Faouzi Skali, président du Festival de Fès des musiques sacrées : «La culture est une priorité pour le Roi»

Faouzi Skali, président du Festival de Fès des musiques sacrées : «La culture est une priorité pour le Roi»

ALM : Parlez-nous de l’état de la culture au Maroc sous Mohammed VI ?
Faouzi Skali  :
Depuis l’intronisation de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, beaucoup de chemin a été parcouru pour donner plus de rayonnement à la culture marocaine. Cela est notable à l’étranger, quand on parle de l’image culturelle du Maroc. Les observateurs insistent à juste titre sur la diversité culturelle du Maroc, son ouverture vers les autres cultures et de la volonté de Sa Majesté de doter le pays des outils nécessaires pour développer l’art et la culture. Cela se traduit concrètement dans l’importance donnée à la création artistique à tous les niveaux. Aujourd’hui, du cinéma au livre, en passant par la danse, la musique, on a créé des fonds pour développer la créativité et ouvrir de nouveaux horizons devant les différents talents.

Quand vous avez été décoré à Paris, au mois de mai 2014, vous avez insisté sur le grand rôle joué par Sa Majesté  Mohammed VI dans ce dialogue des cultures.
Je l’ai dit à Paris, l’hommage qui m’a été fait  doit être rendu au Roi du Maroc, Sa Majesté Mohammed VI,  qui incarne plus que jamais ce combat vital pour la coexistence harmonieuse des cultures. C’est un travail de tous les jours pour créer des ponts entre notre culture et notre héritage diversifié et les autres civilisations et cultures du monde. Cela va des pays africains amis à l’Europe, à l’Asie et aux Amériques, à travers des événements qui mettent en avant l’image du Maroc, son passé glorieux, sa diversité humaine et ses valeurs de partage et de tolérance.

Comment les politiciens et les intellectuels  français perçoivent le Maroc aujourd’hui ?
Comme je vous l’ai dit, saluer le parcours d’un homme, qui a dédié sa vie aux valeurs témoigne  de la belle image que donne le Maroc justement sur le plan des principes humains, de la paix, de la tolérance, de l’ouverture vers les autres cultures. Je suis convaincu que tout cela n’a été possible que parce que mon pays le Maroc porte ces valeurs que je ne faisais que redécouvrir à une échelle personnelle faisant du soufisme et de ses valeurs toute ma vie. L’aspiration  du Royaume depuis des siècles a été de chercher à réinventer l’Andalousie, au-delà des géographies,  comme un état de culture,  un état d’esprit. C’est une volonté du Souverain de faire du Maroc  un véritable creuset de rencontres entre différentes cultures. Ceci nous le vivons chaque année lors du Festival des musiques sacrées de Fès. On voit à quel point le Maroc est aimé, apprécié, jugé comme une véritable source de rayonnement.

Parlons de Fès et de sa place dans le monde et de l’action royale pour en faire une cité spirituelle et culturelle de premier plan dans le monde.
Fès, c’est un patrimoine de 1.200 ans.  C’est une histoire et un passé qui impliquent  une structure architecturale donnée, une idée de la ville dans son ensemble. On comprend que la préservation de ce qui est probablement la ville ancienne la plus vaste au monde (près de 300 hectares), et qui a connu aussi ces dernières décennies une surcharge démographique considérable, ne soit pas chose facile. Le plus important cependant, c’est qu’en 12 siècles, ce patrimoine a pu être largement conservé et n’a jamais pu être défiguré d’une manière irréversible. L’essentiel est que le Maroc soit pourvu aujourd’hui d’une véritable vision, dictée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI,  pour donner à ce patrimoine tout son sens et sa place dans un contexte qui dépasse la préservation en tant que telle. Il s’agit de rendre à Fès sa place originelle, de pôle de culture, de capitale mondiale de l’esprit.

Le Roi Mohammed VI a insufflé une nouvelle dynamique à la ville, qu’en dites-vous ?
Tout à fait. Depuis le début du règne de Sa Majesté, Fès a été au centre des priorités royales. D’ailleurs au même titre que d’autres villes comme Marrakech et Tétouan. Il s’agit de la mise en place d’une nouvelle notion de développement, que l’on pourrait appeler «civilisationnelle» et dans laquelle le développement patrimonial n’est pas séparable du développement culturel et d’un développement social et économique. Il ne faut pas oublier que l’investissement actuel dans cette réhabilitation d’envergure du patrimoine de Fès aura aussi un impact direct sur celui du tourisme culturel dans une ville comme Fès. C’est la même idée souveraine qui préside au développement d’autres villes du Maroc avec ce souci de les doter d’un véritable cachet culturel, avec une identité propre ancrée dans l’histoire de notre pays.

