«Dans la vie de Sayyeda el horra subsistent d’importantes zones d’ombre»

«Dans la vie de Sayyeda el horra subsistent d’importantes zones d’ombre»

La célébrissime auteure Zakya Daoud vient de publier aux éditions marocaines «Yomad», un nouveau livre jeunesse intitulé «Sayyeda el horra». L’auteure, habituée des personnages historiques, s’exprime sur la particularité de sa démarche pour destiner une telle oeuvre à ce public. Cet entretien était également l’occasion de l’interroger sur ses motifs pour concevoir cette publication ainsi que ses projets.

ALM : Qu’est-ce qui vous a décidée à accepter de concevoir un roman historique pour les jeunes ?

Zakya Daoud : J’ai déjà écrit en 2004 pour les éditions «Yomad» un roman historique pour les jeunes de 14 ans, appelé «Abdelkrim le héros du Rif». L’éditrice, Nadia Essalmi, avait très envie de rééditer l’expérience pour «Zaynab reine de Marrakech», ce que je n’avais pas envie de faire. Par contre, je me suis laissée tenter par cette histoire de «Sayyeda el horra», reine que j’ai qualifiée de pirate qui n’est pas une inconnue, car beaucoup d’articles ont été écrits sur elle, notamment en arabe, ainsi qu’un petit film, mais dans la vie de laquelle subsistent d’importantes zones d’ombre.

Quelle est la démarche que vous avez adoptée pour adapter l’histoire de «Sayyeda el horra» à destination de ce public ?

Justement l’intérêt pour moi était de démêler ces zones d’ombre en fonction de la période et aussi de relier la vie de cette femme à ce qui se passait alors en Espagne qui était déterminant pour cette région du Maroc, celle du nord et de Tétouan. Ainsi pouvaient se comprendre une vocation, une expérience, une trajectoire qui sera, j’espère, audible pour cette fraction du public, les jeunes adolescents et qui, pour moi, fonde l’intérêt de ce personnage.

Auriez-vous d’autres projets?

Je viens de finir un essai paru aux éditions La Croisée des Chemins sur les Andalous sous le titre «Du sang et de la mémoire, vie et mort des musulmans d’Espagne» qui est en droite ligne avec la vie de Sayyeda el horra.

L’enfant ajouté à l’histoire

A propos de cette publication, la fondatrice des éditions «Yomad», Nadia Essalmi, précise : «Nous avons ajouté l’enfant aux faits réels de l’histoire». De quoi donner envie aux jeunes de lire l’oeuvre. «Les enfants n’arrivent pas beaucoup à lire. Pour les intéresser, nous avons conçu une histoire romancée», explicite l’éditrice qui révèle consacrer une collection à l’Histoire. Mme Essalmi essaie d’y mettre, tel qu’elle le détaille, des figures historiques du monde arabe qui l’intéressent. «Dans le système scolaire, on ne donne pas assez d’importance aux personnages arabes. Pour ma part, j’essaie de combler cette faille. Il est important pour l’enfant de connaître les personnages du monde arabe et d’ailleurs à travers des romans historiques. Cela enrichit sa connaissance», s’exprime-t-elle. Et ce n’est pas tout ! Sa collection est également dédiée à Nelson Mandela, Abdelkrim El Khattabi (en version française, de Zakya Daoud, et arabe), la «Kahena» (reine guerrière berbère également appelée «Dihya»), «Aicha Kandisha» (La contessa) et Saladin. Le tout en rappelant être la première éditrice jeunesse au Maroc et la seule à publier des romans pour ce public. «Cela me tient à coeur. Je travaille beaucoup sur la culture. C’est la colonne vertébrale d’une société. Le Maroc sera boiteux sans culture pour enfant. La prochaine génération portera le futur. C’est pourquoi il faut l’armer», confie-t-elle en indiquant également être attachée à la culture marocaine. Quant à «Sayyeda el horra», elle trouve que «personne n’en parle». «C’est une femme qui a meublé le monde arabe et andalou », poursuit la directrice de Yomad qui indique avoir commandé cette histoire, qu’elle qualifie de «bébé», outre celle de la «Kahena». Mieux encore, les illustrations de l’oeuvre de Zakya Daoud sont réalisées par le «coup de crayon» de la jeune Hind Kharifi, au moment où la couverture est l’oeuvre de l’artiste-peintre Hayat Bichr dont l’éditrice loue les compétences artistiques.

La démarche artistique de Hayat Bichr pour la couverture

«Quand Nadia Essalmi m’a parlé de l’histoire, j’ai pensé à la princesse et pirate à la fois. Ainsi, j’ai créé un environnement autour de ce personnage», s’exprime l’artiste-peintre qui indique que l’éditrice connaît sa touche d’après des expositions. Pour commencer, Mme Bichr a fait des croquis. Entre-temps, elle menait une réflexion et des recherches à propos de l’intrigue. «Je me disais qu’il doit y avoir la mer. Quant à la tenue ancienne, j’ai tenu compte de l’origine andalouse de cette princesse. Alors je lui ai donné une touche en l’habillant à la marocaine. J’ai même mis un bandage de pirate en introduisant une touche qui évoque le Nord», poursuit l’artiste. Aussi, son pinceau a créé l’environnement de ce personnage en tant que «reine du XVème siècle dans son palais avec un regard sur la mer et pirate qui supervise ses bateaux». Bien qu’elle soit sur papier, la couverture est, selon cette artiste-peintre, conçue telle une oeuvre «sur bois et en 3D». «J’adore la littérature et l’histoire. Je connais déjà Sayyeda el horra. Mais je voulais faire quelque chose à moi», enchaîne-t-elle spontanément en précisant combiner les trois disciplines. «Une chance» pour elle après l’offre des éditions.

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