Nous ne rêvons plus

Nous ne rêvons plus

Le monde moderne est trop acharné à creuser sa tombe pour une illusion de libre arbitre à la Kyo. Sauf que pour mener des hommes sans rêves et sans idéaux, nous n’avons fabriqué que des «Tchen» acharnés, goulus, affamés de pouvoir et destructeurs.

Par Dr Imane Kendili
Psychiatre-addictologue

«Le rêve ne pense ni ne calcule; d’une manière générale il ne juge pas : il se contente de transformer»
Sigmund Freud

Les humains ont cru- et pour la majorité croient encore- pouvoir détruire la planète sans en payer le prix. Le prix fort, s’entend. On a longtemps épilogué sur le réchauffement climatique. On nous a gavés de fausses informations sur le trou dans la couche d’ozone. On a tout fait pour dissimuler des données cruciales sur l’inversion des pôles et le risque de perdre l’atmosphère terrestre. On a servi tant de scenarii apocalyptiques sur fond de risques majeurs pour l’avenir de l’humanité, avec des variations sur le thème de la peur et de la fin du monde. Sans parler de tant d’autres catastrophes naturelles annoncées, tôt ou tard, pouvant provoquer des extinctions de masse. On a dit et répété qu’il y aura plus de séismes partout sur terre.

Plus d’ouragans. Plus d’éruptions volcaniques. Plus de tsunamis. Plus de menaces de tous genres avec des dégâts de plus en plus grands et des pertes humaines de plus en plus terribles. Le troisième manuscrit de Fulcanelli prend tout son ampleur. Et si Eugène Canseliet n’est plus, le croquis de Jean Fontaine est fort parlant. Des pyramides et un sphinx en feu pour éveiller la mémoire humaine à un nouveau cycle puisque le dernier déluge a vite été balayé. Légendes de troubadours ! Le monde moderne est trop acharné à creuser sa tombe pour une illusion de libre arbitre à la Kyo. Sauf que pour mener des hommes sans rêves et sans idéaux, nous n’avons fabriqué que des «Tchen» acharnés, goulus, affamés de pouvoir et destructeurs. Une Terre malade qui dialogue encore bien qu’envoyant des signaux de «burn out» imminent mais des hommes tout-puissants de leur narcissisme grossissant agissant en géants aux pieds d’argile, comme si l’apparition de Neburu présageait un déménagement possible pour une mise en repos de la Terre de ses enfants-rois: les hommes.

On est plus préoccupés par la réouverture des restaurants et des bars que par le sort de l’Homme. Le virus tue. Et alors ? Qu’il passe ma porte et décime !
Des Marie-Antoinette aux masques griffés s’inquiètent de la tenue de leurs rouges à lèvres sous ces masques et pianotent à la recherche d’un prince charmant virtuel à coup d’émoticônes. Les rêves n’existent plus. L’imaginaire est obsolète devant le concret d’Instagram. On perd nos neurones à vue d’œil, accrochés à la chute libre de notre sérotonine devant les smartphones. Mieux encore, nos enfants sont mis très tôt aux écrans pour avoir la paix ou devant des chaînes autistiques, certaines aux sons pseudo-musicaux en balancier.
Un monde moderne qui à force de technologie et de course à une intelligence artificielle fantasmée a perdu les amorces de l’intelligence qui sont la toile de l’imaginaire et du rêve devant le vide. Un vide qu’on fait fleurir d’idéaux, d’inventions, de réflexions, de pensées, de dialogues, d’introspection, de monologues et Tesla fut.

Depuis quand l’Homme a cessé l’invention ? Inventer relève de l’utopie. Aujourd’hui, l’innovation a tout pris. Le technologique a tué l’homme.
Le «je pense donc je suis» devient burlesque. Penser ? Quelle prétention ? Par soi-même ? Encore plus risible ? Nous pensons, vivons, sentons, voulons, désirions, aimons les mêmes choses. Huxley me manque tout d’un coup. Pas même besoin de nous enfermer. Nous nous enfermons nous-mêmes plus apeurés de manquer de burgers; je vous rappelle la ruée vers les fastfoods à la sortie du confinement, que de l’avenir de nos enfants. Nos enfants? La belle affaire. Une progéniture astiquée en miroir sociétal. Quel rôle futur dans la société ? Aucun, si vous voulez mon avis. C’est dur à entendre mais vrai.

Nous sommes heureux de les exhiber, petits à chanter et ados à se taire. Nous éteignons nos angoisses à les nourrir, les assister, les protéger d’un environnement auquel ils gagneraient à s’adapter et nous les exposons à l’oisiveté, aux plaisirs rapides dopaminergiques, à la facilité, à la perversion où toute autre personne mis à part «le Moi» est objet de satisfaction ou de rejet.
Le bonheur ? Qu’est-ce que le bonheur? Une liste pour le père Noël ?
Posons la question autour de nous ? Le bonheur est un avoir. Il est labile, changeant, tantôt une montre au poignet, tantôt une jolie femme aux attributs à exposer pour se sentir plus homme ou un homme conduisant une voiture onéreuse à exhiber. La toute puissance de l’avoir a eu raison de l’échelle du senti et de l’émoi. Pourquoi ressentir ? Tellement fastidieux ! Et désuet ! S’exposer ! Exposer sa fragilité et sa misère ; qui est cette grandeur même décrite par Pascal. Mais Pascal n’est plus.

Les grandes puissances se sont réunies à de nombreuses reprises pour dialoguer. Mais dialoguer implique l’écoute de l’autre. Or, on entend certes, mais écouter est une fonction désamorcée. On échange des points de vue sur les dangers liés aux gaz à effet de serre et autres risques imminents menaçant la terre. Des sommets, des conférences, des pourparlers en grande pompe, mais depuis trente ans, rien de concret n’a été fait. Nous avons eu droit à des slogans. Nous avons été servis en effet de manche alors que les différentes industries polluantes continuent de faire des ravages dans toutes les régions de la planète. Le bilan ne souffre aucune ombre. Et il est très difficile aujourd’hui de dissimuler certaines vérités qui éclatent aux yeux du monde. On fait semblant. On se ment. On fait l’autruche. C’est plus facile car la prise de conscience passe par la reconnaissance des erreurs, l’acceptation et la prise de décisions. Le déni et le clivage sont plus faciles d’accès pour des cerveaux en low battery. La fuite vers l’avant. Car décideurs ou pas, grandes puissances ou pas, le narcissisme règne. Néron est un petit joueur. S’il a brûlé Rome pour entrer dans l’Histoire, nous brûlerons la Terre entière.
L’inconscient perdure à travers les siècles et les millénaires en habitus humain hérité. Même Freud a raté sa psychanalyse ! L’Homme ne rêve plus.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *