Entretien avec Fatima Boujou, actrice : ««El Caïda Hanane» a concrétisé mon rêve de jouer le rôle de policière»

Entretien avec Fatima Boujou, actrice : ««El Caïda Hanane» a concrétisé  mon rêve de jouer le rôle de policière»

Après la grande contribution des femmes caïds à la lutte contre le coronavirus, l’apport de celles-ci est désormais mis en valeur dans des productions artistiques. C’est le cas du nouveau film «El Caïda Hanane». Un rôle joué par l’artiste Fatima Boujou qui en parle en détail.

ALM : En tant qu’artiste chevronnée, comment avez-vous reçu la nouvelle de votre participation au court-métrage «El Caïda Hanane» ?

Fatima Boujou : Je ne vous cache pas que j’ai toujours rêvé de jouer le rôle de policière. Chose qui s’est concrétisée avec mon personnage de «El Caïda Hanane». C’est un rôle que je n’ai jamais interprété. Dans l’intrigue, cette femme d’autorité forte et courageuse, affectée à une commune rurale, défie les hommes du village pour appliquer la loi relative à la femme «soulaliya» pour bénéficier des terres collectives. Elle encourage également une jeune prénommée «Amal» à réaliser un projet d’entreprise agricole féminine malgré la forte opposition des hommes du village. Ainsi, «El Caïda Hanane» met fin à la grande marginalisation dont fait l’objet la femme fonctionnaire au Caïdat, ayant une licence, puisqu’elle est empêchée d’être présente aux réunions parce que la mentalité machiste prédomine sous prétexte que c’est un tabou bien que la femme urbaine ait fait ses preuves dans différents domaines. Par l’occasion, je m’y produis aux côtés de Mohamed Hraga, Fatiha Ouatili, Mechmoum El Yazidi, Mohamed Reddani, Ahmed Behdda, Foutoune Alami et Mohamed Lemnawer. Pour rappel, cette œuvre, réalisée par Hamid Boughalem et dont le tournage a pris fin lundi dernier à Belksiri et environs, est le premier parmi les quatre films soutenus par le ministère de l’emploi et qui seront tournés par la société «Orayanor».

Qu’en est-il de la préparation de ce premier rôle dans votre carrière ? Comment avez-vous procédé ?

A vrai dire, je me suis mise à fonder le personnage dans mon for intérieur avant d’atteindre son sentiment au moment de travailler. C’est cette émotion qui donnera au personnage son aspect extérieur afin d’en garantir une performance spontanée sans faire semblant. A travers le scénario, j’ai ressorti un passé imaginé du personnage pour m’aider à définir la psychologie de la femme caïd dans le présent et pouvoir allier l’autorité et le pouvoir à l’âme humaine à la femme d’autorité. Mon objectif est de ne pas présenter l’agent d’autorité en tant que personne dure qui applique impitoyablement la loi et les ordres qui lui sont soumis. Or ce n’est pas le cas. L’agent d’autorité a toujours l’esprit clément, sympathisant et serviable. Il mérite notre respect. Et j’ai discuté de tout cela avec le réalisateur, l’habilleur et le maquilleur. Après quoi, je me suis concentrée sur le texte en le lisant à plusieurs reprises sans le retenir parce que l’apprentissage peut faire que l’acteur tombe dans la simple lecture du dialogue avec un rythme à tonalité artificielle.

Outre ce rôle, vous avez récemment joué le personnage de fille de joie dans une nouvelle œuvre. Quelle en est la valeur ajoutée pour votre carrière professionnelle d’artiste ?

Je ne manquerais pas de remercier le réalisateur, Driss Chouika, qui m’a offert ce rôle. En fait, j’ai toujours été dans l’attente d’un personnage totalement différent de moi-même parce qu’il me procurera un plus grand espace pour révéler mes capacités en personnification. Quant à sa valeur ajoutée, ce rôle m’a fait sortir de la monotonie de certains personnages et m’a procuré le plaisir de me découvrir et ressortir la femme en moi que je camoufle vis-à-vis de moi-même.

Au-delà de ces nouveautés, il vous est arrivé de vous éclipser de la scène pour y revenir en force. Comment y triompher d’autres artistes qui ne l’ont jamais quittée ?

