Il fait partie de ces hommes qui forcent l’admiration. Il est de cette race d’écrivains qui ne cessent de conjuguer art poétique et art de vivre. Il n’orne pas les manuels scolaires et les professeurs de littérature maghrébine, dite de langue française, n’ont pas encore lâché des brigades de doctorants contre son oeuvre.
L’homme échappe aux étiquettes. Il n’est pas facile de l’héberger à l’étroit ou d’appliquer à ses livres des théories qui ne s’appliquent qu’aux faiseurs de textes, heureux de respirer à l’intérieur de grilles. Non !
Edmond Amran El Maleh est un indomptable qui a non seulement la passion des grands espaces, mais est un écrivain passionné. Il aime chevaucher sur de vastes étendues. Il ne craint pas les reliefs, ne fuit pas les chemins escarpés et affronte les obstacles au lieu de reculer.
Pourquoi parler dans une petite chronique d’un si grand écrivain ? Il y a au moins mille raisons de parler d’Edmond pour rester avec le chiffre de son magnifique ouvrage intitulé «Mille ans, un jour». Mais cette fois-ci, c’est l’actualité qui dicte le sujet. La Fondation Edmond Amran El Maleh organise, en partenariat avec le ministère de la Culture, une exposition des oeuvres de Khalil El Ghrib à la Galerie nationale Bab Rouah. Le vernissage – le terme n’est pas très heureux, vu qu’il n’y a rien de vernis dans les oeuvres de Khalil – aura lieu le 17 mars à Rabat.
Il ne faut pas croire que cette fondation ressemble à un établissement doté de plusieurs bureaux, ni qu’on y croise des secrétaires qui impriment des strates de parfums délicats sur l’air du temps. Il ne faut pas s’attendre à être reçu dans des bureaux irréprochablement vernis. Non, c’est le petit appartement de l’écrivain à Rabat qui sert de Q.G. à la fondation. Avec l’aide d’amis, il dirige des opérations, initie des activités. Il laisse toujours sonner trois fois son téléphone avant de répondre. Non pas parce qu’il sacralise le chiffre 3, mais parce qu’il est persuadé qu’il faut au moins trois sonneries pour ne pas perdre la voix de ceux qui appellent à partir des portables.
Edmond Amran El Maleh n’est pas d’un tempérament complaisant. Il ne s’offensera pas si l’on dit qu’à son âge, les hommes de lettres acquièrent une acuité douloureuse vis-à-vis de l’écoulement du temps, et qu’ils font juter chaque journée de toutes ses possibilités de travail, avant de se ressourcer dans le sommeil. Qu’on s’imagine alors qu’un écrivain de cet âge-là décide de mettre entre parenthèses le temps du travail à son oeuvre pour se dévouer à celle d’amis dont il fait grand cas. Cette générosité est admirable. Elle est la marque des grands. Edmond n’appréciera sans doute pas qu’on parle de lui ainsi. Il déteste se mettre en avant. Qu’il nous excuse cette entrée par effraction dans son monde : nous avons cherché à voler des mots pour lui dire combien nous l’aimons.








