Le ratage du Festival de Casa incite aujourd’hui à poser cette question, non pas en terme de censure mais au contraire pour poser la problématique en terme de pérennité. Malgré un budget énorme, le Festival de Casa n’a pas su s’implanter au cœur de la cité, il reste vécu comme un élément extérieur à l’esprit casablancais, même s’il attire les spectateurs -bien sûr pas les chiffres annoncés. En un mot les Casablancais(e)s ne sont pas appropriés le festival. A partir de là, il nous faut élargir la réflexion : le Maroc croule sous les festivals, sont-ils tous justifiés ? Sont-ils tous pertinents ? Remplissent-ils les objectifs que l’on fixe à un festival ? Leur coût en vaut-il «la chandelle» ?
Ces questions ne sont ni pernicieuses ni illégitimes, il faut juste savoir ce que l’on veut en faire ! En effet nos festivals sont tous concentrés sur une période, un espace de temps très court et si dans la plupart des cas ils attirent la foule, ont-ils pour autant des retombées sur les villes, sur la population ?
Ne serait-il pas judicieux de réfléchir en termes de régions, de diversité, de thématiques ? Ne peut-on également élargir et diversifier l’éventail des artistes, sortir un peu des sentiers battus et chercher à favoriser de nouveaux talents locaux ?
Enfin, et ce n’est pas le moindre des défis, il faudrait cesser de percevoir le festival comme une action ponctuelle, éphémère : il faut un avant-festival, un après-festival et des à-côtés festival. Le festival de Fès me semble-t-il, s’est posé ces questions et s’emploie à y répondre, celui d’Agadir se forge son identité… pourquoi aujourd’hui faire l’impasse sur le «Moussem des cerises» qui a une vraie légitimité, peut-on négliger Imilchil ? Nouveauté ne veut pas dire nécessairement succès; il faut à un festival pour réussir : de la légitimité, une implantation, des «retombées», une alliance entre modernité et tradition et aussi une équipe en phase avec la population. Ce n’est pas simple et la réussite n’est pas toujours au rendez-vous. En fait, les festivals sont un plus pour notre pays, il font partie à part entière de notre politique culturelle, mais pour cela justement il leur faut être intégrés à une vision, un ensemble sur le long terme et tout au long de l’année. N’est-il pas paradoxal de parler de succès pour un festival parce qu’il a attiré des milliers de jeunes lorsque dès le lendemain ces mêmes jeunes ne trouvent pas une seule salle de répétitions, un seul lieu pour s’entraîner, un studio à leur portée… ?
Il faut ouvrir le débat pour véritablement intégrer les festivals à un vaste programme cohérent. Avec lui-même et avec nous tous !









