Rencontres artistiques
La 27ème édition du Festival Gnaoua et musiques du monde s’est achevée samedi soir, au terme de trois jours de rencontres artistiques, de créations inédites et de dialogues musicaux entre les cultures. Parmi les performances mémorables de cette édition, la présence de Carlinhos Brown, immense figure de la scène brésilienne, venu célébrer les fusions entre les rythmes afro-brésiliens et la tradition gnaoua.
Chanteur, compositeur, arrangeur, multi-instrumentiste et artiste visuel, Carlinhos Brown s’est imposé comme l’un des créateurs les plus influents de la musique brésilienne contemporaine. Premier musicien brésilien à intégrer l’Académie des Oscars, il est également ambassadeur ibéro-américain de la culture et ambassadeur de la justice réparatrice de Bahia. Né en 1962 à Salvador de Bahia, dans le quartier de Candeal, il a largement contribué à l’essor de l’axé music et du samba-reggae. Auteur de plus de 800 œuvres et de plus d’un millier d’enregistrements, le fondateur du mouvement Timbalada a bâti un univers musical singulier, nourri par les percussions et les héritages afro-brésiliens, qui lui vaut aujourd’hui une reconnaissance internationale.
À l’occasion de sa participation au Festival Gnaoua, l’artiste a accordé un entretien à ALM. Il y livre sa vision d’une musique capable de traverser les frontières et de rapprocher les peuples. Selon lui, les traditions musicales du Maroc et du Brésil partagent des racines communes, perceptibles dans les résonances entre les rythmes gnaoua et ceux de la capoeira, tous deux héritiers d’un même patrimoine africain. «La musique appartient à tout le monde», affirme-t-il, voyant dans cette rencontre une fusion qui s’exprime « avec le cœur, l’âme et l’esprit ». Carlinhos Brown a également salué l’organisation du Festival Gnaoua et musiques du monde, qu’il considère comme un véritable espace de dialogue interculturel. Il décrit Essaouira comme « une oreille ouverte sur les musiques du monde», une ville qui fait de la préservation des racines musicales et de leur transmission un véritable art de vivre.
ALM : La musique occupe une place essentielle dans les célébrations, aussi bien au Maroc qu’au Brésil. Nous l’avons encore vu récemment lorsque les supporters des deux pays ont vibré ensemble autour du football. Selon vous, qu’est-ce qui explique que les musiques de ces deux cultures se rencontrent avec autant de naturel?
Carlinhos Brown : Les rencontres musicales sont encore plus spontanées que celles du football, car la musique ne cherche pas à remporter des trophées. Elle appartient à tout le monde. Le football est formidable, mais la musique est universelle parce qu’elle rassemble naturellement les gens et crée des liens au-delà des frontières.
Si vous deviez construire un pont musical entre le Maroc et le Brésil, quels sons ou quels instruments réuniriez-vous ?
Je ferais dialoguer les qraqeb (carcabou), le guembri, le berimbau et les percussions brésiliennes. Ces instruments sont étonnamment proches. Les chants de la capoeira portent de nombreuses influences africaines, et les auditeurs reconnaissent immédiatement ces rythmes qui résonnent avec ceux de la musique gnaoua. La musique gnaoua rappelle celle des mélodies de la capoeira.
La musique brésilienne a profondément marqué le monde. Selon vous, qu’est-ce qui rend son héritage si universel ?
C’est avant tout le métissage culturel qui lui donne cette portée universelle. La musique brésilienne possède une identité forte, tout en étant le fruit de la rencontre entre de nombreuses cultures, de nombreux peuples et de multiples influences. C’est cette richesse qui fait sa singularité.
Le rythme est au cœur de votre musique. Qu’expriment les rythmes brésiliens que les mots ne peuvent pas dire ?
La samba est l’une des plus belles expressions du Brésil. Elle incarne une formidable force de fusion, nourrie par des rythmes venus de différentes régions du monde.
Qu’aimeriez-vous que le public retienne de votre musique et de vos performances sur scène ? Quel souvenir souhaitez-vous lui laisser ?
J’aimerais que le public se souvienne de l’énergie qui se dégage de nos concerts. La fusion avec la musique gnaoua est essentielle pour moi : c’est une rencontre qui se vit avec le cœur, l’âme et l’esprit. J’aimerais aussi que chacun garde à l’esprit que nous n’avons qu’une seule planète. C’est notre maison, et nous devons en prendre soin.
Qu’est-ce qui vous a le plus marqué à Essaouira et dans ce festival ?
L’organisation est remarquable, tout comme l’attention portée aux musiques du monde. Essaouira est comme une oreille grande ouverte sur les musiques du monde et sur leurs racines. C’est un lieu où l’on célèbre et préserve ce patrimoine universel.









