Au hasard des lectures, ce poème de Paul Morand :
« Un baiser
abrège la vie humaine de 3 minutes,
affirme le Département de Psychologie
de Western State College,
Gunnison (Col).
Le baiser
provoque de telles palpitations
que le coeur travaille en 4 secondes
plus qu’en 3 minutes.
Les statistiques prouvent
que 480 baisers
raccourcissent la vie d’un jour,
que 2360 baisers
vous privent d’une semaine
et que 148 071 baisers,
c’est tout simplement une année de perdue. »
Les confrères sauront apprécier à sa juste valeur cette information brute haussée, rien que par le choix d’un homme, au rang de poème. Comme quoi la poésie tient à très peu de choses, et les menus faits quotidiens ont leur musique discrète qu’il faut savoir écouter pour qu’elle vibre comme une viole caressée par les doigts d’une fée. Il ne reste alors qu’à mettre en vers les dépêches de la MAP. On peut rêver à la part poétique qui loge dans les comptes rendus des rencontres du président de la Chambre des conseillers, Mostapha Oukacha, avec les chefs de délégations étrangères. Les mots se répètent tellement, les idées se ressemblent si bien que ce n’est pas à la poésie qu’on atteint, mais à un refrain, une litanie – véritable chanson qui fait l’éloge de la répétition.
Ce sur-place cadre très peu avec le monde de l’auteur du poème sur les baisers : Paul Morand fut un grand voyageur. Et des baisers, il en a vus sous différents tropiques. Adapté à nos latitudes, son poème journalistique laisse pantois. À chaque baiser, nous nous rapprochons donc un peu plus du rendez-vous avec la camarde. Ceux qui veulent vivre longtemps doivent cesser de dispenser des mouah à tout vent. La durée de vie dans notre société est encore très en deçà de celle des sociétés occidentales où les effusions sont rares. Et si c’était à cause de notre manie à distribuer à toute occasion des baisers sonores ? Qu’on tende l’oreille dans la rue : les joues des enfants sont souvent tamponnées par des lèvres inconnues. Les hommes s’embrassent à toute occasion. Les femmes aussi. En allant au marché, certaines dispensent en une heure autant de baisers qu’une Scandinave en une année. Évidemment, il s’agit de chastes baisers. Il n’y a que les tsunamistes qui les soupçonnent de conduire au « pire ». Ils seraient fondés d’écouter Serge Gainsbourg chanter « Je suis venu pour te voler cent millions de baisers ». Lui, il ne craignait pas de tirer sa révérence avec le goût de la vie au coin des lèvres.








