Considération
À l’approche des élections législatives, le Maroc est face à une question qui dépasse largement les urnes : quelle place voulons-nous donner à notre jeunesse dans le Maroc de demain ? Cette question est d’autant plus importante que notre pays connaît une transformation profonde.
Le Maroc construit des infrastructures modernes, développe ses territoires, renforce son économie, investit dans les énergies renouvelables, les grands projets, la digitalisation et son ouverture sur l’Afrique et le monde. Mais derrière cette dynamique nationale, il y a une réalité que nous devons regarder avec lucidité: celle de millions de jeunes Marocains qui veulent trouver leur place dans cette transformation.
Ils ne demandent pas l’impossible. Ils demandent une école qui prépare réellement à la vie, une formation qui ouvre les portes de l’emploi, un système de santé accessible, des espaces de sport et de culture, des perspectives dans leur propre région et la possibilité de construire une vie digne au Maroc.
Le jeune de Casablanca n’a pas toujours les mêmes préoccupations que celui d’Errachidia, d’Oujda, de Laâyoune, de Tanger, de Fès, de Marrakech ou d’un village du monde rural. Mais tous partagent une même aspiration : avoir un avenir.
C’est là que doit commencer notre réflexion politique.
Le Maroc ne peut pas penser sa jeunesse uniquement à travers les grandes métropoles. Notre jeunesse est partout : dans les quartiers populaires de Casablanca, dans les universités, les centres de formation professionnelle, les petites villes, les provinces du Sud, le Rif, l’Oriental, le monde rural et les territoires qui connaissent encore des difficultés d’accès à certains services essentiels. L’égalité des chances ne signifie pas que tous les territoires seront identiques. Elle signifie que chaque jeune Marocain doit pouvoir bénéficier des conditions nécessaires pour construire son avenir, quel que soit son lieu de naissance.
La question de l’emploi reste évidemment centrale. Beaucoup de jeunes Marocains ont fait des études, obtenu des diplômes et acquis des compétences, mais rencontrent encore des difficultés à accéder à un emploi correspondant à leurs qualifications. D’autres cherchent leur voie dans l’entrepreneuriat, l’économie sociale, les métiers numériques ou les nouvelles industries. Nous devons accompagner ces transformations plutôt que de continuer à penser l’emploi uniquement à travers les modèles du passé.
Le Maroc dispose aujourd’hui d’atouts considérables. L’industrie automobile, l’aéronautique, les énergies renouvelables, le numérique, le tourisme, l’agriculture, la logistique et les métiers liés à l’intelligence artificielle ouvrent de nouvelles perspectives. Mais ces opportunités doivent être davantage connectées à notre système éducatif et à nos territoires. Il ne suffit pas de créer des emplois : il faut préparer nos jeunes à pouvoir les occuper.
C’est pourquoi la réforme de l’école doit rester au cœur du projet national. Une école marocaine moderne doit transmettre des connaissances, mais aussi apprendre à penser, à créer, à travailler en équipe, à utiliser les technologies et à résoudre des problèmes. Elle doit renforcer les langues, les sciences, le numérique, la culture, l’éducation civique et l’esprit critique.
Elle doit également réhabiliter la valeur du travail manuel et de la formation professionnelle. Tous les jeunes n’ont pas vocation à suivre le même parcours universitaire. Un jeune formé dans un métier technique, industriel, agricole, numérique ou artisanal peut contribuer autant au développement du Maroc qu’un diplômé de l’université. Notre société doit davantage valoriser toutes les formes de compétence.
Il y a également un autre sujet dont nous devons parler sans détour : la santé mentale de nos jeunes. Derrière les difficultés scolaires, le décrochage, certaines conduites addictives, l’isolement, la violence ou certains comportements à risque, il peut parfois exister une souffrance psychologique qui n’est ni identifiée ni prise en charge. Au Maroc, nous devons développer une véritable culture de prévention et de santé mentale, notamment dans les écoles et les universités.
La prévention des addictions doit également devenir une priorité. Cannabis, tabac, alcool, psychotropes détournés et nouvelles addictions numériques touchent des populations jeunes et fragilisent parfois des parcours qui auraient pu être prometteurs. Il ne suffit pas de sanctionner. Il faut prévenir, informer, accompagner les familles, former les professionnels et offrir aux jeunes des alternatives : sport, culture, créativité, formation, engagement associatif et projets collectifs.
Car un jeune qui trouve sa place dans la société est un jeune qui a moins besoin de chercher une échappatoire.
C’est pourquoi le sport et la culture doivent être considérés comme de véritables politiques publiques. Un terrain de sport dans un quartier n’est pas un luxe. Une bibliothèque, une maison de jeunes, un atelier artistique ou un espace culturel ne sont pas des dépenses secondaires. Ce sont des investissements dans la cohésion sociale et dans la santé psychologique de nos enfants.
Nous devons également nous intéresser à ce qui se passe dans la poche et dans la main de chaque jeune : le smartphone. Les réseaux sociaux ont bouleversé notre rapport à l’information. Ils permettent à nos jeunes de découvrir le monde, de créer, d’entreprendre et de communiquer. Mais ils peuvent aussi favoriser la désinformation, le cyberharcèlement, l’exposition précoce à des contenus violents ou inadaptés et une consommation excessive qui affecte parfois le sommeil, l’attention et les relations sociales.
