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Quand les élèves s’intéressent à un film d’animation en darija

Projection samedi soir à la belle étoile à Meknès

Un jeune élève dans une école privée s’intéresse-t-il vraiment à un film d’animation en darija ? La question vient à l’esprit au moment de la projection, samedi soir dans la place administrative de la cité ismaélite, du film d’animation «Le grand méchant renard» de son réalisateur français Benjamin Renner. Programmée lors du 20ème Festival international du cinéma d’animation de Meknès (FICAM) qui s’est ouvert, vendredi sous Haut patronage royal, à l’initiative de la Fondation Aicha, en partenariat avec l’Institut français de Meknès, cette production, également belge, est doublée dans notre dialecte. Une version appréciée non seulement par le public petit et grand qui comprend la darija, mais aussi celui qui parle couramment le français, pour avoir reçu son éducation dans le privé, et préfère la découvrir en darija tel que le prouvent les témoignages recueillis sur place.

Voir le film en français puis en darija

Dans ce site vaste où la projection est offerte en plein air, un père surveille ses enfants pendant qu’ils regardent le film. Tout comme eux, il prend du plaisir à le voir tel un enfant averti. «Mes filles ont déjà suivi le film en français. Il est vrai que les écoles privées encouragent à regarder des œuvres en français, mais mes filles ont préféré redécouvrir cette production en darija dans cet espace. C’est pour cela que nous sommes venus ici», confie le parent qui apprécie l’idée de projection dans cet endroit en la qualifiant de «bonne». «Bien que je sois installé ailleurs, je suis venu à ma ville d’origine spécialement pour le Ficam qui contribue au développement de la culture dans cette cité», poursuit-il. A l’instar de ce géniteur, d’autres accompagnaient leurs enfants et tenaient à regarder le long-métrage avec eux jusqu’à la fin. Le tout en rigolant de toute scène hilarante. Si certains se sont munis de petites chaises, d’autres sont restés debout ou se sont assis à même la terre malgré la durée d’1h23 min de la diffusion sur un écran perché dans la place avec une bonne qualité de son perceptible dès l’approche des lieux qui abritent une telle manifestation pour la première fois dans le cadre du festival. Aussi le climat frais de la soirée fait que les spectateurs tiennent le coup. «En cette saison, il fait beau», commente, de son côté, le directeur du Ficam, Mohamed Beyoud. Tel qu’il le précise, cette programmation est faite dans cette place de par «la restauration, sur ordre du Souverain, de la médina». Une mise à niveau qui comprend aussi Foundouk El Henna où les productions doublées en darija sont d’habitude programmées et drainent majoritairement un public modeste mais attentif.

Un adolescent qui aime le film en darija avec sa mère

Tout comme le papa, un adolescent de 15 ans, également élève dans une école privée, ne manque pas de s’exprimer en toute sincérité sur sa présence dans cette partie de la ville. «C’est une bonne idée de programmer ce film ici», abonde-t-il dans le même sens. Ce jeune, accompagné de sa mère assise par terre devant l’écran, préfère rester debout. «Au-delà de la période de la Covid, je suis d’habitude casanier. Je suis sorti de la maison juste pour assister à la diffusion d’un film d’animation lors du Ficam», tient-il à indiquer en darija, bien qu’il comprenne le français et le parle. Le tout en révélant son feeling sur cette production. «Ma mère et moi avons aimé ce film», confie-t-il.
S’il en est ainsi, la projection en darija et en plein air est susceptible de drainer différentes sortes de publics bien que certains comprennent la langue de Molière. Ainsi, notre dialecte rassemble bien les diverses castes. Une bonne mixité sociale.

Questions à Ayumu Watanabe Réalisateur japonais de films d’animation

«Il y a un sens, pour les créateurs au Maroc, à s’inspirer de leur propre contexte culturel»

Rencontré, samedi à Meknès, à l’issue de la présentation du «making of» de son film d’animation «Les enfants de la mer», qui sera également projeté lors du 20ème Ficam, qui se poursuit jusqu’au 11 mai, Ayumu Watanabe s’exprime sur l’intérêt pour les créateurs marocains à s’inspirer de leur quotidien pour réaliser de telles œuvres. Le réalisateur nippon, dont l’interprète francophone a eu l’amabilité de nous traduire les propos du japonais vers le français après sa présentation qui a duré environ 1h30, révèle sa joie d’être au Maroc tout en se félicitant du nouvel élan de production que le cinéma d’animation y prend. Quant à son œuvre, qui sera projetée mardi soir, elle fait rêver à plus d’un titre de par la magie de l’espace où elle se déroule et la musique qui l’accompagne comme le laisse voir son making of. A ne pas rater !

ALM : Qu’est-ce que cela vous fait d’être au Royaume et au 20ème anniversaire de son Ficam ?

Ayumu Watanabe : Je voulais venir au Maroc déjà précédemment. D’ailleurs, je m’intéresse particulièrement à des villes où subsiste un bâti ancien. Il se trouve que l’invitation qui m’est parvenue de ce Festival m’a fait extrêmement plaisir. J’en suis très content. Je suis vraiment très excité d’être ici. Nous sommes arrivés seulement vendredi soir. Je n’ai pas encore pu voir grand-chose, mais j’en attends beaucoup.

Pourriez-vous nous donner une idée sur votre conception de l’évolution du cinéma d’animation dans le Royaume ?

A vrai dire, je n’en sais pas grand-chose. Tout ce qu’on m’a dit c’est qu’il y a maintenant des productions qui commencent à démarrer au Maroc et que l’évolution est encore en cours dans ce pays. Je crois précisément que c’est dans cette mesure qu’il y a des possibilités d’évolution, voire de développement, très importantes et qui sont latentes. Je suis très heureux de pouvoir participer au festival et d’être une partie prenante de cette évolution et j’espère que ces évolutions vont arriver.

Et comment notre pays peut-il s’inspirer de l’expérience réussie du vôtre qui est déjà assez développé dans ce genre cinématographique ?

Je crois que ce qui est important ce n’est pas d’entrer dans une logique d’imitation sur la forme mais de s’interroger sur les raisons pour lesquelles telle forme s’est développée. Pour répondre à votre question, les enjeux sont présents dans la vie quotidienne de chaque contexte culturel. C’est pour vous dire, à mon avis, qu’il y a un sens à s’interroger, essayer de creuser, pour les créateurs au Maroc, et s’inspirer de leur propre contexte culturel voire de développer quelque chose qui sera fondé sur du tangible et du solide pour être en lien avec leur propre expérience plutôt que d’aller s’inspirer de ce qui se fait ailleurs.

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