Zoom boom

Zoom boom

«Arlequin (en badinant) : – Badin, comme vous tournez cela ! L’embarquement est divin, Quand on vogue, vogue, vogue ; L’embarquement est divin, Quand on vague avec Catin.»

L’île aux esclaves Pierre de Marivaux

Drôle de titre et drôle d’entrée en matière. Mais ne vous inquiétez pas, nous ne sortons pas réellement des sujets de prédilection des vendredis.
Le point «informations» semble essentiel de nos jours. Nous nous enquérons des nouvelles du monde chaque jour que Dieu fait en attente des mêmes nouvelles édulcorées et réhabilitées. Les chiffres fusent entre la Covid et ses différents impacts économiques. Puis on compte les doses de vaccin disponibles tergiversant sur l’obligation de se vacciner ou pas. Ces mêmes chiffres demandent à Sanofi de fabriquer un vaccin Pfizer et le monde vibre à compter. La commedia dell’arte à ciel ouvert. Le nombre de polichinelles croît à vue d’œil mais les Scaramouche restent à la tète du monde postmoderne.
L’Arlequin se fait rare et nous vivons à plein nez l’île des esclaves de Marivaux.
L’expérimentation a démarré depuis longtemps. Il suffit de regarder nos assiettes. La démocratie nous a perdus. Le pouvoir aux mains des peuples : une belle utopie fort mal matérialisée.
Je rejoins le fantasme politique non réalisé qui insuffle indéfiniment l’espoir d’un monde meilleur. Votons ! Votons ! A l’unisson!
Et alors ?
Un grand n’importe quoi !
Un vaccin disponible et gratuit et on trouve à redire. La question du pourquoi est simple. Décidez pour moi ! Je ne veux plus décider ! Déchargez-moi, j ai fauté !
Le renversement de rôle mondial de l’île aux esclaves a permis les OGM, la course technologique effrénée, l’essoufflement de l’humanité dans son déni du temps qui coule. Le sablier touche à sa fin. On court encore. Les ressources en gaz et en pétrole crachent leurs dernières salves. On rêve du renouvelable. Encore faudra-t-il arrêter le sablier et le cycle inexorable des 26.000 ans. Mais courons surtout !
Le temps. Pour revenir à ces informations quotidiennes, je tombe des nues devant un journal télévisé européen et un reportage sur la médecine et la chirurgie esthétique.
Le confinement, la Covid et le télétravail ont fait exploser la demande en chirurgie esthétique. La course contre le temps.
La baisse d’activité attendue n’est pas. Pour rester dans les chiffres qui rassurent et enveloppent, on parle d’une augmentation de 30 à 40% de la demande en médecine et chirurgie esthétique selon les pays. On parle du zoom boom. Le télétravail, les apéros et réunions, sur Zoom justement, et ce visage seul qui nous définit zoomé est ineffable. Pas de filtres comme pour Instagram. En tout cas pour le moment, bien que je ne pense pas que la bouche en cul-de-poule puisse être de mise à la signature d’un contrat lors d’une réunion sérieuse. Mais qui sait ? La Cicciolina a bien siégé au parlement italien. Ma réflexion reste sous ciel international bien sûr. Car notre gouvernement actuel aurait du mal avec des attributs féminins étalés au Parlement.
Pour revenir à l’image. Derrière ce zoom boom, si nous nous épanchons, l’homme s’accroche à sa propre matérialisation. Les 4 essences premières alchimiques étant fortement remises en question, la cinquième, elle, est en déperdition consciente devant une matérialisation chimérique uniforme de l’image.
Un zoom boom mondial. Des chirurgiens esthétiques heureux et la création d’un monde d’images figées uniformes. Les masques de la postmodernité n’ont pas besoin d’être portés, ils sont façonnés sur vous, pour vous, mais uniformément aux autres.
Bientôt des «Berlusconnets» et «Berlusconettes» en politique partout dans le monde et peut-être à ce moment-là on ressuscitera une forme de démocratie.
