Chroniques

Quand l’extrême droite lorgne sur les Arabes

Mustapha Tossa Journaliste éditorialiste

Le fait que des profils comme celui de Malika Sorel tombent sous le charme opportuniste de l’extrême droite en dit long sur sa volonté de transformation d’un parti honni par les Français à un parti d’une banale normalité.

Une prise de guerre d’une importante symbolique et politique précieuse. Voilà comment a été présenté le ralliement de Malika Sorel à la liste européenne du Rassemblement national mené par Jordan Bardella, président du parti de Marine Le Pen. La presse ne s’est pas trompée sur la qualité de la prise pour l’extrême droite et souligne avec une certaine emphase la démarche du RN et sa volonté d’offrir aux Français le visage le plus normal possible.
Et pour cause. Malika Sorel, d’origine algérienne, essayiste inconnue du grand public mais pas de celui des élites dirigeantes. Spécialiste des problématiques d’integration, elle avait travaillé avec Dominique De Villepin, Nicolas Sarkozy et François Fillon. Elle rejoint aujourd’hui l’extrême droite pour lui apporter son nom, son expertise et sa légitimité. En termes de ralliements célèbres, c’est le second grand coup du Rassemblement national après celui de l’ancien patron de Frontex, l’agence européenne chargée de gérer les frontières extérieures de l’Union européenne, Fabrice Leggeri.
À travers ces ralliements, le Rassemblement national entame une démarche de débauchages pour tenter de combler son déficit notoire en matière de ressources humaines et de hauts cadres de la fonction publique susceptibles de le préparer à la prise éventuelle du pouvoir lors des prochaines échéances. Les oppositions à l’extrême droite lui reprochent souvent sa pauvreté et sa faiblesse en termes de cadres politiques capables de porter de l’aile les défis d’une possible gouvernance.
Mais en ciblant avec une certaine réussite des profils comme Malika Sorel, le Rassemblement national vise un autre objectif que celui de se fournir sur le marché en compétences et en expertises. L’objectif cardinal est de terminer avec succès le processus de dédiabolisation du parti de l’extrême droite commencé par Marine Le Pen et qui a été partiellement couronné par l’arrivée massive d’un groupe parlementaire RN à l’Assemblée nationale lors des dernières élections législatives.
Le ralliement de profils d’origine arabes est de nature à consacrer cette sortie du RN du cercle satanique dans lequel une idéologie ouvertement antisémite, raciste et xénophobe l’avait enfermé pendant des années et qui l’empêchait de rêver d’accéder au pouvoir. Ce rejet structurel des Francais dans leur majorité était à l’origine de ce plafond de verre qui limitait l’expansion politique de l’extrême droite en France.
Aujourd’hui le diable d’hier ayant, paraît-il, perdu ses démons, redevient fréquentable pour des profils qui avaient l’habitude de naviguer dans les eaux de la droite républicaine. Il faut dire que du temps du père fondateur du Front National, Jean Marie Le Pen, lorsque l’extrême droite voulait séduire dans la galaxie des Français d’origine arabe, elle ne pouvait labourer que deux milieux bien distincts, celui de la mouvance des harkis algériens et celle de l’extrême droite chrétienne libanaise.
Aujourd’hui alors que la plupart des instituts des sondage prédisent un avenir politique prometteur à l’extrême droite, cette dernière tente d’élargir les cercles de sa séduction à des milieux traditionnellement hostiles à son idéologie. Le fait que des profils comme celui de Malika Sorel tombent sous le charme opportuniste de l’extrême droite en dit long sur sa volonté de transformation d’un parti honni par les Français à un parti d’une banale normalité.
Les adversaires de l’extrême droite veillent à rappeler à l’opinion française que cette mutation politique du Rassemblement national est aussi illusoire que son abandon de son héritage politique très polémique. Les fondements idéologiques de l’extrême droite, les dynamiques de la mobilisation de son électorat demeurent identiques. En quoi le RN d’aujourd’hui est si différent du FN d’hier si ce n’est une belle communication à travers le nouveau verbe rond et mielleux de Marine Le Pen et la posture 2.0 du nouveau jeune président Jordan Bardella qui abreuve les réseaux sociaux de selfies et de sourires ultra bright tout aussi fake.
En lorgnant sur des personnalités d’origine arabe, le Rassemblement national cherche à provoquer une amnésie générale sur tout ce qui pousse ses adversaires à le qualifier comme un parti hors de l’arc républicain et dont les postures idéologiques peuvent s’avérer un danger sur les institutions. La grande interrogation est de savoir s’il va réussir dans cette mission et engranger les bénéfices politiques qui vont avec à travers une victoire aux prochaines élections européennes qui pourrait paver le chemin à un triomphe à la présidentielle.

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