Culture

La vogue de l’ego histoire

Il y a de l’autoportrait, de la collecte de souvenirs et même des anecdotes dans les mémoires de Mohamed Harbi. L’historien tente de donner du sens, par la distance, à des faits relevant de son propre vécu.
Cette démarche visant à retracer une période de l’Histoire sans juguler le moi de l’historien a un nom : l’ego histoire. Elle constitue une approche en vogue en France et dont les défenseurs sont des historiens comme Jacques Le Goff qui a écrit un magistral ouvrage sur l’Histoire du Moyen-Age en Occident. La culture médiévale requiert le rêve selon Le Goff. «Le bon historien ressemble à l’ogre de la légende. Là où il flaire la chair humaine, il sait que là est son gibier».
Dans la peau de l’ogre, Le Goff «parle de son Moyen-Age, il en retrouve les gestes, il en côtoie les hommes de chair et de sang qu’il saisit à bras le corps». Pareil pour Mohamed Harbi qui essaie de tisser une histoire de l’Algérie à travers l’introspection. Il retrace en quelque sorte un abrégé de l’Histoire de son pays par vécu. Jacques Berque a agi de même dans ses «Mémoires des deux rives», mettant en perspective sa vie comme une aventure «totale».
Décrire une formation, un métier, retracer des parcours et des étapes, un cheminement intellectuel, des rencontres, restituer la part autobiographique sur fond plus ou moins net d’Histoire, en dessinant une trajectoire, cela constitue une justification suffisante, malgré les tentations de complaisance et les pièges de la rétrospection.
Ces pièges ont trait particulièrement au narcissisme. Mohamed Harbi qui s’est attardé sur les lignages de sa famille, semble tirer de la fierté de son appartenance à une famille de notables. Ce sont là les écueils qui menacent sa démarche. L’autoportrait peut gommer ou reléguer au rang de décor les faits d’Histoire. L’intéressé l’évite toutefois en mettant son destin d’homme à l’unisson de l’Histoire de la société algérienne.

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