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«Béni Mellal-Khénifra possède toutes les potentialités pour devenir une grande destination du cinéma»

© D.R

À l’heure où le Maroc s’impose comme une destination privilégiée des grandes productions cinématographiques internationales, la région de Béni Mellal-Khénifra peine encore à tirer parti de ses extraordinaires richesses naturelles. Pour Abdou El Filali, acteur marocain, cette situation n’est pas liée à un manque de potentiel, mais à l’absence d’une vision stratégique capable de faire de ce territoire une véritable plateforme de tournage. Dans cet entretien, il plaide pour une politique ambitieuse qui ferait du cinéma un puissant levier de développement économique, touristique et culturel.

ALM : Vous connaissez bien la région de Béni Mellal-Khénifra. Quel regard portez-vous sur son potentiel cinématographique ?
Abdou El Filali : Je suis convaincu que cette région fait partie des plus belles du Maroc. Elle réunit des paysages d’une diversité exceptionnelle : les montagnes de l’Atlas, les forêts, les plaines, les sources, les cascades, sans oublier des sites emblématiques comme Aïn Asserdoun. Pour un réalisateur, c’est un véritable plateau de tournage à ciel ouvert. On peut y recréer une multitude d’ambiances sans avoir à quitter la région. C’est un atout considérable qui, à mon sens, n’est pas encore suffisamment valorisé.

Pourtant, malgré ces richesses naturelles, la région demeure très peu présente sur la carte des grands tournages. Comment l’expliquez-vous ?
Le problème ne vient certainement pas du manque de potentiel. La région possède tout ce qu’il faut sur le plan naturel. En revanche, elle souffre de l’absence d’une stratégie clairement définie pour attirer les productions cinématographiques. Dans plusieurs pays, des territoires moins favorisés que Béni Mellal-Khénifra ont réussi à devenir de véritables destinations du cinéma grâce à une politique volontariste de promotion et d’accompagnement des producteurs.

Beaucoup pensent que de beaux paysages suffisent à séduire les producteurs. Est-ce réellement le cas ?
Pas du tout. Le cinéma ne se résume pas à une caméra posée devant un beau décor. Une production recherche un environnement complet : des infrastructures d’accueil, des hôtels, des moyens de transport, des services logistiques, des techniciens compétents, des procédures administratives simples et des interlocuteurs capables de répondre rapidement aux besoins des équipes. C’est cet écosystème qui fait aujourd’hui la différence entre une région attractive et une autre.

Quels sont, selon vous, les principaux défis que doit relever la région ?
Il faut avant tout construire une véritable vision. Je pense qu’il serait très utile de créer une structure permanente dédiée à la promotion cinématographique de la région. Sa mission serait de recenser les sites de tournage, de constituer des dossiers professionnels, de promouvoir la région auprès des producteurs marocains et étrangers, de participer aux festivals et aux marchés internationaux, mais aussi d’accompagner les équipes de tournage dans toutes leurs démarches administratives et logistiques.

Vous considérez donc le cinéma comme un véritable levier de développement ?
Absolument. Le cinéma est bien plus qu’un art. C’est aussi un formidable moteur économique. Lorsqu’un film est tourné dans une région, ce sont les hôtels, les restaurants, les entreprises de transport, les artisans, les commerçants et de nombreux jeunes qui bénéficient directement des retombées. Chaque journée de tournage génère une activité économique importante et crée des emplois, qu’ils soient directs ou indirects.

Le cinéma peut-il également contribuer à renforcer l’attractivité touristique d’un territoire ?
Sans aucun doute. L’expérience internationale l’a largement démontré. Lorsqu’un site apparaît dans un film ou une série à succès, il attire ensuite des milliers, parfois des millions de visiteurs. C’est une forme de promotion exceptionnelle qu’aucune campagne publicitaire classique ne peut véritablement égaler. Béni Mellal-Khénifra dispose de paysages capables de marquer durablement les spectateurs et de susciter l’envie de découvrir la région.

Le Maroc accueille pourtant de nombreuses productions étrangères. Pourquoi la région reste-t-elle en retrait ?
C’est justement ce qui est regrettable. Alors que le Maroc est devenu une référence internationale pour les tournages, Béni Mellal-Khénifra demeure en marge de cette dynamique. Pendant que d’autres villes ont construit une véritable réputation cinématographique, la région laisse passer des opportunités faute d’une politique suffisamment ambitieuse et structurée.

Quel message souhaitez-vous adresser aux responsables de la région ?
Je leur dirais qu’il est temps de regarder le cinéma comme un investissement stratégique et non comme une simple activité culturelle.
La région possède déjà les principaux atouts naturels. Ce qu’il lui faut désormais, c’est un leadership capable de porter une vision à long terme, de fédérer les différents acteurs et de faire de Béni Mellal-Khénifra une véritable plateforme cinématographique internationale. Les bénéfices seraient multiples : économiques, touristiques, culturels et même sociaux. Il serait dommage de continuer à laisser ce potentiel exceptionnel inexploité.

Un dernier mot ?
Je reste optimiste. Toutes les conditions naturelles sont réunies. Si les décideurs, les professionnels du cinéma et les acteurs du développement territorial travaillent ensemble autour d’un projet ambitieux, Béni Mellal-Khénifra pourra devenir, dans les années à venir, une destination incontournable pour les grandes productions nationales et internationales. Le potentiel est là, il ne demande qu’à être transformé en réalité.

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