Chroniques

Paris /Alger… sur les rails du réchauffement ?

Mustapha Tossa Journaliste éditorialiste

évolutions notoires
Depuis l’arrivée de Laurent Nuñez, à qui on prête un sang-froid de technicien et un pragmatisme à toute épreuve, tous les espoirs étaient permis. Et pourtant, le changement de ministre de l’intérieur n’avait pas forcément opéré les améliorations espérées.

La visite du ministre de l’intérieur français Laurent Nuñez en Algérie a été au centre de toutes les attentions. Elle a été considérée comme un indicateur majeur du réchauffement des relations entre la France et l’Algérie. Et pour cause. La crise entre les deux pays était entrée dans une phase critique où personne ne voyait la sortie du tunnel. En essayant d’évaluer l’importance de cette visite, Laurent Nuñez a décrit son plafond : il s’agit de «renouer le dialogue sécuritaire» entre les deux pays. D’où l’importance de la délégation qui l’avait accompagné. Selon plusieurs sources, trois grandes personnalités sécuritaires faisaient partie du voyage. Il s’agit du directeur général de la police nationale, Louis Laugier, du directeur général de la gendarmerie nationale, Hubert Bonneau, ainsi que de la directrice générale de la sécurité intérieure, Céline Berthon.
Cette crise entre la France et l’Algérie s’est installée dans le temps. Pendant de longs mois, Alger considérait la présence de Bruno Retailleau au ministère de l’intérieur comme un obstacle majeur à l’embellie tant voulue par Paris. Depuis l’arrivée de Laurent Nuñez, à qui on prête un sang-froid de technicien et un pragmatisme à toute épreuve, tous les espoirs étaient permis. Et pourtant, le changement de ministre de l’intérieur n’avait pas forcément opéré les améliorations espérées. Laurent Nuñez est resté bloqué sur trois points essentiels pour toute évolution qui permettrait cette visite officielle à Alger.
Le premier était une avancée majeure sur l’acceptation des autorités algériennes de revoir les OQTF expulsés de France et dont Alger avait fait le cœur de son bras de fer politique avec Paris, allant jusqu’à renvoyer en France des citoyens algériens expulsés dûment documentés.
Le second est le sort du journaliste sportif français Christophe Gleizes pris en otage par le régime algérien et utilisé ouvertement comme une monnaie d’échange dans cette crise franco-algérienne.
Le troisième volet de tensions tourne autour de la coopération sécuritaire entre les deux pays. Son niveau avait atteint le point zéro reflétant la profondeur de cette crise entre les deux pays.
Après une longue attente teintée d’hésitations, Laurent Nuñez a finalement décidé de se rendre à Alger. Est-ce à dire que les Français ont reçu des assurances des Algériens que les lignes peuvent bouger sur ces questions sensibles ? Une acceptation plus large des Algériens de leurs citoyens expulsés de France. Un agenda et une promesse ferme d’une libération prochaine de Christophe Gleizes . Et une reprise sans faille de la coopération sécuritaire entre les deux pays.
Il serait politiquement inimaginable que Laurent Nuñez puisse revenir d’Alger sans que des évolutions notoires ne soient apportées à la relation tendue entre la France et l’Algérie. Cette visite était déjà un enjeu de politique intérieure lorsque des voix, notamment à droite, avaient reproché à Emmanuel Macron d’avoir autorisé cette visite sans avoir des garanties que les choses peuvent bouger favorablement pour la France. S’il s’avère que c’est un coup pour rien, les pressions vont augmenter et interpeller le président de la République qui avait refusé au républicain Bruno Retailleau la possibilité d’engager la logique du rapport de force avec le régime algérien plutôt que l’approche mollement diplomatique.
Dans tous les cas, il y a un fait incontestable à noter, c’est que le régime algérien a fait son deuil de la possibilité pour Paris de revenir sur la reconnaissance française de la souveraineté du Maroc sur son Sahara. Sachant que c’était le grief principal du régime algérien contre la France. Toutes les autres facettes de cette crise n’étaient que la conséquence directe de ce tournant français majeur sur le Sahara marocain.
Il faut dire que pour le régime algérien, de nombreux éléments décisifs sont passés par là. A commencer par la résolution 2797 des Nations Unies qui valide l’exclusivité de l’option du Plan de l’autonomie marocaine.
En passant par l’expression inédite des 27 pays de l’Union européenne qui apportent leur soutien à la solution marocaine. Jusqu’à la récente réunion à Madrid où toutes les parties prenantes à cette crise, Maroc, Algérie, Mauritanie, Polisario ont entamé, sous parapluie américain, des négociations sur les conditions d’appliquer le plan marocain. Laurent Nuñez ne pouvait pas revenir d’Alger la besace vide. Si tel était le cas, il donnera raison à Bruno Retailleau selon l’analyse duquel il n’y a que le rapport de force qui fonctionne avec le régime algérien.