Hamid Ziane :«La technique cinématographique en œuvres télévisées est un pari»

Hamid Ziane :«La technique cinématographique en œuvres télévisées est un pari»

Entretien avec Hamid Ziane, réalisateur

Il est vrai que nous aurions aimé avoir des budgets énormes, mais nous travaillons avec passion et conscience professionnelle. Déjà, le budget d’un épisode, au Maroc, s’élève à 28 millions de centimes selon les normes d’une production nationale.

Le réalisateur marocain Hamid Ziane explicite les dessous du recours à la technique cinématographique dans ses nouvelles œuvres télévisées dont «Chahadat Milad» diffusée sur MBC5. L’artiste, qui s’exprime sur cette chaîne, livre également ses regards sur les sitcoms dont la bonne écriture évite aux acteurs d’éviter le ridicule.

ALM : Votre série télévisée «Chahadat Milad» (acte de naissance), diffusée sur MBC5, est tournée avec une dynamique cinématographique. Pourriez-vous nous expliquer les dessous de cette démarche?

Hamid Ziane : Cela veut dire que j’ai essayé, avec l’équipe de la série, de faire une œuvre télévisée avec des techniques cinématographiques. Déjà, il n’y a plus de différence entre le cinéma et la télévision. C’est ce qui s’est confirmé en temps de Corona. Maintenant que les salles sont fermées, les grandes sociétés de production diffusent les films via des plates-formes sur le Net. Désormais, dans l’ère cinématographique d’après-Corona, l’avenir du «drama» sera sur les smartphones et tablettes et non le grand écran. De son côté, le public a tendance à s’habituer à voir du cinéma chez lui. Donc, le recours à la technique cinématographique en œuvres télévisées, qui ne doit pas être dépassé, est un pari.

Et qu’en est-il de la différence entre la diffusion d’une œuvre sur des chaînes marocaines et MBC5 ?

Il n’y a aucune différence entre Al Aoula, 2M et MBC5 qui a le même barème financier. Avant de lancer cette chaîne, les responsables ont fait une lecture du domaine dont les professionnels ont besoin de différents secteurs de production et de chaînes. En fait, MBC5 est une opportunité pour mieux révéler le «drama» marocain qui a la même valeur aux niveaux arabe et maghrébin. D’autant plus que nous avons des plateaux de tournage naturels, comme Ouarzazate, qui sont sollicités par des œuvres américaines et qui méritent aussi d’être révélés à l’échelle arabe. Donc, c’est une chance pour les artistes qui pourront travailler tout au long de l’année. Par contre, Al Aoula et 2M ne peuvent assimiler toutes les œuvres. En outre, le Maroc est un pays ouvert, c’est une occasion pour lui de mettre en avant sa culture variée de par, entre autres, la richesse de ses tenues vestimentaires, notamment le caftan. De plus, toute production est la bienvenue chez nos responsables marocains. Preuve en est le cinéma américain dont les plus grands films ont été tournés au Maroc qui est un plateau idéal selon les grands réalisateurs de l’Oncle Sam. Et pour bien répondre à votre question, je suis toujours reconnaissant à la Société nationale de radiodiffusion et de télévision qui est ma première école.

 

Cela fait longtemps que l’actrice Fatima Khair ne s’est pas affichée dans une œuvre. La diffusion de «Chahadat Milad» sur MBC5 a-t-elle été encourageante pour elle ?

C’est parce qu’elle est plutôt une artiste connue à l’échelle arabe. D’ailleurs, elle était récemment membre du jury du Festival d’Alexandrie. Au-delà de cette série, j’ai déjà collaboré avec elle dans d’autres œuvres. Nous avons toujours été en bons termes. C’est aussi une grande actrice professionnelle. D’autant plus que le choix de cette artiste a été le bienvenu chez la société de production et l’équipe de la série. Aussi, la chaîne a des conditions quant aux premiers rôles qui doivent être interprétés par des stars. Et quand nous avons soumis le scénario à Fatima Khair, elle lui a réservé un traitement spécial comme s’il s’agissait d’une production nationale.

Pourquoi, selon vous, MBC5 a-t-elle commencé la programmation ramadanesque avant le début du mois sacré ?

Je pense que c’est une stratégie appropriée à la chaîne pour attirer le public avant le début du mois de jeûne. Pour notre part, nous n’avions aucune idée sur la programmation que nous avons découverte tout comme les téléspectateurs. Je pense que c’est une décision qui relève de la discrétion de la chaîne.

Vous avez également réalisé pour Al Aoula la série «Sirae Addiab» (Le conflit des loups) en amazigh. Est-ce que vous lui avez réservé le même traitement en termes de technique et de production que «Chahadat Milad» ?

Il n’y a aucune différence à ce niveau entre les deux œuvres qui sont produites par la même société, Spectop. Elles ont ainsi été réalisées professionnellement en se conformant aux normes nationales et internationales. Il est vrai que nous aurions aimé avoir des budgets énormes, mais nous travaillons avec passion et conscience professionnelle. Déjà, le budget d’un épisode, au Maroc, s’élève à 28 millions de centimes selon les normes d’une production nationale.

Que pensez-vous de la qualité des sitcoms diffusés chaque année en Ramadan ?

J’ai déjà travaillé sur plusieurs sitcoms outre des œuvres syriennes. Pour ma part, je me retrouve en «drama» et je préfère tourner mes propres expériences après avoir longtemps travaillé sur le «drama» pour le compte de la SNRT. Il y en a ceux qui se retrouvent en sitcoms qui ont leur propre public. Cependant ce n’est pas un genre facile. C’est l’écriture qui en fait la difficulté. Quand l’acteur est face à un scénario sans teneur, il n’arrive pas à interpréter la situation censée être écrite de façon comique, c’est pourquoi il tombe dans le ridicule. Or, la situation comique est basée sur le divertissement et les gags. Chose qui doit se manifester en écriture à travers une idée. En général, il n’est pas évident de faire rire les gens partout dans le monde parce que c’est un genre qui a ses propres concepteurs en termes d’écriture.

Pourriez-vous nous donner une idée de vos nouveautés cinématographiques ?

J’ai déjà réalisé mon long-métrage «Pile ou face» qui a remporté le prix du meilleur film d’auteur au Festival international du film africain en Californie. C’était émouvant. Avant le Corona, mon film était invité par 3 festivals en Jordanie, Tunisie et Nouvelle-Zélande. Entre-temps, je m’intéresse à la télévision. Il n’est pas évident de gagner sa vie à travers le cinéma qui permet, quand même, de faire des rencontres. Pour rappel, j’ai également réalisé le téléfilm «Attakrim» programmé en ce Ramadan sur Al Aoula. Telles sont mes œuvres pour le moment. Après le mois sacré, je soumettrai des œuvres aux appels d’offres en essayant de multiplier mes chances.

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