Le Maroc doit avancer sur l’éducation au numérique. Il ne s’agit pas d’interdire la technologie à une génération qui est née avec elle. Il s’agit de lui apprendre à la maîtriser.
Apprendre à vérifier une information. À reconnaître une manipulation. À protéger ses données. À comprendre les algorithmes. À préserver son sommeil. À ne pas confondre influence et connaissance. À utiliser les réseaux sociaux comme des outils et non comme des maîtres.
Cette question devient particulièrement importante alors que l’intelligence artificielle entre progressivement dans nos écoles, nos universités, nos entreprises et notre quotidien. Le Maroc doit préparer une génération capable non seulement d’utiliser l’intelligence artificielle, mais aussi de créer avec elle, de l’encadrer et d’en comprendre les limites.
Mais aucune technologie ne remplacera jamais les valeurs humaines.
Notre jeunesse doit pouvoir être moderne sans perdre ses repères. Ouverte sur le monde sans renoncer à son identité. Ambitieuse à l’international tout en restant profondément attachée au Maroc.
Notre pays possède une richesse particulière : une identité plurielle, une histoire millénaire, une culture diverse, une ouverture internationale et une capacité à construire des ponts entre les continents. Cette richesse doit être transmise à notre jeunesse non pas comme un héritage figé, mais comme une force pour l’avenir.
L’éducation à la citoyenneté doit également retrouver toute sa place. Voter est un droit, mais aussi une responsabilité. Connaître les institutions, comprendre le fonctionnement de la démocratie, respecter les opinions différentes, participer à la vie associative et contribuer à l’intérêt général sont autant de dimensions de la citoyenneté.
Nous ne devons pas considérer les jeunes comme une catégorie électorale que l’on sollicite périodiquement. Ils doivent être considérés comme une force nationale permanente.
Ils doivent pouvoir participer aux décisions qui concernent leur avenir.
Cela suppose de leur faire davantage confiance, de leur donner des responsabilités, de les intégrer aux espaces de décision et de reconnaître leur capacité à proposer des solutions.
Le Maroc de demain ne pourra pas être construit uniquement par les générations qui ont porté les grandes transformations des dernières décennies. Il devra être porté par celles qui arrivent aujourd’hui.
Et cette transmission est notre responsabilité collective.
Les parents doivent transmettre les valeurs. L’école doit transmettre les connaissances et l’esprit critique. L’université doit produire de la compétence et de l’innovation. L’entreprise doit offrir des opportunités. Les médias doivent informer avec responsabilité. Les associations doivent créer des espaces d’engagement. L’État et les collectivités doivent garantir les conditions d’une égalité réelle des chances.
C’est ainsi que nous construirons une jeunesse qui ne regarde pas seulement vers l’étranger pour chercher son avenir, mais qui puisse aussi regarder vers son propre pays avec ambition.
Il ne s’agit pas de retenir les jeunes à tout prix. Un Maroc ouvert doit permettre à ses citoyens d’étudier, de travailler et de réussir partout dans le monde. Mais il doit aussi leur donner envie de revenir, d’investir, de créer et de transmettre leur expérience.
La diaspora marocaine constitue d’ailleurs une immense richesse. Ces Marocains du monde sont des passerelles humaines, économiques, scientifiques et culturelles. Ils doivent être considérés comme une composante essentielle de notre développement.
Au fond, la question qui se pose aujourd’hui n’est pas simplement de savoir si notre jeunesse participera davantage aux élections. La vraie question est de savoir si elle se sent suffisamment considérée pour croire que son engagement peut changer son quotidien.
La réponse doit être collective.
Le Maroc a démontré qu’il savait construire de grands projets. L’enjeu de la prochaine étape est de construire encore davantage les parcours humains qui leur donneront tout leur sens.
Construire des écoles, mais surtout des destins.
Construire des centres de santé, mais surtout une meilleure qualité de vie.
Construire des infrastructures sportives, mais surtout de la confiance.
Construire des universités, mais surtout de l’innovation.
Construire des entreprises, mais surtout des opportunités.
Et surtout, construire une société dans laquelle aucun jeune Marocain ne puisse penser que son origine géographique, son milieu social ou son niveau de ressources détermine à l’avance son avenir.
Le Maroc de demain doit être un Maroc où le mérite peut s’exprimer, où le travail est valorisé, où l’éducation ouvre réellement des portes et où chaque jeune peut se dire : « J’ai ma place dans ce pays. »
C’est peut-être cela le véritable enjeu de cette génération.
Nous ne devons pas seulement demander à nos jeunes ce qu’ils feront pour le Maroc.
Nous devons leur donner les moyens de le construire.
Parce que le Maroc de demain ne sera pas seulement celui que nous laisserons derrière nous.
Il sera celui que notre jeunesse aura les moyens d’inventer.
Et si nous voulons une génération forte, engagée, créative et confiante, nous devons commencer par lui dire une chose essentielle : votre avenir n’est pas ailleurs par définition. Votre avenir peut aussi être ici.
Ici, au Maroc.
Dans vos villes, vos villages, vos universités, vos entreprises, vos quartiers et vos projets.
Le Maroc de demain vous appartient.
À nous, aujourd’hui, de vous donner les moyens de le bâtir.










