Bouchra Malek : «Le mot «Hamed» n’est pas une critique»

Bouchra Malek : «Le mot «Hamed» n’est pas une critique»

Entretien avec Bouchra Malek, scénariste marocaine

C’est elle qui a conçu le scénario de la série ramadanesque «Bnat Lâassas» (Les filles du concierge) et de la sitcom «Koulna Mgharba» (Nous sommes tous Marocains). Bouchra Malek a l’esprit cool et logique à la fois comme elle le laisse voir dans cet entretien. L’occasion de l’interroger sur le processus de la conception d’un scénario avant de voir le jour dans une œuvre ainsi que sur son avis à propos des critiques adressées aux sitcoms.

ALM : Au-delà de la réaction de la Haute autorité de la communication audiovisuelle qui a plaidé pour la liberté de création, que pensez-vous de la polémique suscitée par les infirmières à propos de la série « Bnat Lâassas » ?

Bouchra Malek : Pour ma part, je continue à plaider pour la liberté de la création. Pour répondre à votre question, si nous avions des intentions quelconques, j’aurais pu comprendre cette polémique. Or, il n’en est pas question dans la série. D’ailleurs, je ne connais pas les raisons de ce tollé qui est peut-être suscité pour la relation d’amitié entre le personnage de «Nada», qui est médecin, et une infirmière. Au-delà de ces réactions, il est de notre droit de dénoncer certaines pratiques dans les professions qui ont de bons et mauvais côtés. Donc, ceux qui ont eu ces intentions se sont faits des idées et veulent surfer sur la vague. Maintenant, après tout cela, je traiterai dorénavant des professions (rires). D’ailleurs, les tribunaux regorgent d’affaires d’arnaque dans le corps des métiers. A propos de « Bnat Lâassas », j’aurais été triste si la réaction de la Haca était différente. Mais heureusement qu’elle a plaidé pour notre liberté de création.

Mais pourquoi, selon vous, se met-on tout le temps à critiquer, pour une raison ou une autre, les œuvres ramadanesques bien que certaines soient à la hauteur?

C’est une question de culture. Le téléspectateur n’a pas une connaissance du processus que traversent ces œuvres. Il y en a ceux qui ne savent même pas qui fait quoi. La plupart pensent que c’est le réalisateur qui est à la base de l’œuvre. Hélas, les médias sont responsables de cette méconnaissance. Preuve en est les scénaristes qui ne sont pas invités aux plateaux d’émissions télévisées. Il faut faire comprendre que le scénariste est le maillon le plus important de l’œuvre parce qu’on peut avoir le meilleur réalisateur du monde, mais si le scénario n’est pas bon, c’est un fiasco ! Tellement, les scénaristes sont blâmés qu’ils ont laissé tomber. Et pour mieux répondre à votre question, l’argent et la technique interviennent dans une phase ultérieure.

Quel serait, d’après vous, le bon moyen pour que les scénaristes s’affichent davantage ?

Il faut que les chaînes invitent ces personnes-là. Quand j’ai produit le film «30 millions», qui a fait un tabac dans les salles, j’ai été invitée en tant que productrice à en parler mais j’ai forcé les choses pour mieux m’exprimer sur le scénario. Nous ne pouvons pas avancer si les scénaristes sont relégués au second plan.

Et comment on fait un scénario ?

C’est un processus qui commence par le lancement des appels d’offres par les chaînes. Dès lors, les scénaristes cherchent à travailler et écrire notamment les premiers épisodes des œuvres. Après quoi, ils vont chercher les sociétés de production qui signent des contrats et soumettent, aux appels d’offres, ces projets d’œuvres qui sont également portés par des réalisateurs. Mais si l’œuvre reçoit une réponse négative, seul le scénariste est perdant.

Vous écrivez également les scénarios de sitcoms. Est-ce que votre humeur change selon la nature de l’œuvre quand vous écrivez?

En fait, j’ai commencé dans les sitcoms. Cette année, j’ai également fait le scénario de «Koulna Mgharba» (Nous sommes tous Marocains) avec Driss et Mehdi ainsi que Mohamed El Gama et Hicham El Ghafouli qui a également conçu avec moi «Bnat Lâassas». En ce Ramadan, j’ai aussi fait le scénario de «Loubna et Ammi (oncle) Lakhdar ». Quant à l’humeur, il faut vraiment qu’elle soit bonne pour écrire une œuvre comique. Cependant, dans le «drama», ce n’est pas obligatoire d’en avoir. J’ajouterai que je peux même écrire dans des espaces comme les cafés où il y a du bruit que je me mets à écouter. Et quand je m’en déconnecte, je me relis pour comprendre si c’est bien écrit. En tout, j’aime bien concevoir des textes quand je n’ai pas de problèmes dans ma poche et dans ma peau !

En tant que scénariste, que pensez-vous des critiques faites aux œuvres ramadanesques ?

On donne des avis et pourtant on consomme ! Qui sait qui commente alors ?! On ne sait pas ! Par exemple, «Koulna Mgharba» a récolté 7 millions de vues et a été classée 2ème en tendance. Alors pourquoi critiquer tant qu’on consomme ?! Déjà, le verbe critiquer signifie établir les bons et mauvais côtés d’un sujet. Donc, le mot «Hamed» (acide) n’est pas une critique. Il est vrai que nous avons besoin d’avis pour progresser mais parfois l’œuvre est bien faite sauf qu’elle ne répond pas au besoin du téléspectateur qui a envie d’histoires qui lui ressemblent. C’est ce que nous faisons dans le «drama» puisque nous y mettons de l’émotion. Dans l’ensemble, nous répondons aux exigences des appels d’offres. C’est pour cela aussi que j’aimerais bien que les responsables comprennent les demandes du public.

Un dernier mot ?

J’aimerais bien parler de notre modèle artistique qui est inspiré de l’Egypte qui a beaucoup de chaînes mais qui ne sont pas toutes étatiques. Ce sont aussi des chaînes qui ont des sponsors pour s’autofinancer. Je veux parler aux riches qui ont des sociétés pour penser à investir en art au Maroc. Nous en avons besoin pour exporter notre culture ailleurs. Par exemple, «Bnat Lâassas» est vue en Algérie, en Tunisie et d’autres pays arabes. A travers cette œuvre, nous vendons un Maroc, une culture et un savoir-vivre. C’est ainsi que nous pouvons travailler notre pays en pensant à la culture et l’art.

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