Culture

Festival des Musiques Sacrées : Quand Sami Yusuf réveille l’âme de Fès

© D.R

Il a interprété certaines de ses œuvres pour la toute première fois

Voyage spirituel
Ouverte jeudi dernier, la 29ème édition du Festival de Fès des musiques sacrées du monde a tenu toutes ses promesses. Elle a accueilli une sélection d’artistes dont le compositeur et interprète britannique de renommée internationale Sami Yusuf. Celui-ci a offert, samedi soir à l’enceinte historique de Bab Al Makina, un concert mémorable de mélodies transcendantales et d’harmonies universelles.

Après une ouverture magistrale marquée par la création «Anima Ex Materia – Du ciel à la terre», présentée sur la mythique place Bab El Makina, la 29ème édition du Festival de Fès des Musiques sacrées du monde, placée sous le Haut patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, a poursuivi son programme en offrant au public des instants de grande intensité artistique et spirituelle. Les festivaliers ont répondu présent pour une série de prestations riches et colorées, portées par des artistes de renommée internationale. Parmi eux, le compositeur et interprète britannique Sami Yusuf qui a particulièrement marqué les esprits avec un concert empreint de recueillement et d’émotion. L’artiste a ouvert la soirée en exprimant sa joie de retrouver Fès pour la quatrième fois. «Revenir ici pour la quatrième fois, dans cette cité millénaire, dans un festival où le sacré et l’artistique se rencontrent véritablement, est toujours un retour aux sources», a-t-il confié au public. Il a également souligné la dimension collective de cette édition, réunissant des musiciens venus de divers horizons : «Ce collectif réunit des musiciens de renom venus du monde entier, chacun gardien d’une tradition unique et irremplaçable. Ce soir, nos musiciens sont venus de Turquie, du Royaume-Uni, de France, de Chine, de Jordanie et d’Azerbaïdjan, et bien sûr du Maroc. C’est un grand honneur pour moi de jouer à Fès aux côtés d’artistes de ce pays, issus de cette terre, à l’instar de Nabila Maan et du brillant Ismail Boujoua».

Au cours de cette soirée, Sami Yusuf a interprété plusieurs de ses œuvres emblématiques, notamment «Madad», «Mawlana», «Ya Hayyu Ya Qayyum», «You Came to Me» et «Hasbi Rabbi», suscitant une vive émotion parmi le public. Il a également présenté des extraits de son nouvel album Ecstasy, offrant en avant-première certaines compositions inédites.
Compositeur et interprète britannique, Sami Yusuf s’impose aujourd’hui comme l’une des figures majeures des musiques du monde contemporain. Formé très tôt à la musique classique occidentale et aux traditions musicales du Moyen-Orient, il développe une œuvre riche, marquée par une grande maîtrise des langages musicaux et des langues. Son style se distingue par une capacité rare à naviguer entre plusieurs univers : qawwali d’Asie du Sud, musique soufie du Moyen-Orient, traditions classiques persanes et occidentales, ou encore influences flamenco. Portée par une profonde dimension spirituelle, sa musique dépasse les frontières culturelles et séduit un public international bien au-delà du monde arabe et musulman.

L’Antidote enchante le Jardin Jnan Sbil
Dans le cadre enchanteur du Jardin Jnan Sbil, le trio L’Antidote a proposé vendredi une expérience musicale immersive et profondément inspirée. Réunissant trois musiciens issus de traditions orientales différentes, la formation incarne à elle seule le dialogue des cultures. Le violoncelliste albanais Redi Hasa, reconnu pour son travail de valorisation des musiques traditionnelles du sud de l’Italie, apporte à l’ensemble une sensibilité méditerranéenne singulière. À ses côtés, le pianiste libanais Rami Khalifé, virtuose aux multiples influences, navigue avec aisance entre musique classique, spiritualité soufie et sonorités contemporaines. Héritier de l’immense patrimoine artistique de son père, Marcel Khalifé, il enrichit le projet d’une dimension à la fois intime et universelle. Le percussionniste iranien Bijan Chemirani, héritier de l’école fondée par son père, le regretté maître Djamshid Chemirani, complète ce trio d’exception. Ensemble, les trois artistes tissent un langage musical original où se rencontrent jazz contemporain, traditions méditerranéennes et musiques du monde. Leur prestation a offert au public un voyage sonore d’une grande richesse, confirmant une fois de plus la capacité du Festival de Fès à faire dialoguer les cultures et à célébrer la diversité à travers l’art.

Bab El Makina célèbre les voix du monde entre traditions et créations contemporaines
Le Festival de Fès des musiques sacrées du monde a proposé, le vendredi 5 juin 2026, une soirée d’exception dans le cadre majestueux de Bab Makina, placée sous le signe de la diversité des expressions féminines et du dialogue entre sacré et profane, entre Orient et Occident. Cette programmation a mis en lumière plusieurs grandes voix internationales, offrant au public un voyage musical à travers des traditions anciennes et des créations contemporaines. Parmi les temps forts, la chanteuse libanaise Ghada Shbeir a livré une interprétation remarquable de chants du Levant issus du patrimoine syriaque et araméen. Portée par une langue ancestrale, considérée comme celle de Jésus de Nazareth, son interprétation a véhiculé un profond message de paix intérieure et de spiritualité. L’artiste a exprimé sa joie de participer à cette édition, rappelant l’ancienneté de ce répertoire transmis depuis plus de quinze siècles. La scène a ensuite accueilli la Marocaine Nabyla Maan, dont la prestation élégante, accompagnée par un quatuor à cordes, a séduit le public. Elle a interprété des poèmes andalous revisités avec finesse, suscitant un vif enthousiasme parmi l’assistance. L’artiste a souligné la portée symbolique de sa participation à cette 29ᵉ édition, organisée dans sa ville natale, Fès, qu’elle considère comme un haut lieu de mémoire musicale et culturelle. Elle a également insisté sur la dimension universelle de cette soirée dédiée aux voix féminines, réunissant des artistes issues de divers horizons dans une célébration de la diversité et de la création musicale au féminin.

Pour la première fois au festival, la chanteuse indienne Kaushiki Chakrabarty a captivé le public par la maîtrise du khayal, forme majeure du chant classique hindoustani issue de la tradition de Patiala. Son interprétation, d’une grande virtuosité mélodique et rythmique, a illustré la richesse des traditions musicales indiennes.
L’Allemagne était représentée par Bodies, le projet vocal dirigé par Kat Frankie. Chanteuse, compositrice et productrice australienne installée à Berlin, elle réinvente la polyphonie contemporaine avec sept voix féminines d’une grande intensité expressive. Entre répertoire original, influences pop et esthétiques néo-classiques, l’ensemble explore la voix comme matière vivante et organique. La formation a partagé la scène avec l’ensemble Ahwach Isaffen du Haut-Atlas, offrant un moment de rencontre musicale rare et particulièrement applaudi, où les traditions locales ont dialogué avec les explorations vocales contemporaines. Cette soirée a ainsi illustré la vocation du festival : faire dialoguer les héritages musicaux du monde et ouvrir des espaces de création où les cultures se rencontrent et se répondent.