Fort du soutien structurel américain, Benjamin Nethanyahou se croyait tout permis pour assouvir la vengeance israélienne après les massacres du 7 octobre.
Ni l’Europe, ni les Nations Unies, ni l’administration américaine, ni les pays arabes signataires des accords d’Abraham n’ont réussi à convaincre Nethanyahou de lever le pied sur cette terrible guerre qui tue et affame tout un peuple.
La Cour pénale internationale est venue signifier que ce qui est difficile à atteindre par la diplomatie, le processus de la justice internationale est capable de créer les conditions pour le réaliser. D’autant plus qu’un autre processus en cours contre Israël est piloté par la Cour internationale de justice qui prépare contre Nethanyahou et la direction militaire israélienne le terrible réquisitoire de commettre un véritable génocide contre les Palestiniens de Gaza.
Entre deux hommes que tout opposait, un destin commun et concomitant. Le président iranien a disparu physiquement des radars, révélant sinon une béante lutte intestine pour le pouvoir du moins une défaillance technique démystificatrice. Le second, le Premier ministre israélien a écopé de l’accusation de criminel de guerre. Une accusation écrite à l’encre indélébile et qui va le poursuivre jusqu’à la fin de sa vie. Elle impactera fatalement l’image et le devenir d’israël dans les années à venir.
La mort mystérieuse de Ibrahim Raissi met l’Iran dans une crise ouverte de successions et d’influence. Le mandat d’arrêt de la CPI contre Benjamin Nethanyahou permet à la justice internationale de faire son œuvre là où la diplomatie traditionnelle a spectaculairementw échoué jusqu’à présent.

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