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Chadia Arab, géographe spécialiste des migrations internationales: «Personnellement je suis pour la liberté de circulation»

© D.R

Dans cet entretien, Chadia Arab, géographe spécialiste des migrations internationales, parle de son livre «Dames de fraises, doigts de fée, les invisibles de la migration saisonnière marocaine en Espagne», dont la présentation vient de se dérouler à Tanger.

ALM : Comment avez-vous eu l’idée d’écrire ce livre ?
Chadia Arab : L’idée m’est venue en 2008. Lors de mon voyage au Maroc, où j’ai rencontré Saïda. C’est l’une des saisonnières marocaines qui est partie pour la première fois en 2007 travailler dans la cueillette de la fraise à Huelva. Je raconte donc dans ce livre l’histoire de Saïda. C’est une belle rencontre qui m’a permis d’aborder d’autres travailleuses saisonnières sur le terrain. J’ai pu ainsi faire plusieurs dizaines d’entretiens entre 2009 jusqu’à maintenant, puisque je suis retournée il y a quinze jours sur le terrain à Huelva.

Quelles sont d’après votre étude du terrain les conditions de travail et de vie de ces femmes dans les champs de Huelva ?
Avant leur arrivée à Huelva, certaines d’entre elles travaillaient déjà dans l’agriculture au Maroc. Pour ces femmes, les conditions de travail en Espagne sont largement meilleures que dans leur pays. De même, elles reçoivent un salaire multiplié par 5 et parfois par 6 par rapport à celui obtenu au Maroc. Mais certaines d’entre elles sont confrontées à des difficultés de logement en Espagne. Elles vivent dans des habitations vétustes et éloignées des centres urbains, où elles doivent se déplacer pour faire leurs courses. Les points d’eau sont parfois à l’extérieur de leur lieu de logement.
Comment ces travailleuses saisonnières sont-elles recrutées ?
D’abord elles sont encadrées par l’Agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences (Anapec), avant de venir travailler sous «contrat en origine» et pendant quatre mois à Huelva. La condition principale de leur recrutement -que je trouve discriminatoire – est qu’elles doivent être mariées, divorcées ou veuves. Ces femmes sont issues des milieux pauvres et le salaire perçu de leur travail saisonnier à Huelva leur permet à leur retour au Maroc de subvenir à leurs besoins pendant plusieurs mois. D’aucunes ont choisi de rester en Espagne et de disparaître dans la nature.

Avez-vu pu rencontrer ces femmes après leur choix de «Hrig» (situation irrégulière) ?
J’ai consacré tout un chapitre de mon livre au «Hrig», qui raconte les difficultés de ces femmes en situation irrégulière. J’ai pu maintenir le contact avec Saïda, qui est partie pour la première fois en 2007 comme travailleuse saisonnière à Huelva. elle se rendait chaque année pour y travailler, mais en 2012 elle a décidé de rester en Espagne. Elle n’a pu obtenir ses papiers qu’en 2016 et régulariser sa situation. J’ai rencontré bien d’autres anciennes saisonnières agricoles qui ont choisi de rester en Espagne et de vivre souvent dans des conditions très difficiles. Elles sont arrivées à s’y tenir grâce parfois à l’aide des autres Marocains qui leur offraient l’hébergement et ont pu au bout de trois ou quatre ans obtenir leurs papiers. Elles ont pour leur majorité abandonné le travail dans l’agriculture pour s’occuper des personnes âgées ou garder des enfants chez des familles, ou dans d’autres professions.

En tant que spécialiste des migrations internationales, quels sont les enseignements et les recommandations tirés des témoignages de ces femmes ?
J’essaie d’analyser ce phénomène social et de proposer des recommandations pour contribuer à l’amélioration de ce système migratoire. Personnellement je suis pour la liberté de circulation. J’aimerais que chaque personne parte là où elle voudrait. Je pense que les ONG et les associations en Espagne et au Maroc font un travail très important dans leur soutien et aident ces femmes à obtenir leurs papiers, avoir un logement ainsi qu’une liberté de circulation.

Etes-vous satisfaite de l’écho de «Dames de fraises, doigts de fée» auprès du public et des associations concernées ?
Le livre a eu un grand écho. Il a été traduit en espagnol et en italien. Il est en cours de traduction en arabe et en anglais et est en train de se réaliser sous la version de bande dessinée. Je l’ai présenté au Maroc, en Espagne, en Italie, en Chine, en France, en Mexique, …

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