Culture

Entretien avec la chanteuse amazighe Arinas: «La chanson amazighe marocaine occupe une place primordiale dans le patrimoine culturel du Maroc»

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La chanson populaire amazighe a réussi à redorer son blason. De nos jours, un grand nombre de groupes musicaux amazighs voit le jour. Dans la région Beni Mellal-Khénifra, la chanson amazighe prospère. Dans cet entretien, Arinas dévoile la dimension sociale et culturelle de ce genre de chanson qui attire un grand nombre de public.

ALM : Quand avez-vous commencé à chanter et comment avez-vous développé votre parcours artistique populaire ?
Arinas : J’aime chanter depuis mon enfance. Je chantais à la maison et en famille, mais je n’ai pas eu l’opportunité d’intégrer le domaine artistique avant l’année 2017. À cette époque, je faisais partie d’un groupe WhatsApp dans lequel je chantais et nombreux étaient les gens qui m’encourageaient à poursuivre sur cette voie. Ma première vraie participation fut dans un studio, Studio Rifi (que Dieu ait son âme), où j’ai enregistré ma première chanson. Aujourd’hui, je chante aux côtés d’artistes et j’interprète également mes propres chansons. J’ai participé à plusieurs émissions de radio et de télévision, ainsi qu’à des soirées musicales et à des festivals, notamment celui de Tifelt, le festival cinéma El Jabal à Ouzoud, le festival d’Azilal, celui des roses à Kalaat Mgouna, le Festival des dattes à Zagoura… Je dispose également de mon propre groupe musical et j’interprète des chansons issues du patrimoine amazigh. En outre, je maîtrise ce qu’on appelle le «Tamaouayte» (chant traditionnel amazigh spécifique). Mon nom artistique est Rinas, un prénom amazigh qui désigne une sorte de fleur des montagnes. Mon vrai nom est Rabha. J’ai également participé à d’autres festivals, à des mariages et à des fêtes privées. J’ai collaboré avec plusieurs artistes, dont Houssa 46 et l’artiste Abderrahmane Imaghrane. J’ai enregistré mon clip «Ourid iskitough» (Ce n’est pas parce que je t’ai oublié) en 2021 et un autre clip en pleine montagne enneigée à Moudj…

Quels sont vos instruments de musique ?
Concernant les instruments de musique, mon groupe qui se compose de femmes et d’hommes joue parfois du violon et du bendir, loutar, l’orgue, la batterie…. En général, l’art amazigh est fortement lié aux instruments traditionnels bien qu’il connaisse de nos jours une modernité qui le place sur le devant de la scène artistique amazighe.

Quels sont les thèmes de vos chansons et les vêtements que vous portez  ?
Les thèmes de mes chansons sont variés: l’amour, le temps, la vie, ses difficultés, ses joies et ses peines et à travers le chant amazigh traditionnel Tamaouyat. J’exprime tout ce que ressent l’être humain. En ce qui concerne les tenues, je porte le caftan, un habit traditionnel hérité de nos ancêtres. Certaines de mes chansons sont accompagnées de danses où les femmes portent des tenues traditionnelles brodées de «Mouzoun». Lors de mes prestations, je porte également le costume traditionnel amazigh, que ce soit au Maroc ou à l’étranger.

Est-ce que la chanson amazighe a réalisé des progrès sur la scène artistique nationale ?
Il existe aujourd’hui de nombreuses troupes musicales amazighes. Le chant amazigh connaît actuellement une belle progression, que ce soit sur le plan des paroles, de la mélodie, des instruments utilisés, ou encore de l’accueil du public, de plus en plus intéressé par cet art authentique et profondément enraciné dans notre culture. La chanson amazighe marocaine occupe une place essentielle dans le patrimoine culturel du Maroc. Porteuse d’une histoire millénaire, elle reflète les traditions, les luttes et les aspirations du peuple amazigh. Chantée en différentes variantes de la langue amazighe, comme le tachelhit, le tarifit ou le tamazight, cette musique se distingue par ses rythmes authentiques, ses instruments traditionnels tels que le bendir, loutar ou le ribab, et ses paroles riches en poésie et en symbolisme. Elle joue un rôle social et identitaire majeur, servant à transmettre la mémoire collective, célébrer les événements de la vie, ou exprimer des revendications sociales. Des artistes emblématiques comme Rouicha, Izenzaren ou Fatima Tabaamrant ont contribué à la popularité de cette chanson, à la fois au niveau national et au-delà des frontières.

Quel rôle joue la femme dans le rayonnement de la chanson amazighe d’aujourd’hui ?
La femme joue un rôle central et multiforme dans le rayonnement de la chanson amazighe au Maroc, à la fois comme créatrice, interprète et gardienne de la tradition orale. Historiquement, elle a été l’un des principaux transmetteurs du patrimoine musical amazigh, en chantant lors des cérémonies, des fêtes et des rituels communautaires. À travers ses chants, elle exprime les joies, les peines, les espoirs et les luttes du quotidien, souvent avec une grande poésie et une profondeur émotionnelle marquante.