Les éditions Orion lancent et signent à Durban en Afrique du Sud un ouvrage important dirigé par Morgan Chetty, Abdelhak Najib, Amit Thakker et Imane Kendili : Souveraineté sanitaire en Afrique : Le Plaidoyer.
Sous les projecteurs de la 29e Conférence annuelle de la KwaZulu-Natal Healthcare Coalition, à Durban, en Afrique du Sud, une voix nouvelle s’est élevée, claire, déterminée, continentale. Celle d’une Afrique qui, forte de ses expériences, de ses douleurs et de ses ambitions, affirme qu’il est temps de penser sa santé autrement : par elle-même, pour elle-même, avec ses propres mots, ses propres choix, ses propres institutions. Cette voix a pris la forme d’un livre: Health Sovereignty in Africa – The Advocacy, officiellement lancé par l’organisation panafricaine African Global Health (AGH), à Durban.
Ce lancement n’était pas un simple événement parmi d’autres. Il s’agissait d’un acte politique, intellectuel, stratégique. Un point d’orgue dans un parcours déjà entamé depuis plusieurs mois à travers le continent, à Rabat, Kigali, Nairobi, Dakar… Une campagne de mobilisation inédite autour d’un mot d’ordre devenu cri de ralliement : la souveraineté sanitaire africaine. Car si la pandémie de Covid-19 a agi comme révélateur brutal des dépendances extérieures, elle a surtout allumé une étincelle. L’Afrique ne peut plus attendre d’être sauvée. Elle doit se sauver elle-même.
Dans une salle comble, rassemblant décideurs politiques, responsables hospitaliers, chercheurs, jeunes professionnels de santé et militants associatifs venus de tout le continent, le livre a été présenté comme un manifeste de rupture. Un appel à refonder nos imaginaires, nos cadres d’action et nos priorités. À la tribune, le Professeur Morgan Chetty, vice-président du Bureau continental d’AGH et hôte de l’événement, a donné le ton. Figure incontournable des réformes sanitaires en Afrique australe, il incarne cette génération de leaders pour qui la transformation des systèmes de santé ne relève ni d’un luxe idéologique, ni d’une option technocratique, mais d’un impératif vital. « La souveraineté sanitaire, a-t-il déclaré, n’est pas un slogan. C’est une nécessité. C’est notre seule voie vers la dignité collective. »
Durban, terre de luttes et de résilience, ville forgée par les combats anti-apartheid et les mouvements sociaux, a offert le décor idéal pour cet acte fondateur. En accueillant cette conférence de haut niveau, elle a rappelé que l’histoire africaine ne s’écrit jamais sans engagement. Que toute souveraineté, y compris sanitaire, est le fruit d’une conquête, d’un éveil, d’une vision partagée. Les mots du Professeur Morgan Chetty ont trouvé un écho profond dans une assemblée prête à prendre le relais, à porter ce livre comme un outil de plaidoyer, mais surtout comme une feuille de route.
Health Sovereignty in Africa-The Advocacy n’est pas un ouvrage théorique. Il est né d’une réflexion collective, alimentée par les contributions d’experts venus d’Afrique, d’Amérique latine, d’Asie et d’Europe. Sa vocation n’est pas de proposer un modèle unique, mais d’ouvrir un espace de pensée, un cadre stratégique dans lequel chaque pays africain peut inscrire sa propre trajectoire. On y retrouve des propositions concrètes : relocalisation de la production pharmaceutique, création de laboratoires de contrôle de qualité, financement endogène de la recherche, intégration de l’approche « One Health », renforcement des compétences locales, digitalisation éthique des services de santé, promotion de la coopération Sud–Sud… Chaque chapitre éclaire un pilier d’une souveraineté pensée dans sa globalité, à la croisée de la science, de la gouvernance, de la culture et de la justice sociale. Mais ce qui fait la force de ce livre, c’est aussi son ton. À la fois rigoureux et accessible, engagé sans être dogmatique, il s’adresse autant aux décideurs qu’aux acteurs de terrain.
Il reconnaît les avancées existantes, les succès souvent invisibles portés par des femmes et des hommes sur tous les territoires africains, mais il ne masque pas les défaillances, les contradictions, les failles des systèmes hérités ou importés. Il invite à sortir du piège de l’assistanat, à rompre avec les paradigmes descendus des grandes institutions internationales, et à réhabiliter les savoirs, les pratiques, les dynamiques propres à nos sociétés.
Durant ces trois jours à Durban, le livre a été au cœur de nombreuses discussions, aussi bien lors des panels officiels que dans les couloirs, les cafés, les cercles informels. Il a nourri des échanges interprofessionnels d’une rare densité. Médecins généralistes, infirmiers, économistes de la santé, responsables d’ONG, étudiants, représentants ministériels… tous semblaient reconnaître dans ce texte un socle commun, un miroir de leurs aspirations souvent fragmentées. Pour beaucoup, ce lancement marquait un tournant : la fin de la dispersion et le début d’un récit continental unifié.
L’enthousiasme suscité par la publication à Durban témoigne aussi du besoin de réappropriation. Réappropriation des mots, des priorités, des moyens d’action. En cela, African Global Health (AGH) réussit un coup de force stratégique : rassembler, sans imposer ; mobiliser, sans uniformiser. L’organisation a su fédérer autour de ce projet éditorial un réseau panafricain d’experts, de militants, de décideurs, qui œuvrent désormais comme ambassadeurs d’un même objectif : faire de la souveraineté sanitaire une réalité vécue, et non un idéal lointain.
Ce livre s’inscrit dans une vision de long terme. Il ne prétend pas apporter toutes les solutions, mais il constitue un socle sur lequel les politiques publiques peuvent s’ancrer, les coopérations se structurer, les jeunes générations s’engager. Il est un instrument de plaidoyer pour les parlementaires, un outil pédagogique pour les écoles de santé, un levier stratégique pour les négociateurs internationaux. Son impact résidera dans sa capacité à circuler, à être discuté, adapté, traduit dans les langues locales, débattu dans les communautés rurales comme dans les salles ministérielles.
À travers cette publication, AGH poursuit une mission plus vaste : celle d’accompagner la transformation des systèmes de santé africains en systèmes inclusifs, résilients, adaptés aux réalités du terrain. Avec ses projets de terrain, ses alliances stratégiques, ses forums de haut niveau et désormais ses productions intellectuelles, l’organisation s’impose comme une référence continentale. Une structure agile, enracinée, ambitieuse, qui fait le pari du leadership africain.
Durban, ainsi, ne sera pas seulement le lieu d’un lancement. Elle restera comme une étape fondatrice dans l’émergence d’une conscience collective. Celle d’un continent qui refuse de subir. Qui ose proposer. Qui choisit de prendre la parole. Et qui, dans le domaine vital de la santé, revendique désormais sa pleine souveraineté. Le livre Health Sovereignty in Africa – The Advocacy est d’ores et déjà en cours de diffusion auprès des institutions africaines, des écoles de santé publique, des agences de développement, mais aussi des médias. Il sera présenté lors d’une série d’événements à venir à Abidjan, Addis-Abeba et Tunis, avant une restitution finale prévue à Genève, en marge de l’Assemblée mondiale de la santé.
Ce n’est pas un point final. C’est une ouverture. Celle d’un nouveau chapitre pour l’Afrique.









