Entretien avec Saïd El Meftahi, artiste du Malhoun : «Il faut conserver les particularités du Malhoun dans notre époque»

Entretien avec Saïd El Meftahi, artiste du Malhoun : «Il faut conserver les particularités  du Malhoun dans notre époque»

Des œuvres du Malhoun ont été récemment plagiées y compris les siennes. L’artiste Saïd El Meftahi s’exprime sur cet acte odieux et la démarche qu’il a entreprise aux côtés d’autres éminents artistes pour conserver ces poèmes. Dans cet entretien, il livre également ses regards sur cet art grandiose.

ALM : Il était surprenant de voir que récemment de grandes œuvres du Malhoun, dont les vôtres, ont fait l’objet de plagiat. Comment avez-vous concrètement réagi à cet acte?

Saïd El Meftahi : D’abord, j’étais surpris quand des amis m’ont envoyé des poèmes plagiés de grands poètes du Malhoun et de nos professeurs dont l’art remonte aux 16ème et 18ème siècles. Normalement une œuvre porte le nom de son auteur alors que d’autres les partagent en y apposant leur nom. Il y a même des artistes qui sont encore en vie et dont les œuvres ont été plagiées. C’est insolent ! Pour ma part, j’ai avisé mon ami, Abdelmajid Fennich, également grand artiste du Malhoun, et nous ne sommes pas restés les bras croisés. Nous avons dénoncé cet acte odieux parce que ces œuvres du Malhoun font partie d’une mémoire à ne pas toucher. Aussi, j’ai déclaré mes propres poèmes. Ils portent désormais des droits d’auteur inscrits en mon nom et j’ai indiqué qu’ils ont été plagiés. En fin de compte, il s’est avéré que c’est une page fictive sur les réseaux sociaux qui a commis cet acte. D’autres amis artistes font également le suivi pour trouver la source de ce plagiat.

Comment le Malhoun peut-il continuer à occuper une grande place parmi les autres styles ?
Il faut savoir que le Malhoun a documenté nos coutumes. C’est un art qui m’a appris plusieurs volets particuliers de la vie dont la cuisine marocaine et les tenues traditionnelles. Le Malhoun a également été pionnier sur certains sujets humains comme la discrimination raciale et les femmes. C’est pour cela qu’il faut en conserver les particularités dans notre époque. Par l’occasion, il y a un éminent effort déployé par l’Académie du Royaume qui veille à documenter les œuvres d’une dizaine de grands artistes du Malhoun, notamment les Cheikh Abdelaziz El Maghraoui, Jilali Mtired et le Sultan Moulay Abdelhfid. J’espère qu’il y aura un esprit solidaire pour réussir ce projet qui abonde également dans le sens des Orientations royales concernant la documentation du patrimoine marocain. Pour l’heure, le dernier recueil du Malhoun édité par l’Académie appartient au doyen Hadj Ahmed Souhoum décédé récemment.

Puisque vous évoquez feu Ahmed Souhoum, dont vous êtes également un disciple, son art constitue un patrimoine. Qui portera le flambeau après son départ ?

J’ai grand espoir en son fils, Hassan. C’est Souhoum junior. Il a la même énergie vocale. Il a des poèmes qui ne sont pas encore publiés et des œuvres qui m’ont épaté.

Qu’en est-il de vous ? Auriez-vous des projets en vue ?

Pour ma part, j’ai déjà atteint un âge avancé. Je veux plutôt écouter de jeunes voix que je suis prêt à aider. Aussi, j’ai déjà pu faire sortir des poèmes du Malhoun au-delà des frontières, notamment en Europe. J’ai même raflé des Prix que cet art n’a jamais remportés grâce à nos chantres, au public et aux notables de la patrie qui sont d’un grand appui. A chaque fois que je recevais un p+
rix, je me disais que c’est le Malhoun qui en est sorti gagnant.

Un dernier mot ?

J’espère que notre patrimoine, y compris cet art, sera conservé dans des musées. J’aimerais bien aussi que la créativité soit prise en tant qu’école artistique avec des spécialités. Le système artistique est un corps unique. Nous travaillons tous pour la créativité nationale qui englobe à la fois de bonnes œuvres en musique moderne. J’espère en outre que le ministère de la culture généralisera les styles patrimoniaux auprès des jeunes talents pour les y rapprocher et leur permettre d’en tirer profit. Il est temps de reconnaître la «Tameghrabit» (pure marocanité) et l’exploiter dans de grands festivals. A leur tour, les médias marocains doivent soutenir les arts marocains parce que le peuple marocain est original. C’est pourquoi j’espère que ces médias offriront un espace culturel aux générations futures pour qu’elles aiment leur patrie et soient fières des programmes dédiés au patrimoine.

Bio express

Said El Meftahi est un grand chanteur marocain du Malhoun. Il a reçu son éducation en cet art auprès de feu Ahmed Souhoum. Said El Meftahi, originaire de Meknès, a interprété un grand nombre d’œuvres du Malhoun. Son album «Leghrib» (L’étranger) fait, entre autres, son succès tout comme d’autres poèmes qu’il a conçus.

 

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