Festival Timitar Signes et Cultures : Fugace thérapie musicale

Festival Timitar Signes et Cultures : Fugace thérapie musicale

«Il faut que les armes se taisent et que l’on apprenne à soigner l’existence en musique», ce sont les mots sur lesquels Alpha Blondy a fortement insisté quelques heures avant de se produire en concert au cours du Festival Timitar. Cette grande star du reggae croit en le pouvoir du texte. Dénonciateurs, revendicatifs ou simplement naïfs, ces mots chantés ont la magie de toucher l’humain et de réussir là où les politiques échouent.

A voir Alpha Blondy chanter «Jérusalem Je t’aime» sur la scène gadirie, les jeunes membres du groupe algérien Babylone embrassant avec une sincérité pénétrante à la fois le drapeau algérien et celui marocain, à les  voir hypnotiser le public avec la finesse rare de leurs sonorités et paroles et à entendre Najat Atabou donner de vraies leçons de vie sur ce qu’est une femme et sa valeur dans la société, une seule envie nous prend : inviter l’élite précitée à goûter à cela.

On aura du mal à croire que ces gens-là ont assisté auparavant à une festivité de ce genre ou approché ces jeunes dont ils jugent les mœurs en dégradation. Il ne s’agit pas seulement d’artistes venus d’ici et d’ailleurs transmettre les valeurs d’ouverture sur le monde mais aussi d’une ouverture sur les diversités culturelles dont regorge notre pays. Khalid Bazid, directeur du Festival Timitar, a d’ailleurs largement mis en garde contre la condamnation d’une culture à se limiter à son premier public.

Pour lui, «nous ne devons pas figer la culture amazighe aux Amazighs. Nous sommes contre toute fermeture et c’est l’essence même de notre festival».
A vrai dire, il suffirait d’observer le public venu savourer les quelques jours de concerts que lui a offerts Timitar pour se rendre compte de la concrétisation de cette notion d’ouverture et de tolérance. Hommes, femmes jeunes et vieux se sont déchaînés sur les rythmes reggae, raï, chaâbi, gnaouis ou  même disco sans s’arrêter sur le fait que le message soit en arabe, en amazigh, en français ou même en anglais. Ces gens-là n’ont peut-être jamais été aussi expressifs et danser sur une musique est loin de les détacher de leur conscience. Ils n’hésitent pas d’ailleurs à exprimer leur insatisfaction quand il le faut… Est-ce cette conscience-là qui inquiète?

Ce public a une âme à guérir. Une âme qui a longtemps été nourrie de discours vagues, flous, parfois mobilisateurs mais souvent sans suite.  A ces mêmes discours qui ne font que rétrograder davantage notre société, des festivals comme Timitar sont nécessaires pour servir de contrepoids, réveiller subtilement l’humain en nous tout en lui offrant un petit pincement d’allégresse. Gloire à la musique.

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