Même si Fès est la capitale spirituelle du pays, elle n’arrive pas à mettre en valeur ses richesses en termes de patrimoine. Pourquoi ?
Comme je vous le disais, il y a maintenant clairement à l’échelle de la ville de Fès une vraie maturité pour recevoir une telle initiative comme celle  mise en place par Sa Majesté le Roi. L’envergure même de cette dernière va permettre d’impulser une dynamique qui va aller au-delà des solutions de colmatage que l’on a pu avoir jusqu’à aujourd’hui. Il faut mentionner que dans ce nouveau projet et dans sa conception même le volet de la réhabilitation n’est pas séparable de celui d’un accompagnement social. Je crois que c’est ce dernier volet qui va faire la différence par rapport aux approches qui ont précédé. Car il y a une décision royale  de donner à Fès l’écrin qu’il lui faut et lui redonner une place de choix parmi les plus belles villes du monde.
 
Justement que pensez-vous des actions royales à l’égard des zaouiyas ?
Ceci est une tradition royale. Les zaouiyas ont de tout temps été proches de Sa Majesté et de la famille royale. Comme vous pouvez le noter, le Roi Mohammed VI, multiplie les actions en faveur des tariqas marocaines. Ceci perpétue les excellentes relations entre tous les Marocains et les fondements de la spiritualité dans notre pays.  Du Nord au Sud, les zaouiyas ont une fonction humaine et spirituelle très présente. Elles servent de ciment entre les différentes populations et régions. Elles  sont dans un élan de partage et de prolongement des idées qui font du Maroc une terre de paix et de tolérance. Elles ont un rayonnement qui va au-delà du royaume, pour s’enraciner en Afrique et ailleurs.  C’est dire toute leur importance dans le tissu religieux, humain et spirituel du Maroc. Et Sa Majesté a toujours été sensible au travail merveilleux accompli par les zaouiyas, à travers l’histoire du Royaume.

Témoignage Par Brahim El Mazned
Directeur artistique du Festival Timitar

La culture et les industries créatives sont des leviers majeurs du développement humain et économique. Ils sont des outils nouveaux de compétitivité des territoires.

Dans notre Royaume, l’intérêt grandissant pour la culture est une occasion inespérée de soutenir la stratégie de développement social, culturel et humain, impulsée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI et qui paraît, aujourd’hui, comme essentielle pour voir émerger une création artistique digne d’un Maroc qui a inscrit la diversité culturelle dans sa nouvelle Constitution (cf. article 5).

Des chantiers structurants sont initiés aujourd’hui et nous avons l’espoir de les voir influencer et renforcer les stratégies en termes de politique culturelle. La réalisation d’institutions majeures comme la Bibliothèque Nationale du Royaume du Maroc (BNRM), l’Institut royal de la culture amazighe, (IRCAM) ainsi que les projets en cours tels que la Cité des arts populaires à Marrakech, le Musée de la culture sahraouie à Dakhla, les grands théâtres de Casablanca et de Rabat, sont des signaux forts envoyés aux politiques des villes qui devraient travailler à décliner cette stratégie au niveau de leurs villes et de leurs cités.

Les quinze dernières années ont été marquées par des rendez-vous majeurs culturels dans les grandes villes du Maroc : Rabat, Fès, Agadir, Marrakech, Essaouira, Oujda, Dakhla… dans des disciplines diverses : musique, cinéma, etc. La notoriété de ces événements dépasse largement les territoires marocains ; ils font partie des agendas internationaux les plus médiatisés à travers le monde.  La production artistique nationale a également suivi cette dynamique et a pris une bonne place dans ces rendez-vous.

Le Souverain a très souvent accordé une attention particulière aux artistes et créateurs, à la fois en suivant de très près la production des uns et des autres, en soutenant la création artistique et en allant jusqu’à se préoccuper personnellement de la situation parfois précaire de quelques artistes.

Au vu de l’importance que revêt la politique culturelle dans l’épanouissement de l’identité culturelle d’une nation et face à la mondialisation écrasante, favorisée par les nouvelles technologies, nous sommes en droit de nous poser la question de la survie de l’identité culturelle, plurielle et ouverte, de notre pays. Le manque de politique culturelle structurante pourrait nous mettre en proie à une dispersion, voire à une altération de plus en plus accélérée des composantes essentielles de ce qui fait le fondement d’une culture distincte et identifiable. Ce qui nous oblige, aujourd’hui, à penser le projet culturel national sous forme d’une vision structurée sur le moyen et le long termes avec l’implication effective des institutions publiques, des collectivités locales, du secteur privé et de la société civile. Ceci pour assurer un environnement propice à l’épanouissement des artistes, à la création et à la production artistiques, ainsi qu’à la mise sur pied d’une économie rentable, génératrice de revenus et participant à l’essor économique du Maroc.

 

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