Un bain covidien

Un bain covidien

«Il y a des gens si bêtes, que si une idée apparaissait à la surface de leur cerveau, elle se suiciderait, terrifiée de solitude»

Emil Michel Cioran

Par Dr Imane Kendili
Psychiatre-addictologue

C’est la course au hammam. L’ouverture des hammams a vu s’abattre une déferlante humaine en mal d’hygiène depuis plus d’une année.
Le «frotti frotta» des bus mis à mal, reste le hammam pour se respirer dans la chaleur moite au nom d’un rituel d’hygiène reconduit par la Covid.
Certains disent se protéger en se rendant que dans des hammams dits individuels, sauf que l’exclusivité dure 1h et que vous passez après un client et avant un autre.
Les distorsions cognitives battent leur plein. Les pensées permissives avortent le cerveau supérieur et le préfrontal est pieds et poings liés.
La bêtise. Plus question de maturité ou de déni d’une réalité, pourtant planétaire. La bêtise humaine est le sujet du jour.
On vous protège, on vous vaccine, on ferme les frontières, on met à mal l’économie, on priorise l’humain. Et l’humain ? Il court au hammam.
Sincèrement, comment peut-on courir au hammam aussi vite après une année de crise sanitaire, certes bien gérée au Maroc, mais toujours en épée de Damoclès sur nos têtes.
Sitôt le hammam ouvert, les masques sont tombés. Protégés émotionnellement, nos ados marocains déambulent sans masques, éternuent dans leurs manches, s’époumonent dans les cafés, s’abreuvent sur les terrasses pour un apéro de plus en plus tôt dans l’après-midi. Couvre-feu oblige.
On fait des midis dix-neuf heures et on se désole de devoir faire des «after» dès 20h.
Ça circule sec. Mieux encore ! Devant la nouvelle de couvre-feu pendant ramadan, les sourcils froncent et beaucoup saluent une excellente décision ; mais qui vaut pour les autres, pas pour le «moi» narcissisé sans limites ; enfreindre est la règle. On est heureux d’une décision prophylactique et responsable ce qui ne nous empêche pas de prévoir des ftours animés adaptés. On passera la nuit les uns chez les autres pour ne pas se faire prendre dans les rues à minuit.
Les limites sont faites pour être enfreintes. Le non- limites et l’intolérance à la frustration sont devenus des outils de fonctionnement adoptés.
On court à la vie. On cueille des dernières perles de rosée polluée, la langue pendue et avide des derniers plaisirs de l’ancien monde. L’adaptation est un processus difficile. D’autant plus quand l’ordalie permet de se rapprocher du créateur, voire de le narguer. A la veille de ramadan c’est encore plus excitant. La prière est un processus spirituel personnel qui permet un cheminement intérieur et une élévation de l’âme, particulièrement pendant le mois sacré de ramadan. Donc si l’objectif est la retraite spirituelle, le rendu est à grande valeur de sublimation émotionnelle et psycho-spirituelle.
Mais si l’objectif est le besoin de frotti frotta dans les cafés, les rues marchandes et les disputes de tapis de prières dans les mosquées, certes, il y aura des difficultés.
Bien que la vaccination soit en cours, que l’immunité collective est attendue, les mesures de distanciation, le port de masques et l’hygiène sont et seront toujours de mise.
L’hygiène étant à repréciser. Je ne parle aucunement du gommage et savonnage option badigeonnage au henné ou au chocolat, selon le référentiel et bien entendu sur mesure.
Il est impressionnant de voir le nombre de restaurants et cafés qui ouvrent depuis 3 à 4 mois. Pas seulement ! Les spas et parapharmacies ! Et les salons de coiffure font faire des hammams individuels ! Le Marocain existe de sa consommation. Je consomme donc je suis. Je me remplis. Plus je téte, plus je suis rassuré. Un biberon chacun ! A servir avec la deuxième dose de vaccin ! Et si on peut visser des masques sur les visages ça serait l’idéal. Car le masque est optionnel dans nos rues, porté sur le menton ou pendu à l’oreille.
La couleur est adaptée, le tissu est premium mais le porter est une autre affaire.
Muselez-vous s’il vous plait et respectez les distances ! Votre gommage importe peu devant votre santé et la survie de certains. Les variants sont là. Dakhla est fermée. Les frontières sont fermées. Les laboratoires voient les tests reprendre à grande vitesse et les cas graves de la Covid reprennent.
Cher marocain ! S’il te plait observes le couvre-feu et portes ton masque !
«On amène les gens courageux à une action en la leur exposant plus périlleuse qu’elle ne l’est».
Nieztschex

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