Chroniques

Un vendredi par moi

Les islamistes, le PJD en tête, essayent de capitaliser sur la tragédie de Gaza. Objectif déclaré : transformer les trois semaines qui ont ensanglanté les territoires en un nouvel élan de solidarité et d’action inter  islamique dans la sphère des Etats qui composent l’OCI.  Au niveau national, Gaza, son sang, ses martyrs serviraient d’étendard qui rallierait les masses à la cause islamiste. Au plan international, la résistance palestinienne est susceptible à leurs yeux de constituer une plate-forme commune pouvant pousser les différents mouvements à une meilleure coordination des vues et des moyens pour faire enfin renaître en terre d’Islam la «cité vertueuse». L’émoi suscité par les crimes de guerre israéliens est de nature, à leur sens, non seulement de lisser les aspérités qui différencient les mouvements islamistes entre eux mais aussi de leur permettre une ouverture sur les autres composantes de la société musulmane et donc bien sûr marocaine.  Il n’y a en vérité rien à redire sur la volonté de nos islamistes à saisir toutes les occasions pour développer leurs forces et consolider leurs rangs. On a presque envie de leur souhaiter bon vent s’il n’y avait dans leur analyse deux grains de sable qui enraillent toute cette belle mécanique. L’approche islamiste se fonde sur un non-dit et une fausse croyance. Celle de laisser entendre que les manifestations de solidarité avec les Palestiniens sont inédites et témoignent d’une nouvelle ferveur qu’il s’agirait d’entretenir et une chaudière à alimenter.
Or, rien n’est moins vrai. La question palestinienne, en dépit de son éloignement géographique, a toujours fortement traversé les courants politiques marocains de droite comme de gauche. Et les Marocains ne sont ni à leur première ni fort malheureusement pour les Palestiniens à leur dernière manifestation de solidarité.  Sur la scène arabe et pendant longtemps, en raison de leur pluralisme et de leur pluralité, les Marocains ont été les seuls à apporter un soutien concret et militant en dehors des circuits officiels. Même lorsque feu Hassan II s’était laissé emporter par une colère noire et justifiée contre les Palestiniens qui avaient accueilli au milieu des années quatre-vingts, en héros, à leur Conseil national d’Alger le chef  de file du Polisario, Mohamed Abdelaziz,  le peuple marocain n’a pas cessé de vibrer avec la cause palestinienne. Le défunt Roi  lui-même n’avait donné aucune suite à son ire. Que des manifestations spontanées aient touché des bourgades et des régions reculées ne signifient nullement une amplification du degré de sensibilité à la Palestine. Elles témoignent plutôt de l’élargissement des espaces de l’expression et de sa liberté au Maroc. Reste dans l’attitude des islamistes le non-dit : la capitalisation sur l’islamisme palestinien résistant, par opposition «aux laïcs capitulards» du Fatah, au profit de l’islamisme marocain. Un jeu risqué qui consiste à introduire insidieusement dans l’équation marocaine le Hamas avec ses propres connexions pas toujours nettes.