Design et tentation industrielle

Design et tentation industrielle

Des théières et des cafetières aux formes révolutionnaires. Un matériau en argent mais où l’empreinte de l’artiste, au-delà de la conception, disparaît. L’artisanat est exclu du débat. Beaucoup de designers marocains y ont renoncé faute d’adaptation, faute d’adéquation. Seul donc l’industriel y prend part, avec sa logique, ses calculs de coûts et les avantages comparatifs qui poussent l’artiste à produire jusqu’en Chine. Olivier Hemming le dit d’emblée, en posant pied au Maroc. « Je ne suis pas artiste. Je ne suis pas en promotion. Je suis en vacances au Maroc». Qui est-il est donc, lui éminent membre de l’Académie britannique des Arts? « Je suis un designer », répond-il aux questions des journalistes perdus en cette froide après-midi du mardi 6 janvier du côté du Vélodrome à Casablanca. Chez les créateurs de mode, entre l’exotisme de quelques belles oeuvres, parures et joailleries à des prix – pas très prétentieux d’après un connaisseur- et des lustres qui conjuguent toutes les formes. Bien que n’étant pas répertorié dans la rubrique des grands événements d’arts, la présentation de la collection Sixty Six (en référence aux années 60) au Maroc a rameuté quand même du monde. Elle a eu au moins le mérite de reposer le débat, présent et presque existentialiste des limites du désigner. « Je conçois, je réfléchis aux formes et je les livre aux industriels qui produisent en sèrie », explique-t-il. L’unicité de l’objet, voeu des partisans de l’art pour l’art, n’existe donc pas. Le designer est un architecte. Entre lui et d’autres formes d’art, il y a parfois tout un monde. «Ce qui est fondamental, explique Sassia Emsalem, c’est que le sculpteur réalise une pièce unique». L’oeuvre du désigner est destinée à la reproduction. « Autrefois, poursuit-elle, les objets industriels étaient appréciés par leur fonctionnalité. Les formes n’étaient pas bien étudiées. Aujourd’hui, l’esthétique est une valeur fondamentale». En fait, l’art du designer, son défi aussi, c’est de pouvoir mettre le beau à la portée de tous. Par rapport à l’oeuvre d’art, à la sculpture, le design est un objet qui descend du piédestal de l’art et qui intègre notre quotidien. Le designer est donc à la fois, «artiste et ingénieur», la conciliation selon Sassia Emsalem est non seulement possible mais nécessaire. «Il y a chez le designer du tout. A son art propre, il doit ajouter les connaissances en mathématiques, en résistance des matériaux car après tout, il y a une spécialisation à faire.» Cette spécialisation, Olivier Hemming la limite à l’argent, noble support de ses inspirations. Sa seule sortie en dehors de ce matériau, sortie salutaire qui lui a valu un trophée, s’est fixée sur du bois, un mortier et un pilon à moudre des épices. L’artiste anglais dit comme beaucoup être tenté par l’artisanat marocain avec lequel il partage au moins la même démarche : créer l’objet avant de penser à la forme. Presque un affront aux grandes références en la matière qui préconisent et avant tout, de concevoir d’abord, exécuter ensuite. C’est le premier commandement du métier. Olivier Hemming ajoute à cette singularité, celle entre autres, d’être son propre éditeur. Il ne veut pas soumettre son art, le mettre en service même si, confie-t-il avec regret, c’est lui-même qui part voir les industriels pour les convaincre de la justesse de ses oeuvres. «Je suis mon financier, mon éditeur». Bref, une indépendance chèrement payée mais qui ne décourage pas cet artiste qui refuse avec humilité d’enporter le nom.

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