Hicham Ibrahimi : «Il est temps pour moi de raconter les histoires que je veux à ma manière»

Hicham Ibrahimi : «Il est temps pour moi de raconter les histoires que je veux à ma manière»

L’acteur marocain Hicham Ibrahimi réapparaît sur les écrans. Il s’exprime sur ce retour professionnel ainsi que sur son éclipse du cinéma. L’artiste, qui a des projets, détaille sa démarche artistique dans sa dernière œuvre «Awal Kalam» et livre ses regards sur le théâtre, ainsi que sur les œuvres télévisées.

ALM : Dans votre nouveau spectacle «Awel Kalam» (Première parole), vous avez rassemblé différents personnages et histoires dans la même œuvre. Pourquoi un tel choix ?
Hicham Ibrahimi : A vrai dire, ce n’était pas un choix. C’est plutôt un module que fait l’école nationale de cirque Shems’y à Salé pour ses étudiants à partir de la 2ème et 3ème année avant la promotion de ses étudiants. Ce module est appelé «Awel Kalam». Chaque étudiant a le droit de faire son propre numéro qui dure sept minutes. Ce module est également obligatoire et il est chapeauté par un metteur en scène externe. Jusqu’à maintenant, à ma connaissance, ils n’ont travaillé qu’avec des étrangers. C’est la première fois qu’ils travaillent avec un metteur en scène marocain. Donc l’occasion s’est présentée l’an dernier après le confinement. J’ai fait ce module dans des conditions différentes parce que les étudiants n’avaient pas pris assez de cours. C’était quasiment une petite carte visite entre nous. Mais ce n’était qu’en cette année que j’ai commencé avec eux ce module en bonne et due forme depuis mars à juin.

Et comment avez-vous travaillé avec ces jeunes artistes ?
Dans cette mission, je suis un metteur en scène accompagnateur pour les candidats qui étaient cette année au nombre de dix. Chacun a une idée et une spécialité dans son propre cirque. Donc, je m’inspire de cette idée que je développe avec l’étudiant jusqu’à parvenir à un vrai numéro expressif et qui est mis en scène pour être joué carrément le temps d’un spectacle en sept minutes. Chacun a sa propre spécialité il y a qui a la roue Cyr, le trapèze, le tissu, le jonglage, le clou, ou l’équilibre. Mais cela dépend des candidats. Il y a ceux qui ne sont pas assez prêts. Donc le metteur en scène peut les laisser pour l’année d’après. Pour ma part, j’ai pris le défi de commencer et finir avec dix. Et ça s’est bien passé.

Récemment, vous avez renoué avec la télé. Qu’en est-il du cinéma ? Quel est le prétexte qu’on vous donne quand vous n’y êtes pas sollicité ?
Déjà, ma première performance au Maroc était en cinéma, comme acteur professionnel, dans «Khouyoul El Had» (Les chevaux de la chance) de Jilali Ferhati en fin 1994, année de ma promotion de l’institut. Après j’ai travaillé dans des films étrangers avec Monica Bellucci, Vincent Cassel, Catherine Deneuve, Tommy Lee Jones, William Friedkin, réalisateur qui a déjà décroché l’oscar, des Italiens, des Français, des Allemands avec qui j’ai fait quatre films et des longs-métrages de marocains, notamment Hakim Noury dans «Abbirou fi samt» (Exprimez-vous en silence, 1996), «Fiha lmelha wsekkar wmabghatch tmout» (Elle est diabétique, hypertendue et elle refuse de crever I et II) et Jilali Ferhati dans «Dafaer» (Tresses), «Ali Zaoua» de Nabil Ayouch et dans de courts-métrages. Quant au prétexte, on ne m’en présente aucun. On ne m’appelle pas et je ne sais pas pourquoi. C’est frustrant surtout quand on est compétent. En tous cas, cette éclipse n’était pas mon choix. Il n’y a plus assez de propositions et parfois certaines ne sont pas à la hauteur. C’est pour cela qu’il est temps pour moi de raconter, en tant que réalisateur, les films et les histoires que je veux à ma manière et selon mon propre angle. Cela a toujours été mon rêve. Depuis trois ans, j’ai fait mes deux courts-métrages. Je travaille sur le troisième pour bientôt outre un documentaire. Et si jamais l’occasion se présente, un long-métrage serait le bienvenue aux côtés de mes performances en tant qu’acteur en cinéma. Je suis un comédien et je veux le rester. Je veux jouer des rôles que j’attends et que j’espère à la hauteur. Entre-temps, je suis enseignant depuis 26 ans et sportif à la fois.

Qu’en est-il de la télé ?
J’avais pris du recul parce qu’à un moment il n’y avait plus de professionnalisme. Il y a un peu d’anarchie dans le secteur puisque la chance n’est pas parfois donnée aux bonnes personnes. Mais j’ai décidé de revenir et j’ai d’autres projets dans ce sens.

Et quels sont vos critères pour participer à une œuvre ?
Le professionnalisme. Par exemple, les deux œuvres télévisées auxquelles j’ai participé récemment ont des scénarios et des staffs professionnels ainsi que de bonnes conditions de travail. J’y ai travaillé à l’aise et j’ai beaucoup aimé.

Pourriez-vous nous donner une idée de vos regards sur le théâtre ?
La quantité a évolué mais la diffusion n’est pas assez grande. Nous n’avons pas de projet culturel au Maroc dans ce sens. Pour l’heure, des pièces de jeunes artistes ont des visions mais les spectacles sont limités. Il faut qu’une œuvre passe du temps dans un théâtre. En tout, nous avons une bonne qualité artistique pour le théâtre voire le cinéma. A la télé, nous avons des œuvres à la hauteur artistiquement et techniquement et une grande amélioration mais il y a toujours un peu de parasites. Pour rappel, je suis le président fondateur de la ligue marocaine d’impro avec des amis artistes. J’ai travaillé sur l’image d’impro au Maroc. En 92, en France l’équipe marocaine a représenté le pays dans un trophée international de l’impro. Depuis, je travaille dans ce domaine. Nous avons même participé en Allemagne à la Coupe du monde d’impro en 2006. Nous avons fait deux spectacles avec la Compagnie du jour de France et Latefa Aherrare en 2009 ainsi que le réalisateur Karim Troussi, et que nous avons joués ici.

Des projets en vue ?
Je viens de réaliser les deux courts-métrages «Electrochoc» et «Mort et vie» que j’ai écrits. Ils ont eu beaucoup de succès à l’étranger surtout dans plusieurs festivals européens. J’ai joué aussi un rôle principal du pervers narcissique dans le dernier court-métrage «Les larmes d’une bougie» de Saloua Regragui, qui est ma femme. Ce film fait aussi le tour de festivals étrangers et a eu trois prix en Autriche, aux Etats-Unis et en Espagne. J’ai également repris la personnification sur la télé dans la série «Sla W Slam» et «Salamat Abou Lbanat» (saisons 2 et 3).

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