Culture

L’art Gnaoua selon Maâlem Abdelmajid El Kerdoudi et Maâlem Houssam Gania

© D.R

Gnaoua est un état d’esprit. Une tradition héritée de père en fils. C’est le cas pour Maâlem Abdelmajid El Kerdoudi et Maâlem Houssam Gania. Bien qu’ils soient de différentes générations, ces deux grands noms de la musique Gnaoua ont en commun le fait d’avoir baigné depuis leur jeune âge dans l’art Gnaoua. Ils veulent aussi perpétuer l’esprit et l’âme Gnaoui.

A sa sortie de scène, Maâlem Houssam Gania a rejoint son groupe pour continuer à fêter au rythme de Dekka Marrakchia son succès sur scène pendant le deuxième jour du Festival Gnaoua et Musiques du Monde d’Essaouira. En back stage, il confie à ALM : «Mon sentiment de se retrouver à Essaouira est inchangé parce que depuis petit je venais avec mon père feu Mahmoud Guinea. Mais comme vous avez pu le constater, les acclamations du public et son énergie font que même lorsqu’on a le trac, il s’en va et par la force naturelle des choses on ressort le meilleur de nous-mêmes sur scène». Durant sa performance, l’exaltation du public était palpable. Il répétait avec lui les paroles et s’enthousiasmait à chaque note de Guembri jouée par l’artiste. «Les racines du vocabulaire Gnaoua sont africaines. S’y sont rajoutés au fil du temps des mots et des expressions de chez nous. Nos chansons parlent entre autres du ciel et de la nature en général. Des fois les gens ne comprennent pas les paroles. Elles ont un sens, il faut juste être attentif». Gnaoua peut être assimilé à la poésie ou en quelque sorte à une forme de «zajal». Comme le confirme le jeune Maâlem : «Les paroles riment au même titre un texte de poésie». L’artiste s’attache aux chants Gnaoua traditionnels mais se permet de collaborer avec d’autres artistes pour faire connaître cette musique dans le monde. «Cette année, j’ai joué des mélodies 100% traditionnelles et authentiques. Par ailleurs, on a déjà collaboré avec des artistes comme Omar Sosa ou d’autres grands noms», relève-t-il. D’ailleurs, Maâlem Houssam Gania se produira prochainement aux Pays-Bas avec le même artiste et ensuite se rendra à Londres pour une collaboration avec James Holden. Et d’ajouter : «Quand on est sur scène à l’étranger, le public s’étonne du son produit par la musique Gnaoua mais on voit qu’il les touche au plus profond de leur être. Ce sentiment crée un lien inestimable avec le public des scènes internationales. Il apprécie notre musique parce qu’elle reste une musique spirituelle. J’en profite d’ailleurs pour remercier le public qui nous suit et qui aime ce qu’on présente au Maroc et ailleurs».

«Le respect et la bonne conduite font la baraka de Gnaoua»
A Bayt Dakira, Maâlem Abdelmajid El Kerdoudi a donné le 24 juin 2023 une «lila roudania» qui s’est prolongée jusqu’au bout de la nuit. Avant sa performance, il était présent à l’Institut français aux côtés de l’artiste pakistanais Faiz Ali Faiz et un membre du célèbre trio Joubrane. Sur sa présence à Essaouira, le Maâlem confie à ALM : «La ville d’Essaouira est une ville gnaoua, son vent est gnaoui, ses gens sont gnaoui et son public est gnaoui. Ce festival qui fête ses 24 ans fait rayonner Tagnaouite à l’international. Il a hissé cette musique à un niveau plus professionnel aidant les artistes à collaborer avec de grands noms de la musique. C’est un honneur pour moi de me retrouver ici et d’être présent à Essaouira pour ce Festival». Né à Safi en 1966, Maâlem Abdelmajid El Kerdoudi a grandi dans une famille 100% gnaoui. Il s’est installé depuis 1985 à Taroudant perpétuant la tradition Gnaoua. «Je suis Gnaoui depuis que j’ai ouvert les yeux sur ce monde (…). Safi est ma ville natale et Taroudant est ma ville de cœur». Sur le passé culturel de la ville de Taroudant, il relève : «Taroudant est une ville ancestrale. Elle abrite plusieurs cultures. Je citerais le Melhoun authentique joué sans instruments, Dakka Marrakchia dont les racines viennent de Taroudant. A Hmadcha, il y a un Moussem Gnaoua différent. Cet événement est différent de tout ce qui se fait parce que c’est un Gnaoua «berbère». A ce titre, il explique que le Gnaoua «berbère» est plus animé et ne se base pas sur la transe. Pour ce qui est du renouvellement du genre, le Maâlem indique : «Il y a toujours du renouveau mais lorsqu’il y a des rituels, de la transe et «jedba» on s’appuie sur le répertoire traditionnel de la région où on est. On ne peut pas en sortir. Les nouveautés sont surtout réservées à la scène». Pour ce qui est de l’évolution de Gnaoua et ses débuts sur scène, il explique : «Tout petit, avec mon père, on rencontrait les Chioukhs et Gnaouas comme feu Maâlem Abdelmoula Derdabi. C’est l’un des plus anciens et une des grandes écoles gnaouies au Maroc. On l’accompagnait dans les Moussems comme Moulay Brahim et Tameslouht. Ces Moussems sont les festivals de l’époque. Les troupes Gnaoua se rencontraient dans ce genre d’événements». Et de poursuivre : «A l’époque on attendait avec impatience les lilates parce que c’est là où on apprenait comme il n’y avait pas d’enregistrement pour réécouter les mélodies. C’est différent de ce qui se passe aujourd’hui où tout est disponible sur YouTube et la musique se vend un peu partout. A l’époque on apprenait une partie et puis on attendait une autre lila pour continuer à apprendre la suite». Pour les nouvelles générations, Maâlem Abdelmajid El Kerdoudi adresse ce message : «Il ne suffit pas d’écouter la musique Gnaoua, le plus important est de la vivre. A cela s’ajoutent le respect et la bonne conduite qui font la baraka de Gnaoua».

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