Chroniques

Un vendredi par moi

© D.R

«I feel good.» Il n’en fallait pas plus pour que le public rentre en transe. James Brown! James Brown ! James Brown !  Le parrain de la soul music, le roi du funk a choisi cette période des fêtes en Occident pour s’éteindre. On ne sait s’il avait 73 ou 78 ans. Puérile préoccupation. James Brown restera l’intemporel divin de la chanson qui libère. De  Sex machine, son plus gros succès, à Out of sight, son premier album en solo ou América dans Rocky IV qui nous renseignait déjà sur les USA nationalistes que nous connaissons aujourd’hui, James Brown aura été une incomparable bête de scène.
Peut-on évoquer Mister Dynamite sans avoir une pensée pour un autre King de la Soul. Otis Redding prématurément décédé dans un accident d’avion. Avec des titres comme Wen a man loves a woman ou These arms of mine, il aura pendant un temps, marqué avec J. Brown le rythm’n and blues et la soul music que seul le disco plus joyeux, nullement colporteur des complaintes du gospel, réussira à concurrencer. Deux hommes. Un raccourci pour toute la souffrance des Afro-américains. 

Le général Hamidou Laânigri, par note, avait interdit aux agents de police tout contact avec la gent de la presse. Un ou deux journaux demandent à son successeur à la Direction générale de la sûreté nationale, Cherqui Drais, de l’abroger. Plus facile à dire qu’à faire. Y a-t-il plus mauvais ménage dans le monde que celui de la relation presse-pouvoir ? La proximité de celui-ci avec les journalistes s’apparente à de la promiscuité. Là où les pouvoirs sont naturellement portés sur la rétention de l’information, la presse n’est habitée que par sa divulgation. Le débat entre droit à l’information et droit à la confidentialité n’en est pas encore à sa fin.

Bien sûr, le ministère de l’Intérieur a désormais son gouverneur chargé de la communication et rien n’empêche en principe la DGSN d’avoir son propre porte-parole. Mais si avec un ministère ou un ministre, la gestion des rapports peut s’établir sur un seuil minimal de clarté, avec la police, ses renseignements généraux, sa police judiciaire, sa sécurité publique, c’est une autre paire de manches. Les dangers que couve une telle relation appartiennent à l’ordre de l’information qui peut nuire à l’enquête ou porter préjudice à la présomption d’innocence. L’impact le plus courant dans ce genre de situation est la fuite d’un suspect, la disparition des preuves, l’influence sur les conclusions d’une investigation… Le journaliste lui-même est exposé dans ce rapport à la manipulation et l’intox sans, souvent, réelle possibilité de vérification que son flair.

Le Journal Hebdomadaire nous a livré sa liste des soixante femmes et hommes «qui plombent le Maroc.» Chacun en prend pour son grade. Des hommes politiques, de grands commis de l’Etat, des hommes d’affaires, des militants associatifs et probablement j’en oublie. Je comprends que dans ce tir en rafale tout le monde y passe. Mais le pauvre humoriste, Abdelkhalek Fahid, qu’a-t-il fait sous Dieu, sauf ne pas avoir réussi à nous faire rire pendant le ramadan ? Et Miguel Angel Moratinos, ministre espagnol des Affaires étrangères, quel est son péché ? Ne pas avoir mis sur un pied d’égalité la tragédie palestinienne et la comédie polisarienne ? 

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