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«Ce qui m’importe c’est de continuer à nous ouvrir surtout vers l’Afrique francophone»

Entretien avec Ghizlaine Chraibi, auteure maroco-canadienne

Edition : Interviewée en marge du 28ème Salon international de l’édition et du livre à Rabat, l’éditrice et auteure maroco-canadienne, Ghizlaine Chraibi, s’exprime sur sa démarche littéraire. L’occasion de l’interroger sur le secteur de l’édition au Maroc et sous d’autres cieux, ainsi que sur cette grand-messe livresque dans le Royaume, qui met le Canada à l’honneur.

 

ALM : Votre nouveau roman «Les territoires impuissants» tout comme vos différentes publications aborde la vie de couple. Offrez-vous une thérapie à ceux-ci par le biais de vos œuvres ?

Ghizlaine Chraibi : En écrivant, c’est la casquette de l’écrivain que je mets en avant. Je ne me fixe pas pour but de proposer une thérapie interposée à mes lecteurs. Par contre, il est évident que tout écrit est censé interpeller et faire réfléchir, peu importe le sujet. Cela pose la question de l’écriture engagée ou pas. Dans mon cas, j’aime oser croire que ce que je publie puisse un jour ou l’autre susciter des prises de conscience à mes lecteurs.
L’idée est que l’écriture puisse faire écho au lecteur. La vie d’un écrivain n’est pas unique. Et ce qu’il est censé proposer est de mettre en mot la vie des gens, car ça fait du bien de pouvoir s’identifier à un ressenti qu’on n’a pas pu exprimer mais qui vient d’être révélé par la lecture.
Dans ce dernier roman « Les territoires impuissants », j’aborde la question de l’espoir et de la puissance intérieure. Je déroule à travers cette histoire la possibilité d’une vie intense malgré la maladie et la mort qui pointe son nez. Je propose l’idée qu’il n’est jamais trop tard pour inverser la tendance d’une vie lugubre et sous contrôle, vers une vie connectée à soi et à ses ressentis.

ALM : En tant que Maroco-Canadienne, que pensez-vous de l’engouement de certaines maisons d’édition étrangères pour les auteurs marocains ?

Ghizlaine Chraibi : Je ne sais pas s’il est utile de catégoriser l’écriture à travers le prisme de la nationalité ou de la géographie. Mais plutôt grâce à la reconnaissance d’un style d’écriture. Rien n’empêcherait un auteur marocain d’écrire avec le même rythme qu’un auteur suédois, par exemple. Car dans l’écriture, il y a la thématique, le vocabulaire utilisé, mais surtout la cadence des idées posées les unes derrière les autres. Par ailleurs, je trouve cela réducteur de limiter un roman marocain à un imaginaire du terroir folklorique ou traditionnel. Il serait tellement plus intéressant de reconnaître les auteurs marocains à l’impact émotionnel qu’ils procureraient au lecteur. Je pense fermement qu’en tant qu’écrivain, il est nécessaire de se connaître d’abord, d’avoir identifié ses forces et ses faiblesses, d’accepter de se remettre en question sans amour propre blessé, de s’autoriser à s’exprimer en toute liberté : et c’est ce qui fera la force d’un roman et son impact.

ALM : Vous êtes une habituée du Siel, comment évaluez-vous votre participation à cet événement au fil des éditions ?

Ghizlaine Chraibi : Nous étions habitués à accueillir cet événement à Casablanca. Il s’agit seulement de la seconde édition à Rabat. La qualité de l’organisation ainsi que de la programmation peuvent certainement nous rendre fiers. Cette année 2023, cependant, j’ai trouvé cela compliqué de devoir en même temps gérer le Printemps du livre de Tanger et le SIEL de Rabat ! Une meilleure coordination entre les institutions aurait évité de diviser les visiteurs sur plusieurs évènements en même temps. A titre individuel, j’ai été ravie de participer à une table ronde sur la thématique «Edition et résistance». En effet, en tant qu’éditeurs, nous œuvrons tous pour continuellement améliorer la qualité des ouvrages publiés, dans une approche éthique nécessaire et pour des prises de conscience utiles : au-delà du fait d’être des éditeurs, j’ai le sentiment que nous faisons de la politique pour accompagner un citoyen que j’espère de plus en plus affranchi, mature et responsable.

ALM : Qu’en est-il de votre expérience d’éditrice au Maroc? Comment la menez-vous à travers Les Editions Onze ?

Ghizlaine Chraibi : Mon expérience d’éditrice au Maroc se fait à toute petite échelle. Nous essayons de repérer des textes intéressants et utiles. Ce qui m’importe le plus, et puisque nous publions en langue française, c’est de continuer à nous ouvrir vers les autres pays de la francophonie, que ce soit en Belgique, en Suisse, au Québec, mais surtout vers l’Afrique francophone. Cela est essentiel d’articuler nos efforts vers des co-éditions afin de baisser les coûts de production des livres et les rendre ainsi plus accessibles au public.

ALM : Vous avez publié votre dernier roman dans une maison d’édition belge, ce qui n’est pas le cas de votre œuvre «Un jour la nuit». Pourriez-vous nous expliquer les raisons de ce changement ?

Ghizlaine Chraibi : J’ai écrit « Un jour la nuit » en plein Covid et il était compliqué d’attendre sans visibilité des réponses de maisons d’édition étrangères. J’ai donc décidé de le publier aux Editions Onze afin de passer à autre chose, comme me concentrer sur l’écriture de mon roman suivant. Par la suite, «Un jour la nuit» a trouvé, l’année suivante, un écho favorable chez P.A.T., une maison d’édition en Belgique, où il a également été publié. L’édition démarre souvent par des rencontres, mais ne fait pas l’économie de hasards heureux ; tout en gardant en tête que le nerf de la guerre est le prix du papier et de l’imprimerie…

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