L’homme ne veut pas choisir. L’homme-citoyen veut la sécurité. Vous vous voyez demander à votre enfant de 2 ans de choisir de faire son rappel de vaccin contre la tuberculose ou la coqueluche ?
Ça l’insécurise. Il n’y a plus d’autorité et la décision angoisse. Mais le plus drôle est que je n’en ai pas l’expertise. Donc décidez pour moi. Déchargez-moi. Protégez-moi. Mais de qui donc ?
De moi-même !!!!
La discordance affective quand elle devient décisionnelle et projective tue.
Regardez mon journal télévisé !
A peine remise de cette histoire de zoom boom confirmé par ailleurs par les collègues de médecine et chirurgie esthétique, qui font des journées de 9h à 23h, je me trouve catapultée dans des emblèmes rouges STOP 490. C’est le raz-de-marée sur les réseaux sociaux. Un sit-in virtuel.
Que se passe-t-il ?
Oh !! Une affaire de «Revenge porn» pour pimenter la semaine ! Une jeune femme condamnée à de la prison ferme suite à une vidéo virale qui envahit les réseaux sociaux. Ces mêmes réseaux avec l’étendard rouge aujourd’hui. Hanaa est filmée en niqab durant un rapport sexuel par un homme qui n’apparaît pas sur la vidéo. C’est une revanche pornographique et rentre dans un cadre de cyber-harcèlement. Ainsi, le 4 janvier cette mère célibataire de 2 enfants de 8 et 10 ans, de condition précaire, est condamnée à 1 mois de prison ferme pour «outrage public à la pudeur» et «rapports sexuels hors mariage», en vertu du décrié article 490 du code pénal.
Hanaa est sortie le 3 février et désire porter plainte contre les sites pornographiques qui ont diffusé la vidéo et l’homme l’ayant filmée. Mais ma question est comment peuvent coexister des sites impunis de pornographie à la sauce locale alors que l’article 490 condamne les relations sexuelles hors mariage. Et comment peut-on condamner Hanaa sans condamner l’homme qui l’a filmée et a diffusé la vidéo. Et comment peut-on soutenir Hanaa sur les réseaux sociaux après avoir largement diffusé cette même vidéo sur ces mêmes réseaux sociaux. Incroyable ! Mais il faudrait penser une charte de bonne conduite ou plutôt des lois inhérentes à la vie sociale virtuelle. C’est un autre monde avec une autre gestion. Et la réalité nous rattrape. L’article 490 est drôle. Une sorte d’énorme blague dans le code pénal. Les réalités sont autres. On pense la légalisation du cannabis alors que les libertés primaires de disposer de son corps ne sont pas. Si on y rajoute le cannabis récréatif, les droits de disposer de son corps et de son esprit seront abolis en double peine.
Un étendard rouge oui. Une pétition médiatisée je veux bien. Un réel débat ajourné avec les politiques s’impose car certaines lois pourraient ouvrir la porte aux vrais hors-la-loi. Hanaa est sortie de prison mais avez-vous pensé en partageant la vidéo à ses enfants, à l’impact sur sa vie future et celle de ses proches.
Le civisme est à injecter couplé au vaccin, car si une immunité collective nous est offerte contre la Covid, l’immunité sociale contre l’habitus conditionnant cruel n’est guère.
Les codes de valeurs sont à revoir. Car si la vidéo est devenue virale et que Hanaa a été condamnée, c’est qu’elle a été largement diffusée par «nous-mêmes». Une condamnation à large échelle est à penser car si abroger l’article 490 est nécessaire, permettre la protection de ces mêmes libertés individuelles est à penser en amont. Jouir de ses libertés individuelles et disposer de son corps n’est pas permettre l’exposition de son corps par d’autres. Un mandat de recherche à l’international est lancé et on espère l’arrestation du coupable. Bien que nous soyons tous coupables.
Un petit bilan des infos de la semaine avec une même conclusion :
Une réelle schizophrénie marocaine !
«C’est seulement par le risque de sa vie qu’on conserve la liberté» (Hegel)

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