Culture

Entretien avec Fafa Ruffino, membre du groupe Les Amazones d’Afrique «Le public d’Essaouira est magique»

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On ne sort pas indemne de la performance sur scène des Amazones d’Afrique. Ce «super groupe» féminin porte bien son nom puisque l’énergie qu’il partage sur scène transcende le public créant un moment d’exaltation unique. Ce collectif d’artistes féminines chante l’empowerment des femmes mais aussi leur douleur et leurs souffrances dans une société qui peut être très dure à l’égard des jeunes filles et des femmes en général. Elles sont les dignes représentantes de la femme africaine qui fait de ses faiblesses une force pour rebondir. A Essaouira, Fafa Ruffino (Bénin), Mamani Keita (Mali) et Alvive Betimo (Congo) ont renversé la scène Moulay Hassan le temps d’un concert exceptionnel. Mélangeant des sonorités traditionnelles, électro, funk et blues, elles ont adressé des messages puissants à travers une performance scénique à couper le souffle. Un peu comme Aretha Franklin, ce trio appelle au «respect» de la femme. A sa sortie de scène, Fafa Ruffino arbore un grand sourire… Elle a partagé son ressenti dans cet entretien accordé à ALM.

ALM : Quel est votre sentiment à la suite de votre performance devant le public du Festival Gnaoua et Musiques du Monde ?
Fafa Ruffino : C’est juste magique. Le public d’Essaouira est magique. Dès qu’on l’interpelle il est avec nous et ça c’est vraiment un pur bonheur. On ne rencontre pas un public comme ça partout et nous en tant qu’artistes sur scène quand on a un public aussi magnifique on a envie de jouer jusqu’au matin.

Dans vos chansons vous évoquez des sujets puissants comme l’excision ou les souffrances des femmes africaines. Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus ?
Effectivement, nous abordons surtout des thématiques qui ont un lien avec les femmes, notamment toutes sortes de violences faites aux femmes et aussi les conditions de la femme dans la société particulièrement africaine. Il faut que nous les femmes nous accordions plus de crédit à notre valeur, qu’on prenne aussi conscience du fait que nous sommes indispensables pour la vie et la survie de la société. Nous ne sommes pas juste bonnes pour faire des enfants, faire le ménage et entretenir la maison. Nous aussi on peut porter notre voix très haute et construire des choses exceptionnelles.

Qu’est-ce qui vous inspire dans le choix des sujets de vos chansons et dans votre façon de chanter ? Est-ce que ce sont les femmes africaines, votre vécu, vos expériences?
On s’inspire de nos expériences personnelles, les expériences de nos mères et les expériences de toutes les femmes en général parce qu’on rencontre beaucoup de femmes, d’associations, de femmes veuves et de jeunes filles orphelines. Il faut dire que la société dans laquelle on vit est très dure avec les femmes. On est quand même dans une société régie par les hommes. Bien qu’on soit dans une nouvelle ère, les choses restent difficiles encore pour beaucoup de femmes.

Vous adressez des messages très importants à travers vos chansons et une puissance scénique renversante. D’où vous vient cette énergie ?
On chante des thèmes difficiles avec toute notre âme. Forcément ce qui vient de l’âme n’est pas falsifié. C’est réel. Et donc même si les gens ne comprennent pas ce qu’on raconte dans nos chansons, ils ressentent qu’il se passe quelque chose au niveau de l’émotion. Celle-ci est transmise au public. On aborde des thèmes très sensibles avec le sourire. Nous chantons avec les tripes et les gens le ressentent. Vous l’avez vu, j’ai fait une chanson où j’exprime la douleur d’une maman à travers un cri. Et donc même si le public ne comprend pas ce que je dis, il se pose des questions.

Quel est le message que vous adresseriez aux femmes marocaines en particulier et africaines en général ?
C’est un message de solidarité. C’est un message de prise de conscience de notre valeur. Nous avons une valeur incontournable et inestimable. Le gros problème que les femmes ont c’est qu’elles ne sont pas conscientes de leur valeur parce qu’on leur a tellement lavé le cerveau pendant des siècles en leur disant que leur rôle c’est de rester à la maison, en disant à la petite fille de la fermer parce qu’elle n’a pas son mot à dire et dès que l’enfant grandit un peu et peut s’exprimer on la marie. On nous met toujours sous la coupe d’un mâle alors que c’est nous qui formons cette société. Le mâle qu’on met au-dessus de nous sort d’une femme, alors un peu de respect pour la femme… c’est ce qu’on demande.

Pour conclure, un mot sur votre tenue. Vous avez rayonné sur scène avec une robe jaune portée avec un collier et des boucles colorés qui marient parfaitement le bleu et l’orange. Le jaune c’est la couleur de l’espoir. Comment vous choisissez vos tenues de scène ?
Le jaune est une couleur qui évoque le soleil, c’est aussi la couleur de la joie et du bonheur. Nous sommes venus apporter la joie, le bonheur et la lumière. L’essentiel pour nous c’est de partager cette joie avec le public et dessiner le sourire sur les visages des gens. Si on réussit à rendre le sourire et illuminer le regard d’une personne triste, pour nous c’est gratifiant.

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Plus de 300.000 personnes présentes au Festival Gnaoua
Engouement : La 24 ème édition du Festival Gnaoua et Musiques du Monde d’Essaouira a réunit plus de 300.000 festivaliers. En effet, cette édition a été exceptionnelle par sa programmation et les performances des artistes présents. Pendant trois jours, plus de 35 mâalems, maîtres incontestés du festival, ont offert des moments intemporels au public. Comme l’expliquent les organisateurs de ce festival, plus de 480 musiciens venus du Maroc et de 15 pays ont fait résonner les musiques du monde bien au-delà des murailles de la ville, avec une cinquantaine de concerts programmés. Ils sont venus des Etats-Unis, du Burundi, du Pakistan, de la France, de l’Allemagne, de la Belgique ou encore de Cuba. Selon les organisateurs, cet engouement des artistes internationaux est une confiance que le festival a réussi à construire au fil des années à force de persévérance, d’obstination et de détermination et surtout grâce à sa philosophie originelle, dont le festival ne s’est jamais départi, basée sur l’esprit de partage, de découverte et de fraternité. Celui de Rabat sera l’an prochain capitale de la culture islamique.