Accueil Culture «Avec Hassan Mégri, nous nous sommes connus en 1960»
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«Avec Hassan Mégri, nous nous sommes connus en 1960»

Il est fondateur du groupe Golden Hands. Aziz, de son vrai nom Thami Daou El Makane, vient de rendre hommage à feu Hassan Mégri. Une cérémonie organisée, vendredi dernier, par la famille du défunt et le ministère de la culture en présence d’éminentes personnalités. L’artiste nous en parle ainsi que de sa relation avec l’honoré.

 

ALM : Vous avez eu une relation étroite avec feu Hassan Mégri. Pourriez-vous nous dire quels souvenirs artistiques en gardez-vous et qu’est-ce que cela vous fait de lui rendre un hommage ?
Thami Daou El Makane : Tout d’abord, cet hommage à mon très cher ami feu Hassan Mégri m’a donné beaucoup d’émotion. En effet, nous nous sommes connus dans les années 1960 alors que lui, sa sœur Jamila et son frère Mahmoud, cherchaient un groupe pour enregistrer avec eux. Ils sont donc venus dans ma maison à Casablanca. Et nous avons fait plusieurs enregistrements et émissions de télévision ensemble. Plus tard, Jamila et Mahmoud sont repartis et Hassan est resté avec moi. Nous faisions de la musique toute la journée et nous ne nous sommes plus quittés pendant plus d’un mois. Cet épisode a créé un lien d’amitié indéfectible. Nous étions jeunes et partagions la même passion pour la musique. Hassan Mégri était un très grand compositeur et son parcours artistique que ce soit au Maroc et dans le monde entier en est la meilleure preuve. J’ai toujours gardé un grand respect pour l’ami ainsi que pour le grand musicien qu’il était.

Qu’en est-il de votre renommée en tant que groupe « Golden Hands » qui excelle en rock, alors que ce n’est pas tout le public marocain qui vous connaît hélas ?
Nous pouvons dire que nous avons fait littéralement exploser la scène artistique de l’époque en franchissant un cap de plus, chanter en darija. Donc nous nous sommes adaptés à notre époque, et l’on peut dire que cela nous a assez bien réussi. Les jeunes aujourd’hui nous connaissent peu car nous ne sommes pas de la même génération et le fait d’avoir quitté le Maroc un temps n’a pas aidé en cela.

Votre groupe est composé de vous-même, votre frère et d’un jeune bassiste. Est-ce toujours le cas?
Mon groupe est effectivement composé de mon frère et moi. Quant au jeune bassiste dont vous parlez, Emjid Warari, il a laissé le groupe dans les années 70 alors que nous étions en Suisse pour poursuivre son propre chemin, c’est Ali Adnane qui l’a remplacé, jusqu’à l’année dernière où il est décédé, à ce jour nous ne l’avons pas encore remplacé.

Alors est-ce que vous pouvez remonter à votre parcours ?
A l’origine des Golden Hands, il y a bien sûr mon oncle Kader qui s’est aperçu de ma passion pour la guitare alors que j’avais 10 ans et que j’ai confectionné mon premier instrument avec un bidon de Flytox et des cordages en fer chinés sur un vélo. Quand Kader, mon oncle, découvre «ma création» et l’amour que je porte à la musique, il m’inscrit au conservatoire. Kader a alors l’idée de former un groupe autour de moi alors que j’avais 13 ans à peine, «l’ange et ses vampires», nom qui évoluera ensuite vers «Golden Hands», en raison d’une observation d’une spectatrice qui a déclaré «ce petit a des doigts d’or». Voilà comment a débuté notre histoire. En 1967 nous enregistrons pour les éditions de Monsieur Barclay la chanson de «Mirza» de Nino Ferrer et jouée sous le titre «Aziza» en collaboration avec Jalil Bennis. Puis en 1973, nous remportons trois fois de suite le premier Prix au tremplin du Golf Drouot de Paris, la première discothèque rock en France. Dans cet endroit mythique, où se sont produits plus de 6.000 groupes de rock venus des quatre coins du monde entre 1961 et 1981, nous n’avions que 30 minutes pour jouer devant le public et convaincre. Une sorte de télé-crochet à l’ancienne qui a inspiré les émissions actuelles, de «The Voice» à «Arab got talent», et lancé de nombreuses stars telles que Johnny Hallyday, Eddy Mitchell ou encore Jacques Dutronc… A la clé de cette victoire, une nouvelle participation sur scène et une séance d’enregistrement studio. S’ensuivra une tournée qui nous mènera en Suisse puis au Danemark. Ensuite plutôt que de tenter de gagner le cœur de la France, nous sommes revenus au Maroc. Les membres du groupe se dispersent et je m’installe en Allemagne à la fin des années 80.

Vous êtes en effet installé à Berlin. Comment vous y faites connaître votre art?
En Allemagne j’ai joué un peu partout, dans différentes formations, parfois seul, parfois accompagné d’autres musiciens. J’ai effectué des tournées jusqu’en Tchécoslovaquie, participé à des festivals, etc. Je n’ai jamais cessé la musique, la passion ne meurt pas avec l’âge.

Et comment évolue le rock marocain selon vous ?
Aujourd’hui le rock marocain a beaucoup évolué et sûrement dans le bon sens. Il y a beaucoup de musiciens de nos jours et beaucoup ont un très grand talent, ce qui augure de bonnes choses pour l’évolution de cette musique dans notre pays. Ils ont tous les outils pour se faire connaître alors qu’à notre époque la situation n’était pas du tout la même. Nous avions beaucoup de fans marocains à notre époque, surtout dans les jeunes générations bien sûr, mais le fait de chanter en anglais n’était pas à notre avantage, pour la grande majorité. Notre groupe chantait des reprises de rock du moment, mais nous avons fait des réadaptations instrumentales de grands classiques arabes, dont des titres d’Oum Kelthoum, et créé aussi notre propre répertoire avec des chansons phares comme «What to say», que j’ai composé avec notre bassiste de l’époque Emjid Warari.

C’est le titre de la boite
Auriez-vous des projets?

Actuellement mes projets sont évidemment de continuer à enregistrer mes compositions (il y en a tellement….) et une tournée au Maroc devrait se dessiner dans les mois à venir.

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