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Tribune libre : IA et «vibe coding», le nouveau choc de compétences de l’économie numérique

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IA générative 
Le vibe coding ne signe pas la fin des développeurs. Il marque la fin d’un modèle centré exclusivement sur la production manuelle.

L’intelligence artificielle générative transforme en profondeur l’économie numérique. Après avoir bouleversé les usages, elle s’attaque désormais au cœur productif des entreprises : le développement logiciel. Le «vibe coding», cette manière de produire du code en interaction conversationnelle avec une IA, s’impose comme un symbole de cette mutation. Plus rapide, plus accessible, parfois moins technique, il promet d’accélérer la création numérique. Mais derrière la promesse d’efficacité se dessine un véritable choc de compétences, dont les entreprises mesurent encore imparfaitement les implications.

L’ampleur du phénomène est déjà tangible. Selon l’étude The State of AI in Software Engineering 2025 *, 63% des organisations déclarent livrer du code plus fréquemment grâce aux assistants IA. Les équipes utilisent en moyenne entre huit et dix outils distincts. L’adoption est massive, rapide, parfois dispersée. Le développement assisté par IA n’est plus une expérimentation marginale : il devient un nouveau standard opérationnel.
Dans ce contexte, le vibe coding abaisse la barrière d’entrée. Il permet à des profils moins expérimentés, voire à des équipes métiers, de générer des fonctionnalités en quelques instructions. La création logicielle se démocratise. Pour les directions générales, la perspective est séduisante : réduire le time-to-market, multiplier les tests produits, internaliser davantage d’innovations. Le code devient un levier stratégique accessible.

Mais l’étude met aussi en lumière un paradoxe. Si 51% des workflows de développement sont automatisés, le taux tombe à 43% pour les pipelines d’intégration et de déploiement. L’amont s’accélère, l’aval peine à suivre. Le résultat est tangible : 45% des déploiements impliquant du code généré par IA introduisent des problèmes, et 72% des organisations ont déjà connu un incident en production lié à ces usages. L’accélération peut se transformer en fragilité.
Pour l’entreprise, le risque dépasse la seule sphère technique. Il touche à la cybersécurité, à la conformité réglementaire, à la réputation. Il touche aussi aux coûts : 70% des organisations redoutent une dérive des dépenses cloud liée à du code généré par IA qui se révèle in fine inefficace. Autrement dit, la promesse d’efficacité peut masquer une inflation invisible des risques et des charges.

Le choc est d’abord celui des compétences. Le développeur n’est plus seulement un producteur de lignes de code. Il devient architecte de systèmes, garant de la robustesse des pipelines, superviseur d’algorithmes génératifs. Les savoir-faire se déplacent vers la conception d’environnements sécurisés, l’automatisation des tests, la standardisation des déploiements. D’ailleurs, 57% des organisations jugent prioritaire de standardiser leurs processus de développement et de déploiement afin d’encadrer l’usage de l’IA. La valeur se situe désormais dans la maîtrise du système, plus que dans la production brute.
Ce déplacement crée une tension interne. La démocratisation du code peut accroître la dépendance aux profils les plus expérimentés, chargés de corriger, sécuriser et optimiser. Près des deux tiers des répondants estiment d’ailleurs que le vibe coding pourrait devenir «une catastrophe en devenir» sans garde-fous. L’entreprise ne peut se contenter d’adopter l’outil, elle doit transformer son organisation.

La maturité devient un facteur différenciant. Les organisations capables d’automatiser l’ensemble du cycle logiciel, de l’écriture au déploiement, parviennent à conjuguer vitesse et résilience. Les autres risquent de se retrouver dans une zone intermédiaire, rapide mais vulnérable.
Le vibe coding ne signe pas la fin des développeurs. Il marque la fin d’un modèle centré exclusivement sur la production manuelle. Dans l’économie numérique, l’avantage concurrentiel ne résidera plus dans la capacité à écrire du code plus vite, mais dans celle d’orchestrer intelligemment l’IA, de sécuriser les processus et d’aligner innovation et maîtrise du risque.

La révolution est moins technologique qu’organisationnelle. Elle impose aux entreprises d’investir dans la formation, la gouvernance et la standardisation. L’IA générative accélère la transformation numérique mais elle impose, en retour, une transformation tout aussi profonde des compétences.

* Harness. (2025). The state of AI in software engineering 2025. Harness. (Enquête réalisée par Coleman Parkes, août 2025).

Biographie
Anthony Hié est Chief Innovation & Digital Officer et membre du comité exécutif du groupe Excelia et doctorant en IA.
Il a précédemment occupé les fonctions de Chief Information & Digital Officer et membre du comité exécutif à l’ESCP Business School (2018-2021), directeur du numérique et des systèmes d’information à l’Institut Catholique de Paris (2015-2018), et directeur de l’organisation et des systèmes d’information au département de la Moselle (2012-2015). Il a été lauréat du Trophée 2023 de l’innovation et de la transformation numérique.
Auparavant, il a également été DSI du groupe Reims Management School et de la CCI de Reims (2001-2012), ainsi que responsable des SI France du groupe USC Europe, fabricant d’aérosols (1996-2001). Il a débuté sa carrière dans l’informatique chez Aérospatiale.

Anthony Hié est doctorant en IA à l’EPF Engineering School, titulaire d’un Master en Audit et Conception des SI de l’Université de Lorraine, ainsi que d’un Executive Mastère en Management des Systèmes d’Information de l’ESSEC Business School/Telecom Paris. Il est certifié ITIL v3 et v4, et détient une certification en marketing digital de l’Université de l’Illinois, aux États-Unis. Il a reçu le Trophée 2023 de l’Innovation & de la Transformation Digitale dans la catégorie Éducation, décerné par le magazine français Solutions Numériques.

Par Anthony Hié
Chief Innovation & Digital Officer et membre du comité exécutif du groupe Excelia.