Culture

Ali Ali Sultan, artiste-peintre et graveur syrien «Il me revient en mémoire beaucoup de souvenirs, voire de petits détails sur la Syrie»

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Dans cet entretien, Ali Ali Sultan, artiste-peintre et graveur syrien, qui vit et travaille en Espagne, parle de son nouveau projet du grand livre d’artiste «Suleiman et Salua», composé de contes populaires syriens avec des illustrations, qui fait l’objet d’une exposition se poursuivant jusqu’au 26 octobre au Centre Hassan II d’Assilah.

 

ALM : Quel est l’objectif de votre participation à cette exposition conjointe avec l’artiste-peinte marocain Saïd Messari ?
Ali Ali Sultan : L’idée nous est venue- à Saïd Messari et moi-même et à l’initiative de Mohamed Benaissa, secrétaire général de la Fondation du Forum d’Assilah, de nous réunir au Maroc, à travers cette exposition conjointe et dans le cadre de l’édition d’automne du 44ème Moussem culturel international d’Assilah, qui se poursuit jusqu’au 26 octobre. Nous partageons plusieurs points communs avec un style bien propre à nous deux, comme par exemple notre amour pour l’art et le fait de vivre tous les deux à l’étranger et d’avoir cette nostalgie et cette fierté à notre appartenance à notre pays d’origine.

Pourriez-vous nous parler de votre projet du grand livre d’artiste «Suleiman et Salua», présenté lors de cette exposition ?
Personnellement, j’ai saisi cette occasion pour présenter mon nouveau projet du livre d’artiste de près de trois mètres de longueur. J’ai voulu relater une partie de mes souvenirs d’enfance dans mon petit village en Syrie, et ce à travers des histoires et contes populaires que ma grand-mère et ma mère me racontaient le soir avant de dormir. J’ai essayé de fouiller beaucoup plus dans ma mémoire pour ressortir beaucoup plus de souvenirs dans le but d’en faire un livre, dont le texte est écrit par l’écrivain espagnol Francisco Fernández Navalet et quelque 22 dessins illustratifs par moi-même. J’ai voulu ainsi mettre à l’honneur la culture orale syrienne, dont une grande partie est menacée de disparaître.

Pourquoi avez-vous choisi Assilah pour présenter «Suleiman et Salua »?
Je suis ravi et très fier d’exposer pour la première fois le livre d’artiste au Maroc que j’aime beaucoup et considère comme mon deuxième pays. J’aurais aimé le présenter en Syrie, mais le contexte difficile que vit mon pays d’origine m’a empêché de le faire. Je suis très attaché à notre culture et notre héritage patrimonial que j’essaie de défendre et contribuer à sa préservation à travers ce livre.

Comment avez-vous développé votre passion pour l’art ?
J’ai appris beaucoup de choses de ma mère, une femme rurale qui ne sait ni lire ni écrire. J’aimais la voir en train de tisser des tapis et de broder non pas pour gagner de l’argent, mais pour l’embellissement de notre maison. J’aimais aller chez notre voisin, qui était un artiste-peintre, pendant la réalisation d’une de ses toiles dans son atelier. C’est ainsi que j’ai commencé à rêver d’être artiste à l’avenir. J’aimais réaliser des petites sculptures en terre et en argile. Je remplissais mes cahiers et manuels scolaires de dessins. J’ai pu des années après défier mon père, qui me prédestinait à un avenir meilleur et avec un métier de médecin ou d’avocat et intégrer l’Académie des beaux-arts à Damas. J’ai choisi de poursuivre mes études jusqu’en avoir un doctorat. J’ai participé ensuite à plusieurs événements et workshops en Espagne, dont la Foire internationale d’art contemporain d’Espagne, Arco Madrid où la Syrie fut choisie comme invitée d’honneur pour son édition de 2000. J’exerce actuellement comme professeur de gravure dans le Centre d’art contemporain de Corogne au nord-ouest de l’Espagne.

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