C’était à un moment de faiblesse que j’avais quitté la scène. J’ai procédé ainsi parce que je ne voulais pas de momifier dans le même rôle. J’avais aussi perdu l’espoir à trouver des rôles qui ne seraient pas premiers mais qui me donneraient un plus grand espace. De plus, le manque d’opportunités m’avait incitée à me faire des reproches en me considérant une artiste qui n’est pas bonne pour être actrice. Cependant, je n’ai pas regretté cette absence parce qu’elle m’a permis de tout repenser et revenir avec une force absolue. D’ailleurs, j’ai découvert que ma passion pour la personnification ne sera pas empêchée par un petit rôle ou quelques œuvres. Je me suis plutôt dit que je reviendrai à la scène en prenant du plaisir à faire ce que j’aime que ce soit en théâtre ou sur la télé. Et même si l’acteur s’absente du petit écran, il peut travailler sur les planches, encadrer des ateliers de théâtre, animer des concerts, profiter de la projection de films aux festivals, y suivre des conférences ou être membre d’un jury. Toit cela contribue à enrichir l’expérience de l’acteur aux côtés des études et des recherches. En fait, l’acteur n’est pas une devanture pour décorer les studios d’émissions ou les festivals. L’artiste est un réel acteur dans son entourage. De plus, le diplôme de l’ISADAC nous qualifie, en tant qu’artistes, à être des professeurs d’éducation artistique pour les générations, aider les élèves, les mères, les employés ou les fonctionnaires à surmonter leur conflit et handicap psychologique pour réussir dans leur vie. Nous pouvons également proposer certaines matières dans les programmes scolaires pour faire sortir l’enseignement de la rigidité et de la répétition inutile. Comme nous sommes qualifiés à aider à créer une programmation culturelle basée sur une infrastructure systématique pour rapprocher l’art et la culture du citoyen de manière à faire de la vie artistique une partie intégrante de son quotidien.

Nous avons eu l’occasion d’échanger il y a quatre ans. Qu’est-ce qui s’est passé entre-temps ?

J’ai participé au feuilleton «Al 9alb Lmejrouh» de Jamila El Borji, qui a également réalisé la sitcom «7na machi Bhalhoum» et à laquelle j’ai participé avec les deux artistes éminents, Khadija Assad et Saad Allah Aziz. J’ai également pris part aux téléfilms «Hfid Lhaj» de Rachid El Ouali, «Icha3a» et «L9aria Lmansia» de Mustapha Madmoun. Aussi, j’ai participé à deux films qui ne sont pas encore sortis. Il s’agit de «Al9itar Lmoutawajih ila» et «L3ad L3aksi» de Driss Lmrini. En outre, je me produis dans un épisode de «Lhbiba Emmi» qui n’est pas encore diffusé. J’étais aussi invitée dans un épisode de la sitcom «Lcoopérative» de Safae Baraka. Comme j’ai participé au long-métrage «9isar Ennadar» de la réalisatrice Sanae Akroud. De même, j’ai tourné au court-métrage «Le départ» de Saïd Himmich. Aussi, j’ai pris part à des pièces de théâtre et des tournées au Maroc et à l’étranger. En outre, la télé a enregistré deux pièces auxquelles je joue. Il s’agit de «7na Wla Houma» de Habib Lesfar et «Lhyata» d’Abdelkébir Rgagna. Je participe également aux pièces «Ezzekroum» et «Tbib Bezez mennou» d’Abdelouahed Moudden, ainsi que «Lbattoir» de Saad Allah Abdelmajid.

Alors comment préserver sa renommée après tout ce parcours ?

Pour ma part, je ne cherche pas la renommée ou à la préserver parce que je ne crois pas en la concurrence en l’art. Ma philosophie étant que j’existe et mon cœur bat pour la personnification. Pour moi, l’art est une pratique de ce que nous aimons. L’objectif n’est pas le gain matériel mais plutôt l’immersion dans le plaisir éternel d’être devant la caméra ou sur la planche. Peut importe le moment des opportunités. Ce qui m’intéresse c’est que je crois en l’existence de celles-ci.

Et qu’en est-il de vos projets ?

En attendant la dissipation de la crise due au coronavirus, je reprendrai la tournée de la pièce «7na Wla Houma» et les dernières retouches d’une nouvelle pièce de théâtre avec des lauréates de l’ISADAC. Nous avons travaillé sur cette œuvre en ligne. J’ai également reçu des offres pour le théâtre et pour un court-métrage. J’ai aussi de nouveaux projets personnels que j’ai conçus pendant le confinement et que j’annoncerai au bon moment. Comme je reprendrai, à la l’université de Kénitra, les études en psychologie parce que cette discipline a un grand rapport avec mon travail d’actrice et des recherches que je fais.

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